Your browser does not support JavaScript!

Repérer l'essentiel de l'information • Chercher le sens de l'événement • Comprendre l'évolution de la Chine

›› Chine - monde

Pyongyang, enjeu de la rivalité sino-américaine

A quoi tient la proximité chinoise avec Pyongyang ?

A chaque crise avec la Corée du Nord, Pékin est accusé de ne pas en faire assez pour faire pression sur le régime ; à quoi le Parti répond que son influence est aléatoire – ce qui est contestable puisque la Chine fournit à Pyongyang 90 % de son énergie et 40% de son ravitaillement en nourriture -.

Le discours chinois avance aussi les risques de catastrophe humanitaire, assortis d’une marée de réfugiés vers les provinces limitrophes du Jilin et du Liaoning ; tandis que les experts de la question soulignent que le Parti retarde sciemment la réunification de la péninsule qui a toutes les chances de se transformer, dans des délais difficiles à évaluer, en une Corée élargie, dynamique et démocratique.

Sans compter que la situation actuelle confère à la Chine l’avantage d’être reconnue comme le point d’entrée obligé d’une question épineuse des relations internationales, offrant à Pékin un levier de négociations et de marchandages sur d’autres sujets de controverses ou de tensions (Taïwan, commerce international, droits de l’homme, question iranienne, pion important de la stratégie énergétique chinoise). Enfin, les plus conservateurs des experts chinois soulignent qu’une Corée du Nord, même nucléarisée, serait à l’avantage de la Chine, faisant contrepoids, et garantissant indéfiniment la partition de la péninsule.

Mais il y a plus. Depuis quatre ou cinq ans, la péninsule coréenne est insensiblement redevenue un enjeu majeur des rivalités sino-américaines dans le Pacifique occidental. Pour le Parti, l’APL et l’opinion publique nationaliste, un effondrement du système Kim serait perçu comme un grave échec dans la compétition stratégique qui oppose de plus en plus Pekin à Washington.

A côté des risques bien réels déjà énumérés d’une implosion, suivie d’un chaos régional et, à terme, d’une réunification que Pékin appréhende, il existe la crainte que la chute de Pyongyang soit perçue comme un fiasco difficile à gérer sur le plan interne, dans un contexte où le Parti redoute les pertes de prestige internationales. Toutes proportions gardées l’inflexibilité des revendications extravagantes en Mer de Chine sont du même ordre. Les deux théâtres s’inscrivent désormais comme des enjeux d’une compétition stratégique sino-américaine de plus en plus lourde pour la maîtrise de l’espace du Pacifique Occidental.

Mais, du fait de la nature du régime, la question nord-coréenne a la volatilité imprévisible d’un explosif sensible. En refusant de faire pression pour mettre fin au programme nucléaire de Pyongyang, la Chine néglige la menace d’une prolifération dangereuse dans la zone, en Corée du sud et au Japon. En niant systématiquement la nécessité d’une planification conjointe concertée pour réagir à un accident interne au nord de la péninsule, elle prend le risque d’être prise de court.

Peut-être le choix réaffirmé depuis quelques années, d’un rapprochement avec Pyongyang signale t-il aussi le renforcement du sentiment anti-américain, dont la diffusion attise le nationalisme, ferment populaire, sentimental et irrationnel qui nourrit la légitimité du pouvoir.

Ces occurrences ne font que renforcer la nécessité d’un dialogue stratégique approfondi entre Pékin et Washington. Pour la direction américaine, le moment est probablement venu de réviser son intransigeance, systématiquement articulée autour de sanctions. Focaliser à ce point sur la menace missile, à l’évidence exagérée, autour d’une mise en scène nord-coréenne à usage interne n’est peut-être pas la meilleure manière de calmer les tensions dans la zone.

Il est également temps pour Washington de rassurer la Chine sur ses intentions dans la péninsule après une éventuelle chute du régime nord-coréen, que Pékin s’ingénie à protéger, à la fois par crainte des conséquences d’un effondrement et par l’effet de sa rivalité avec les Etats-Unis, toujours plus enkystée.


• Commenter cet article

Modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message

Ce formulaire accepte les raccourcis SPIP [->url] {{gras}} {italique} <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

• À lire dans la même rubrique

Xi Jinping – Biden : une vidéo-conférence tendue et sans réelle substance

L’illusion de l’apaisement par le commerce

Meng Wanzhou est rentrée à Shenzhen. Les deux Canadiens prisonniers en Chine ont été libérés

La saga olympique chinoise depuis 1952. Sept décennies d’une marche vers l’élite mondiale

Le G7 et l’OTAN ciblent la Chine qui se crispe. Quelques dessous de cartes