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Le temps des crises

1. Chine-Libye

La Chine a réagi avec une efficacité remarquable pour évacuer ses ressortissants du chaudron libyen. Dans une situation internationale complexe, elle a réussi à la fois à ménager ses intérêts directs et à se donner une image de sagesse sereine, tout en se désolidarisant des répressions brutales exercées par Kadhafi.

Alors que le 23 février, China Radio International signalait que certains des 36 000 ressortissants chinois travaillant en Libye pour plus de 70 sociétés - en majorité des compagnies pétrolières et des sociétés de construction -, avaient été attaqués, notamment à Benghazi sur le site d’une compagnie de construction d’état, le gouvernement a affrété 15 vols charters civils, et déployé 4 avions de transport militaires, ainsi que la frégate lance-missiles Xuzhou, rappelée du Golfe d’Aden où elle participait à l’opération internationale de lutte contre la piraterie.

Entre le 28 février et le 2 mars, la grande majorité des Chinois quittaient la Libye pour des points de regroupement en Grèce, à Malte, au Soudan, en Tunisie et aux Emirats, attendant des vols vers la Chine. Cette efficacité donna lieu à des commentaires laudatifs de la presse chinoise et à des appels pour encore plus d’efficacité militaire et plus de responsabilité internationale dans la gestion des crises. Début mars, le Global Times expliquait que la puissance montante de la Chine allait lui conférer « des responsabilités supplémentaires », ce qui devrait l’inciter à « accélérer la construction de son porte avions ».

Mais le commentaire le plus étonnant, probablement inspiré par l’enthousiasme provoqué par une opération d’évacuation exemplaire, est venu d’un journaliste du magazine Caijing. Dans un article en ligne, intitulé « Appuyons l’intervention militaire américaine en Libye », ce dernier suggérait que la Chine abandonne sa politique de non ingérence et prenne clairement position contre « les tyrans qui massacrent leur peuple ».

Dans les eaux troubles d’une situation qui peine à se dénouer, le Parti a gardé la tête froide, avançant avec son habituelle maîtrise de l’ambiguïté, au milieu d’une remarquable cacophonie occidentale. Le 26 février, la Chine qui préside le Conseil de Sécurité et soucieuse de ne pas donner l’impression d’appuyer un régime tirant sur son peuple, votait une résolution imposant des sanctions à la Libye et diligentant une enquête sur les crimes contre l’humanité commis par Kadhafi.

Le 13 mars, alors même que la Ligue Arabe appelait le Conseil de Sécurité à imposer une zone d’interdiction de vol à l’aviation libyenne, l’Ambassadeur de Chine à Tripoli, reçu par Kadhafi en compagnie de ses collègues indien et russe, écoutait le « guide de la révolution » leur proposer de « remplacer les compagnies pétrolières occidentales » dont les personnels avaient été évacués.

Enfin, le 17 mars, la Chine n’utilisait pas son droit de veto, mais s’abstenait de voter une résolution du Conseil de sécurité autorisant le recours à la force contre le Régime de Kadhafi et instaurant une zone d’exclusion aérienne au-dessus de la Libye. Elle était notamment suivie par la Russie, l’Allemagne, le Brésil et l’Inde.

Pékin, dont la dépendance aux importations d’hydrocarbures et à ses projets pétroliers en Libye reste forte - en 2010 la Libye était encore le 5e fournisseur de pétrole de la Chine avec 341 000 barils/jour, soit 10 fois plus qu’en 2009 -, a rapatrié ses personnels et mis à l’arrêt tous ses projets (constructions d’immeubles, voies ferrées, ponts, exploitations pétrolières). De cette position d’attente, le pouvoir chinois a aussi donné des gages aux Etats-Unis, à la Ligue Arabe et à l’ONU.

En même temps, prenant ses distances avec Kadhafi en votant les sanctions, il a tenté de consolider son image d’un gouvernement serein, à l’écoute du peuple et opposé à la répression brutale. Il est aussi resté fidèle à sa ligne rejetant l’interventionnisme militaire et prônant une solution négociée.


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