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›› Chronique

Un pas en avant, deux pas en arrière ?

Si les droits de l’homme figurent maintenant, pour la première fois dans l’histoire, dans la Constitution chinoise, il faudra probablement encore longtemps pour voir son application dans les faits. Moins de trois semaines après la libération de Wang Youcai, l’un des membres fondateurs du Parti démocratique chinois, emprisonné depuis 1998, censé illustrer la volonté de Hu Jintao de changer la politique de répression, on apprend l’arrestation des trois femmes surnommées les « mères de Tian’anmen » car chacune d’elles avaient perdu un être proche lors du massacre de 1989. Bavure policière ou cafouillage politique ? En tout cas, les signaux envoyés par Pékin sont pour le moins contradictoires. Essayons maintenant un décryptage rapide :

Selon l’Agence Chine nouvelle, Mme Ding Zilin et ses deux amies auraient menacé la sécurité nationale, en réceptionnant des envois de T-shirts (depuis Hong Kong) portant l’inscription de « Mère de Tian’anmen 1989-2004 » et en allant manifester pour commémorer les victimes du massacre, ce qu’elles démentent formellement. Le prétexte importe peu. Les autorités cherchaient à stopper toute forme de communications entre les dissidents de Chine et leurs sympathisants de l’extérieur (« hors frontières » pour utiliser un terme à la mode qui désigne pêle-mêle l’étranger, mais inclue Hong Kong, Macao et Taiwan). Les dirigeants chinois craignent avant tout un scénario à la roumaine où une conjugaison des forces d’oppositions internes et externes ont précipité la chute du régime. Mais poursuivre la répression a pour fâcheuse conséquence de dégrader l’image du pays au moment où la Chine a besoin de la technologie et des capitaux de l’Ouest pour soutenir la croissance économique. Entre l’impératif économique du pays et la survie du régime politique, le choix n’est pas aisé.

Une femme septuagénaire comme Mme Ding Zilin ne peut guère menacer la sécurité de l’Etat chinois. Mais la crainte d’une déstabilisation sociale n’est pas pour autant sans fondement. La disparité des revenus, tant entre régions qu’entre catégories sociales produit chaque jour une société à deux vitesses. Les arriérés de salaires dans certaines entreprises publiques au bord de la faillite provoquent parfois des manifestations violentes dans les provinces pauvres. L’explosion sociale n’est peut-être pas pour demain, mais son potentiel peut se multiplier à la moindre faiblesse conjoncturelle.

A tout cela il faut sans doute ajouter les revers politiques que Pékin a récemment subi à Hong Kong et à Taiwan. Dans l’ex-colonie britannique, l’aspiration à la démocratie, très soutenue par la population, risque de fragiliser la configuration politique d’aujourd’hui qui laisse à Pékin un large contrôle. Dans l’île nationaliste (bientôt indépendantiste ?), le résultat de l’élection présidentielle a montré une fois de plus l’impuissance du gouvernement chinois à influer sur les affaires locales. Un raidissement face à la dissidence pourrait servir de défouloir pour cacher certains désarrois.

Au moment où ces lignes sont écrites, plusieurs sources ont confirmé la libération des trois « mères de Tian’anmen » sous la pression internationale. On peut voir là une victoire du pragmatisme diplomatique. Mais les droits de l’homme sont encore loin de triompher en Chine. La longue marche n’en est au mieux qu’à ses début.


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