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›› Editorial

Reprise du dialogue avec le Dalai Lama. Quelques dessous de cartes

Ce rappel renvoie à des épisodes plus anciens de l’histoire mouvementée entre la Chine et le Tibet. C’est en effet au milieu des années 80, sous l’égide de Hu Yaobang secrétaire général du parti connu pour son ouverture d’esprit et sa clairvoyance, notamment sur la question tibétaine, et dont Wen Jiabao, à l’époque âgé de 44 ans, était un proche collaborateur, que les positions de Pékin et de Lhassa se sont le plus rapprochées d’un accord sur l’autonomie. Le limogeage de Hu en 1987, et le drame de Tian An Men en 1989, déclenché par des rassemblements de jeunes honorant la mémoire de Hu Yaobang, brutalement décédé, avaient brisé la dynamique.

Il n’est pas non plus inutile de rappeler que Hu Jintao a, dans sa jeunesse, directement bénéficié de l’appui de Hu Yaobang, dont les deux enfants étaient ses camarades de cours à l’école centrale du parti. Ajoutons enfin que c’est en novembre 2005, sous l’égide de Hu Jintao, qui fut également gouverneur du Tibet en 1989, où il instaura la loi martiale pour éviter la contagion des émeutes, que le nom du réformateur disparu en 1989 avait été à nouveau évoqué pour la première fois, lors d’une cérémonie commémorant le 90e anniversaire de sa naissance.

Sans préjuger des choix qu’il s’apprête à faire, cet épisode indique au moins que le très prudent secrétaire général a, au fond de lui, un tropisme réformateur, qu’il tente d’accommoder à la complexité de la situation politique, marquée par des divergences internes sur les stratégies à suivre. En 2005, honorant la mémoire de son mentor, il donnait des gages à l’ouverture. Récemment, en affirmant que les racines la question tibétaine n’étaient ni religieuses, ni culturelles, mais politiques, il a conforté la mouvance radicale. L’avenir dira si, au-delà du consensus tactique de la reprise du dialogue, il appuiera la tenue d’un vrai dialogue.

Au-delà des invectives, exprimées par les plus radicaux opposés à toute concession, les partisans d’un vrai dialogue ont conscience que le Dalai Lama (73 ans), qui réclame l’autonomie, l’arrêt de la colonisation massive et l’élargissement des frontières de la province à celles du « Tibet historique » - inacceptable pour Pékin -, serait un interlocuteur bien moins sulfureux que ceux qui revendiquent toujours l’indépendance. Dans un passé récent, craignant qu’à sa mort la situation ne se durcisse à nouveau, la Chine s’est d’abord efforcée de maintenir un niveau de contacts minimum. En 2002, année de l’accession de Hu Jintao à la tête du Parti, des échanges discrets avaient en effet repris, en Chine même et en Suisse, après 10 années d’interruption, jusqu’à la dernière rupture, survenue en 2007.

Il faut enfin prendre conscience qu’un des éléments qui compliquent le dialogue et tendent à figer la position de la Chine est la différence de perception entre les deux parties des effets du temps. Alors qu’à Pékin on est convaincu que le long terme finira par provoquer le recul des sentiments religieux, condition de la normalisation de la province, à Dharamsala on est, au contraire, saisi du sentiment de l’urgence, d’autant que les mentalités évoluent, non seulement au Tibet même, mais également dans la communauté des Tibétains en exil.

Sur le plateau les jeunes, de plus en plus nombreux, attirés par la modernisation à l’occidentale, s’éloignent progressivement des monastères, tandis qu’en Inde, ils quittent l’entourage du Dalai Lama pour changer complètement de vie. Si ce vivier en exil arrivait à se tarir, le foyer de la résistance tibétaine serait considérablement affaibli, pendant que le Tibet perdrait peu à peu l’exubérance religieuse qui fait la particularité de son identité culturelle. Ces réalités expliquent probablement le radicalisme et la virulence des groupes qui, en Inde, considèrent que les JO constituent la dernière « fenêtre d’opportunité » pour se faire entendre.


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