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›› Politique intérieure

Xi Jinping : Centralisation du pouvoir et fragilités politiques

Quelle cohésion sous la surface des apparences ?

Le 6 mai dernier Wang yang n°4 du régime et président de la Conférence consultative du Peuple Chinois visitait une exposition sur le Tibet. Il y a prisé l’œuvre de développement accomplie par la Chine. Au milieu des années 2000, il faisait partie des prétendants au poste de n°1 du régime. Il a été écarté par la mouvance Jiang Zemin ayant depuis Shanghai favorisé la promotion de Xi Jinping.


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La machine ainsi mise place puissamment centralisée assure t-elle la prévalence politique sans partage de Xi Jinping ? Rien n’est moins sûr. Minxin Pei en doute. Il faut cependant reconnaître que les dissensions qui existent assurément entre Xi Jinping, Li Keqiang ou Wang Yang, pour ne citer que les plus connues, n’ont pour l’heure jamais percé la surface lisse du Parti. Tout au plus peut-on détecter certains indices de possibles divergences.

Le 30 mai dernier, David Brown, ancien diplomate américain qui fut en poste à Saïgon durant la guerre, aujourd’hui basé à Hanoï d’où il observe le surgissement de la puissance chinoise, signait un article dans « The Diplomat » qui relatait une péripétie interne au Parti qui semblait signaler d’imperceptibles frictions au sein du Comité Permanent du Bureau Politique, le saint des saints du pouvoir chinois.

Le 10 mai, lors du 4e sommet des médias du Détroit de Taïwan, organisé conjointement par l’association des médias de Pékin agissant au nom du département de la propagande et par le Want China Times Media Group de Taïwan, une intervention impromptue et sans langue de bois de Wang Yang n° 4 du régime et président de la Commission Consultative du Peuple Chinois depuis le 19e Congrès a été prestement effacée de la toile.

Le thème du séminaire était la responsabilité des médias dans les échanges Chine -Taïwan. En arrière-pensée, le département de la propagande compte bien saisir l’occasion de ces rencontres pour rallier à la cause de la réunification les médias de l’Île.

S’adressant à l’auditoire à la fin du séminaire, Wang Yang s’exprima sur un ton inhabituellement sincère et ingénu. Debout, parlant sans notes hors podium, son intervention qui dura moins de 10 minutes exprimait des réflexions personnelles sur Taïwan et les États-Unis, du type de celles qu’on fait normalement hors micro, et dont le ton contrastait radicalement avec les habituelles déclarations minutieusement calibrées du régime.

Wang Yang se lâche. Sa parole est censurée.

L’intervention de Wang Yang avant la censure.


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Faisant référence à l’adresse de Xi Jinping du 2 janvier à l’occasion du 40e anniversaire du message de l’ANP aux compatriotes taïwanais, le 1er janvier 1979, (lire : Les défis de l’obsession réunificatrice.) Wang a rappelé que, du point de vue de Pékin, « les tendances » et « le temps » étaient favorables au Continent et plaidaient pour une réunification pacifique à terme.

Allant plus loin, il ajouta que – remarque on ne peut plus rare par les temps qui courent - , bien « qu’ayant conscience que la Chine n’était aujourd’hui pas très forte économiquement, militairement et technologiquement, le parti avait pleinement confiance dans sa théorie de proximité culturelle et civilisationnelle, base de la réunification dans le Détroit. »

A propos des relations Taïwan - Chine, il mentionna les échéances des deux « centenaires », celui de naissance du Parti en 2021 et celui de son accession au pouvoir en 2049, l’une et l’autre la longue vision de Pékin, alors qu’à Taipei, le pouvoir n’est même pas capable de garantir ce qui se passera dans deux ans. Puis ses remarques ciblèrent la mouvance indépendantiste de l’Île qui, dit-il, « espère s’appuyer sur les États-Unis ».

Évoquant le récent « Taïwan Assurance Act » voté le 8 mai par la Chambre des représentants réaffirmant l’attachement des parlementaires américains au Taïwan Relations Act (lire : Le « Taïwan Relations Act » et les illusions du statu-quo.), Wang interrogea l’assistance : « Pensez-vous que les Américains soient une assurance ? » (…) « Feront-ils la guerre pour Taïwan ? » (…) « Je ne crois pas ! Pour eux l’Île n’est qu’un pion ! ». (..) « Et quand bien même ils décideraient de se battre, pourraient-ils gagner ? Je ne crois pas ».

Faisant allusion au poids du nombre des 7 corps d’armée engagés par la Chine en 1951 au-delà du Yalu, il ajouta que, durant la guerre de Corée, les États-Unis n’avaient pas triomphé d’une Chine « qui, à cette époque, était pourtant encore bien pauvre ». (…) « L’Amérique osera t-elle s’attaquer à la Chine d’aujourd’hui ? ».

Flanqué de Wang Hunning, le très nationaliste idéologue du régime, il conclut ses remarques, en appelant les médias taïwanais à soutenir le projet de réunification, les assurant que quand elle sera effective, le Parti et l’histoire se souviendront de leurs contributions.

Conjectures.

Pourquoi alors s’interroge D. Brown, cet effacement rapide ? Parfois la disparition d’un texte ou d’une photo indique que l’intéressé est dans le collimateur du régime. S’agissant de Wang, n°4 du régime, membre du Comité Permanent et Président de Conférence Consultative du Peuple Chinois, la carte est lourde.

Wang a-t-il ingénument cru parler « off » ? C’est également improbable puisqu’il s’exprimait devant des micros.

Il est en revanche possible que ses remarques sur l’Amérique présentée comme peu fiable et celles sur la stratégie de réunification visant à saper la confiance des Taïwanais en leur propre gouvernement démocratique aient été jugées trop directes, dévoilant trop clairement la stratégie taïwanaise de Pékin. Il n’est cependant pas impossible qu’entre Wang Yang et le Président, il y ait une divergence sur la méthode.

Contrairement à Xi Jinping, Wang qui a évoqué l’indépendance de l’Île en la balayant comme une éventualité improbable, n’a pas fait état de l’usage de la force. En revanche, il a semblé articuler sa pensée au très long terme et aux stratégies indirectes de Sun Zi spéculant sur une victoire obtenue sans conflit. La clé est d’utiliser la puissance militaire non pas pour entrer en guerre, mais pour peser sur la situation.

Peut-être le plus grand contraste entre Xi Jinping et Wang Yang, dont il faut rappeler qu’il y a 15 ans, les augures le voyaient comme un possible n°1, réside t-il dans la capacité de l’ancien n°1 à Canton de spéculer sur l’ambiguïté de la pensée stratégique chinoise. Alors que sur de nombreux sujets, le Président Xi est aujourd’hui sorti du clair-obscur, jusqu’à affronter directement Washington.

Il n’est pas certain que le Parti qui l’a mis en place pour corriger les fragilités internes de la machine politique telles que la corruption endémique et freiner les élans de libéralisme politique de Li Keqiang, soit satisfait de la tournure que prennent les choses. On peut en effet douter que les adeptes comme Wang Yang des stratégies obliques et de l’ambiguïté se réjouissent du surgissement des tensions directes avec nombre de pays occidentaux.


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