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SEOUL, un allié inattendu des Chinois

L’évolution géopolitique de l’Asie du Nord-est, lente et discrète depuis la fin de la guerre froide, a pris avec la crise nucléaire nord-coréenne un bon coup d’accélération. L’apparente folie du régime de Pyongyang qui consiste à se doter d’armes atomiques a produit dans cette région du monde des effets pour le moins inattendus. L’équilibre des forces dans les pourparlers de Six de Pékin (entre les deux Corée, les Etats-Unis, le Japon, la Russie et la Chine) ne peut pas se résumer à la formule de « cinq contre un », c’est-à-dire tous contre la Corée du Nord. Face à la menace militaire de Pyongyang, l’entente entre l’axe Tokyo-Washington et la Corée du Sud ne semble plus être cordiale. Avec une vitesse que l’on peut qualifier de vertigineuse, le pays du matin calme s’éloigne de ses alliés traditionnels.

Ce n’est pas un secret qu’entre le Japon et la Corée subsistent toujours quelques divergences. La montée des sentiments nationalistes dans chacun des deux pays ne fait qu’exacerber le contentieux hérité de la colonisation et de la seconde guerre mondiale. Le survol au début du mois de Mars d’un avion japonais au dessus d’un petit îlot (Takeshima en japonais et Dokdo pour les Coréens) a provoqué Séoul. La protestation officielle et les manifestations de rues ont été une parfaite réplique du contentieux sino-japonais sur les îles Senkaku/Diaoyu. Et le Japon n’a rien trouvé de mieux que de rappeler son ambassadeur à Séoul. Les relations bilatérales entrent sans doute dans une zone de turbulence.

Plus surprenante est la détérioration aigue des liens américano-coréens. Alliés traditionnels de la Corée du Sud, près de 30 000 soldats américains stationnent encore sur son sol. Bien que leur rôle essentiel soit de protéger la Corée d’une éventuelle invasion du Nord, Roh Moo-hyun, le très nationaliste président venait de signifier, par un discours prononcé la semaine dernière dans une école militaire, qu’il leur était interdit d’intervenir « dans un conflit de l’Asie du Nord-est » sans son accord, ce qui remet implicitement en cause la présence américaine dans son pays. A Washington, les paroles de Roh n’ont pas manqué d’agacer l’Administration Bush et quelques Congressmen qui demandent au président coréen de clarifier ses propos. En guise de riposte, une délégation de parlementaires coréens de l’opposition recevra un accueil chaleureux aux Etats-Unis.

Incompréhensible, la politique coréenne ? Sans doute pas si l’on prend conscience de la montée du nationalisme dans l’opinion de ce pays, anti-japonaise par tradition et hostile à l’idée d’une attaque américaine contre ses « frères » du Nord. L’épisode actuel ne manquera pas d’intéresser Pékin qui cherche toujours à réduire les influences japonaise et américaines dans la région. La visite du ministre coréen, prévue entre le 30 mars et le 2 avril à Pékin a pour but, selon le quotidien coréen « Chosun Ilbo », de « coordonner les positions respectives sur la solution du problème nucléaire nord-coréen et la sécurité de l’Asie du Nord-est ». Le même quotidien se demande si la configuration « quatre contre deux (les deux Corée, la Chine et la Russie contre l’axe Tokyo-Washington) » n’était pas en train d’émerger dans les pourparlers à six pays. Alliée inattendue des Chinois pour le moment, la Corée du Sud pourra-t-elle pratiquer longtemps encore une politique d’équilibre entre ses puissants voisins ?


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