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Relations Chine-Japon. Les non-dits de l’irrationnel

Le nationalisme, lourd héritage de l’histoire

Il n’y a évidemment rien de rationnel dans ces postures crispées et affrontées qui, plus de 60 ans après la guerre, ignorent l’excellence des relations économiques [3] et les avantages stratégiques d’un rapprochement sino-japonais qui prendrait les influences américaines à contrepied.

Les raisons pour lesquelles ni Tokyo ni Pékin ne sont aujourd’hui disposés à sauter ce pas sont à rechercher, non seulement dans les arcanes de la politique intérieure des deux pays et dans les blessures encore ouvertes des dérapages japonais de la guerre, mais également dans les émotions complexes et irrationnelles nées de l’histoire commune.

Une histoire bilatérale heurtée.

Vue de Chine celle-ci est marquée par le balancement récurrent entre, d’une part les périodes de transferts culturels de la Chine vers le Japon, parfois teintés de mépris, qui donnent naissance à un fond de civilisation commun, marqué par le confucianisme et la conscience d’une appartenance commune à la race jaune, mais où les empereurs chinois considéraient le Japon tributaire comme une « pays de nains », et d’autre part des épisodes violents où le nationalisme et l’expansionnisme japonais s’exprimèrent très tôt dans l’histoire.

...marquée par les ambitions impériales nippones.

Cette ambition démesurée de conquête militaire du monde fut le fond de tableau de l’Asie du Nord-Est pendant toute la deuxième moitié du XVIe Siècle, jusqu’aux échecs japonais contre la Corée, aidée par la Chine en 1592 et 1597.

Toujours vue de Pékin, la suite de l’histoire balance encore entre une perception chinoise positive du Japon capable d’aider l’empire Qing déclinant et malade à secouer sa gangue d’arriération et à protéger la Chine contre les ambitions de la Russie en Mandchourie, et l’idée, très inquiétante, que l’Archipel s’émancipait en trahissant la sphère culturelle asiatique pour s’adosser à l’Occident, non seulement pour sa modernisation, mais également pour satisfaire ses ambitions de conquêtes.

Ces dernières ont gravé dans la mémoire collective les actuels contentieux territoriaux et les craintes chinoises, d’autant que la droite japonaise, héritière des conservateurs nationalistes, n’a jamais vraiment accepté que la défaite du Japon en 1945 soit également revendiquée par la Chine.

...et l’amertume des blessures chinoises.

Ces blessures sont encore ouvertes. On y retrouve pêle-mêle la collusion japonaise avec les Occidentaux pendant la signature des traités inégaux et la guerre des Boxers, la victoire militaire contre les Qing en 1895, soldée par l’annexion de Taiwan et des Diaoyutai, puis l’occupation de la Mandchourie et plus tard la création de l’état fantoche du Mandchoukuo.

L’invasion de la Chine, puis les atrocités commises par le Japon pendant la seconde guerre mondiale, presque toujours à la une de l’actualité en Chine, ne font qu’ajouter à ces ressentiments. Enfin l’alliance actuelle de Tokyo avec les États-Unis, qui prétendent intervenir dans le règlement de la question de Taiwan, extorquée par le Japon à la Chine en 1895, renvoie au rapprochement jugé contre nature du Japon et de l’Occident.

D’une certaine manière le regard que les Chinois portent sur le Japon d’aujourd’hui est encore marqué par cette double perception : le Japon pacifique et civilisé, partenaire commercial exemplaire, économiquement puissant, maîtrisant les technologies avancées, mais sans ambition de « leadership », pourrait être un allié et un guide efficace pour le développement de la Chine et un contrepoids décisif à l’influence américaine.

En même temps, Pékin dénonce avec la dernière vigueur les efforts de Tokyo pour augmenter son poids stratégique dans la région, comme s’il s’agissait d’une réminiscence des dangereuses pulsions nationalistes et impérialistes. En 1997 déjà, la Chine s’était insurgée que la révision des « US-Japan security guides-lines », principes directeurs de la sécurité du Japon, incluait la zone de Taiwan.

Notes :

[3En 2006, le stock d’investissements japonais en Chine atteignait 18 milliards de dollars et le Japon devenait le 1er fournisseur de la Chine.

Le commerce bilatéral passait la barre des 200 milliards de dollars (soit les 2/3 des échanges de la Chine avec l’UE, mais sans déficit, alors que celui de l’UE dépasse 120 milliards d’euros).


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