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›› Editorial

Quelle menace chinoise ?

C’est devenu un rituel. Chaque année à l’occasion de la réunion de l’Assemblée nationale populaire, la Chine annonce une augmentation substantielle de son budget militaire. Les observateurs froncent les sourcils, les journaux reprennent les mêmes commentaires que l’année précédente sur l’opacité des chiffres et chacun y va de son analyse sur la menace chinoise.

Le budget militaire, très inférieur à celui des Etats-Unis, est celui d’une puissance régionale.

Cette année ne fait pas exception. Le 5 mars, le gouvernement chinois annonçait que le budget de la défense augmenterait de 17,6% en 2008, pour atteindre 41 milliards d’euros, ce qui place la Chine au 2e rang mondial devant la Russie et le Japon, mais très loin derrière les Etats-Unis (400 milliards d’euros si l’on compte les opérations en Irak et en Afghanistan).

Même réajusté par les estimations des experts qui rajoutent aux chiffres chinois les dépenses liées aux armées des autres ministères, le budget militaire chinois, ainsi réévalué à 80 milliards d’euros, ne représente que 20% de celui des Etats-Unis. Plus encore, les meilleurs experts soulignent que, s’il est vrai que l’armée chinoise se modernise (équipements, entraînement, doctrine), le poids du nombre (plus de 2 millions d’hommes), la disparité des équipements, dont plus de 70% sont anciens, font que l’écart avec l’armée des Etats-Unis, au lieu de se combler, se creuse. Dans ce contexte, l’APL n’a pour l’heure pas d’ambition globale et il est vrai que depuis le milieu des années 90, la diplomatie chinoise s’est beaucoup impliquée dans la réduction des tensions, accréditant ainsi le discours du PCC sur le développement pacifique de la Chine.

Il reste que cette analyse des chiffres et des efforts de Pékin pour minimiser les effets de sa puissance montante, ne rend pas entièrement compte de la réalité.

En Asie, la Chine a, quoi qu’elle en dise, l’ambition de devenir la puissance centrale avant le Japon et l’Inde et le principal contrepoids des Etats-Unis, qu’elle cherche à tenir à distance de la question de Taiwan. Telles sont probablement les raisons qui sous-tendent l’augmentation constante et régulière du budget de la défense chinois, multiplié par 6 depuis 1995. Cette hausse participe d’une course aux armements en Asie, surtout depuis que le bruit court que la marine de l’A.P.L se doterait de plusieurs porte-avions. Affirmant sans faiblir ses revendications en mer de Chine, Pékin reste inflexible pour freiner les dérives indépendantistes de Taiwan, même au prix d’un conflit militaire. A cet effet, elle se dote d’une vaste panoplie de sous-marins et de missiles destinés à éloigner la marine américaine. Au-delà des querelles commerciales ou des divergences sur les droits de l’homme, c’est la réalité de la menace dans le Détroit qui fonde les craintes des Etats-Unis.


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Par Camille Le 17/03/2008 à 03h35

Quelle menace chinoise ?

Depuis 5 ou 6 ans que je vous lis, je prends toujours autant de plaisir devant vos analyses.
Replacer les choses dans leur contexte n’est pas toujours bien fait de la part des journalistes "generalistes", qui ne peuvent pas non-plus tout savoir sur tout.

Tres bon article et bonne analyse a mes yeux.

Poursuivez autant que possible !

Par Anonyme Le 17/03/2008 à 21h50

Quelle menace chinoise ?

La réputation de qualité et d’objectivité de ce site n’est plus à faire. Ses analyses en font dorénavant une référence.

C’est pourquoi, je trouve qu’il serait opportun, quand vous parlez des :
dérives indépendantistes de Taiwan, ou des conséquence d’un dérapage indépendantiste de Taiwan, de placer les mots, tels que "dérives" et "dérapages", entre guillemets.

Ce vocabulaire est en effet celui de Pékin, ou des stratèges américains, pas forcément celui de l’impartialité analytique, étudiant des évolutions pouvant se réaliser dans un contexte démocratique.
Ceci n’est donc pas à la hauteur de vos mises en perspectives judicieuses concernant la RPC.
Bonne continuation

EB

Par FD Le 18/03/2008 à 07h46

Quelle menace chinoise ?

La remarque de notre lecteur EB est judicieuse car en effet les mots sont importants et il est nécessaire d’en expliquer le contexte ou d’en analyser l’origine. Elle donne également l’occasion de fouiller un peu plus la question. La notion de « dérive » qui véhicule un sens péjoratif est en effet le langage de Pékin et parfois celui des Etats-Unis, quand ces derniers craignent de se trouver entraînés dans un conflit avec la Chine. Il y a en effet dans l’accession à la présidence une « dérive » par rapport à une norme définie comme correcte par le PCC. Car en effet l’éloignement de l’Ile participerait d’une perte de légitimité politique du pouvoir à Pékin et pourrait être le prémisse à d’autres séparatismes. Mieux aurait valu en effet parler d’une « évolution ». Au passage celle-ci est réelle en dépit des discours de tout le monde (Chine, Etats-Unis, KMT, communauté internationale), dont l’objet principal est d’apaiser les tensions, qui spéculent sur l’existence d’un statu quo. Aucune situation stratégique ne peut être enfermée dans un concept d’immobilisme.

Les changements sont toujours à l’œuvre qu’ils soient visibles, souterrains ou potentiels. C’est précisément parce qu’on n’a pas su les détecter, qu’on les ignore ou qu’on les met sous le boisseau que surgissent les surprises stratégiques. Quant au « dérapage », on peut objecter à la remarque de EB qu’une déclaration d’indépendance serait effectivement un « dérapage » au sens où ce mot évoque un « mouvement brusque » par rapport à une direction établie et pouvant avoir des conséquences néfastes. Non seulement Pékin, mais également le KMT, les Etats-Unis, l’UE et l’ONU considèrent qu’une déclaration d’indépendance unilatérale de Taiwan serait une « embardée » dangereuse. Selon toute vraisemblance cette idée est partagée par une majorité de Taiwanais, même si ces derniers développent une « conscience identitaire » de plus en plus forte. On objectera que ce consensus est forcé car il est le résultat des menaces militaires chinoises. S’il est vrai que ce facteur joue probablement, il n’est pas certain qu’il soit le seul. En dépit des problèmes politiques, conséquences de la guerre civile, les liens - pas seulement commerciaux - qui se tissent aujourd’hui entre les deux rives sont de plus en plus forts, dans un contexte de forte communauté culturelle à laquelle il ne fait aucun doute que les Taiwanais sont sensibles.

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