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›› Editorial

Quel bilan pour l’année du Serpent ? Quel « rêve chinois » ?

Bonne gouvernance, règles éthiques et controverses politiques.

Le Président Xi Jinping a développé sa vision du « rêve chinois » d’abord articulé autour d’une rénovation socio-économique et d’une réponse du Parti au besoin d’éthique et de bonne gouvernance perceptible dans l’avalanche des messages des internautes de la nouvelle classe moyenne urbaine en passe de constituer la majorité du peuple chinois.

Ainsi, s’est poursuivie la lutte contre la corruption de l’administration, ciblant des responsables de très haut niveau, dont Zhou Yongkang, ancien n°9 du régime, responsable de la sécurité publique, président de la Commission des Affaires législatives et toujours à la tête d’un puissant réseau d’influence lié à la mouvance de CNPC, le n°1 chinois des hydrocarbures dont un nombre impressionnant de cadres a été mis en examen ou arrêté.

L’offensive contre une personnalité de cette envergure qui brise le tabou de l’immunité des anciens membres du Comité Permanent, jamais vue depuis la révolution culturelle est cependant à ce point sensible que plus de 6 semaines après l’information révélée par une dépêche de Reuter du 11 décembre, la direction politique du régime n’a toujours pas communiqué sur le sujet. Tout comme l’affaire Bo Xilai, celle de Zhou Yongkang qui fut un des appuis de l’ancien n°1 de Chongqing, dépasse très largement le cadre des sanctions contre les cadres corrompus.

Elle renvoie à la volonté de tourner la page des graves atteintes à la morale et à l’éthique par la catégorie des cadres du Parti qui, s’estimant jusque là au-dessus des lois, ont commis de très graves crimes et exactions. Préoccupée par la protection de son image nationale et internationale, la machine politique du régime ne les a jamais rendus publics, préférant caractériser les accusations « de graves atteintes à la discipline du Parti ».

A côté des méfaits dont ils se sont rendus coupables et dont la gravité a, à l’évidence, facilité leur déchéance au milieu des anciens, dont Xi Jinping à pris soin de vérifier le soutien avant de passer à l’offensive, Bo et Zhou incarnent une mouvance férocement opposée à la réforme du schéma de développement. Celui-là même dont ils tirent profit, adossé aux féodalités des grands groupes publics, des banques, de la Commission Nationale pour la Réforme et développement, de la Commission de surveillance des actifs de l’État et de quelques unes des administrations locales.

Leur influence recoupait aussi celle de la nouvelle gauche et de la mouvance populiste, nostalgique du Maoïsme, encore considéré par nombre de Chinois comme un paravent possible contre les dérapages du capitalisme sauvage, à l’origine des écarts de fortunes et des abus de pouvoir des nouveaux riches, associés aux cadres sans éthique. Enfin, comme nombre de responsables, y compris au plus haut niveau, les deux s’opposaient becs et ongles à l’application des principes de gouvernance occidentale et notamment à l’indépendance de la justice et à la prévalence de la Constitution et du Droit sur le Parti.

A cet égard, il est intéressant de noter qu’au cours du 2e semestre 2013, une polémique qui signale peut-être une fracture politique, est née autour de la signification du « rêve chinois », que certains intellectuels associaient à la primauté absolue de la Constitution, alors que d’autres fustigeaient le principe comme un stratagème occidental pour affaiblir la Chine.

Élan réformiste et réticences.

Pendant que le Parti était secrètement agité par cette secousse Zhou, tout en laissant filtrer les controverses sur la nature de sa gouvernance, il procédait au rituel de pilotage politique et économique du 3e Plenum du Comité Central du 18e Congrès, tenu à la mi-novembre.

Au bilan, les orientations officielles du gouvernement promettent l’ouverture au marché, la rationalisation, la lutte contre les doublons et les surcapacités, les avancées technologiques, la montée en gamme qualitative, les réformes financières, la part plus grande faite au privé, la libre compétition, la séparation entre les finances publiques, les banques et les grands groupes d’État.

A ce titre on ne peut nier l’intention réformiste du pouvoir. Mais il y a loin de la coupe aux lèvres. L’observation des faits depuis le 3e plenum de novembre montre que la route de ces réformes dont certaines comme « l’économie socialiste de marché » avaient déjà été annoncées au 3e plenum de 1993, est longue et complexe. Les difficultés sont d’abord liées à la dimension des problèmes, dont celui de l’urbanisation en partie attachée à la suppression du passeport intérieur, n’est qu’un exemple.

Surtout, le désengagement annoncé de la puissance publique du secteur productif industriel, encore aujourd’hui fief des familles et des clans, qui fut l’épine dorsale du développement de la Chine pendant 30 ans constitue un désastre pour une partie de l’oligarchie dont les résistances seront très difficiles à abattre pour un système au fonctionnement consensuel. Un des symptômes des obstacles apparaît déjà dans les harcèlements dont sont l’objet un nombre importants de groupes étrangers engagés en Chine, en contradiction avec les promesses d’ajustement à la loi du marché.

C’est bien parce que le régime a conscience qu’une bonne partie de ces réformes ne verront pas le jour sans ajustement du système politique, que le communiqué du 3e Plenum évoque, à côté de la suppression attendue du Laojiao 劳教, la nécessité « d’explorer la mise en place de tribunaux séparés de l’administration ».

Ce qui, en d’autres termes, dénonce la collusion des juges et des administrations qui les financent. Par cette incidence le Bureau Politique énonce une nouvelle fois les contradictions qui le taraudent : la viabilité d’un système de parti unique et de la « démocratie intraparti » dans laquelle la prévalence ne va pas à la Constitution mais au « rôle dirigeant du Parti ».

Au moment où la fortune de quelques familles de dirigeants en vue dont celle du Président, ont été révélées par l’ONG « Consortium International des Journalistes d’Investigation – CIJI, en Anglais ICIJ – deux événements témoignent du malaise du régime : la récente expulsion, juste avant le Chunjie, du correspondant du New-York Times qui avait contribué à la mise à jour des connexions de fortune des dirigeants - un autre correspondant du NYT avait déjà été expulsé en décembre 2012 - et la condamnation à 4 ans de prison de Xu Zhiyong, avocat plutôt modéré du respect des droits, militant contre les détentions arbitraires et la corruption des officiels, ancien défenseur de l’activiste aveugle Chen Guangcheng.

A l’intérieur encore, les tensions ethniques récurrentes au Tibet et au Xinjiang - plus de 100 morts dans la province depuis avril 2013 - , dont il est impossible de sous estimer le potentiel de rupture, ont suscité des débats internes sur la meilleure stratégie à suivre entre assouplissement ou maintien de la ligne répressive dure.


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