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›› Editorial

Remue-ménage dans la planète finance chinoise

Après les mises en examen de deux de ses vice-présidents Zhang Yujun et Yao Gang, Xiao Gang, le président de la Commission de régulation boursière, pourtant très apprécié par les spécialistes de la finance mondiale, mais dont la relève est envisagée, sera peut-être la victime collatérale de la crise boursière chinoise.

Alors que la bourse, qui a gagné 20% depuis septembre, se remet de l’effondrement brutal des cours à l’été dernier (l’index de Shanghai avait perdu 43% entre le 12 juin et le 26 août), le 3 novembre dernier, à Pékin, lors d’une adresse aux hauts dignitaires du Parti, Xi Jinping a pointé du doigt les failles du système de régulation financière et exhorté les responsables à les corriger.

La directive venait après une vaste chasse aux sorcières assez désordonnée qui ciblait à la fois la presse spécialisée, les responsables de sociétés de courtages, les investisseurs étrangers, les auteurs de délits d’initiés, qui donna l’impression d’une opération de propagande destinée à exonérer les pouvoirs publics de leurs responsabilité dans la tourmente boursière.

Mais l’intervention de Xi Jinping début novembre ciblant quelques faiblesses de l’administration des finances chinoises, replace les responsabilités à leur juste place et trace la route d’une réforme qui ne manquera pas d’être longue et complexe. La refonte du système boursier chinois n’est en effet pas seulement technique. Elle nécessitera aussi une évolution radicale des mentalités encore aujourd’hui plus qu’ailleurs imprégnées d’une culture d’imbrication des affaires et de la politique, terreau des délits d’initiés, principale gangrène des marchés boursiers quels qu’ils soient.

Tempête tous azimuts contre des boucs émissaires.

La déclaration du n°1 chinois survient alors que depuis plusieurs mois souffle un vent de mises en accusations, non seulement dans le secteur financier, à la commission de régulation boursière et au sein des sociétés de courtage, mais également contre quelques analystes accusés de répandre des fausses nouvelles et d’influencer le marché à la baisse. Tous les observateurs auront noté la confession le 31 août sur la chaîne de télévision nationale du commentateur économique Wang Xiaolu du magazine Caijing, dans laquelle il regrettait d’avoir publié des informations financières à un moment sensible, prenant le risque de déclencher une panique.

Placé en détention le 30 août, Wang avait, dans une analyse publiée le 20 juillet, suggéré à tort que la Commission de régulation pourrait renoncer à soutenir la bourse. L’analyse basée sur des rumeurs contrevenait aux directives du département de la propagande qui enjoignaient aux journalistes de ne pas « spéculer sur les tendances du marché et d’éviter d’attiser la panique ou d’aggraver le désarroi ». Avec lui près de 200 autres personnes, simples particuliers, blogueurs, journalistes financiers ou courtiers dont 4 Directeurs de la société de trading de la CITIC, avaient été pris dans la tornade, accusés de violer les règlements de la bourse ou de répandre de fausses rumeurs.

Parfois la bourrasque véhicula des ressentiments xénophobes. En juillet, un éditorial du Financial News, journal officiel des banques chinoises, ignorant le fait que, selon UBS, les capitaux étrangers représentent seulement 1% des 6400 Mds de $ du marché financier chinois, accusa Morgan Stanley, Goldman Sachs et d’autres banques d’investissements étrangères de créer un chaos dont le but était d’empêcher la Chine de devenir une puissance financière globale.

La tourmente avait même touché Li Yifei, la représente pour la Chine de « Man Group », l’un des plus gros et plus anciens fonds d’investissement mondiaux domicilié à Londres. Après avoir disparu quelques jours, elle refit surface le 7 septembre pour démentir les rumeurs insistantes de son arrestation par la police. Mais l’affaire inquiéta les milieux de la finance internationale opérant en Chine, alarmés par la conviction que le coup de balai avait aussi pour objet d’exonérer le pouvoir chinois de ses responsabilités dans la séquence d’affolement de la bourse.

Chronique d’un dérapage boursier.

En réalité, le soudain développement des marchés boursiers qui, entre 2013 et l’été 2015, gagnèrent 250% avant de perdre plus de 40% en seulement quelques semaines, s’inscrivait dans une stratégie de rééquilibrage du système financier trop dépendant du crédit bancaire. Alors que le refuge de l’immobilier donnait quelques signes de faiblesse, mûrissait en arrière plan l’idée de faire de la bourse une nouvelle source de financement plus efficace et plus dynamique pour le secteur productif, et notamment les « start-up » innovantes.

La longue liste des introductions en bourse en 2014 et 2015 avait également pour objet l’ouverture au marché du capital des groupes publics. Pour autant, ce projet à la fois logique et vertueux, appuyé par la presse officielle et le département de la propagande a dérapé pour deux raisons.

Dans leur enthousiasme courtisan, pressés de décrire la bourse dont les cours s’envolaient, comme l’expression du succès du « rêve chinois », les thuriféraires officiels propagèrent le sentiment que le pouvoir garantirait sans réserve les bénéfices des transactions.

L’optimisme et l’assurance ainsi diffusés provoquèrent une avalanche d’achat d’actions, assez souvent mal préparés, imprudents, parfois sans aucune capacité de rétablissement financier en cas de chute des cours. Le vent de panique de la mi-juillet fut la conséquence des obligations d’appels de marge qui frappèrent ceux dont les investissements avaient été garantis pas des actions en chute libre.

Mais juste avant la débâcle, l’effervescence générée par l’idée d’un marché boursier dont la hausse serait garantie politiquement, provoqua un tumulte inédit, marqué par l’explosion de transactions et des spéculations articulées autour de techniques de courtage et d’investissements que le système chinois de régulation encore vétuste et procédurier, éclaté entre plusieurs pôles de pouvoirs, fut incapable de contrôler.

Prise de conscience des failles de la régulation.

Contrairement aux idées reçues, la crise boursière de juillet n’est pas le signe avant coureur de l’effondrement de l’économie chinoise, assez peu cotée en bourse. Elle est le révélateur d’une grave faiblesse du système de régulation peu indépendant et éclaté entre plusieurs pôles de pouvoir et d’une intense imbrication entre la politique et les affaires, terreau des délits d’initiés, gangrène des marchés boursiers où qu’ils soient.

Alors que le marché financier reste encore opaque, traversé par le péché originel du délit d’initié consubstantiel de l’imbrication des affaires et de la politique, arrière-plan légitime des accusations de manipulation des cours, voisinant avec la propagande qui tente de rejeter les responsabilités du crash de juillet dernier sur la diffusion de fausses rumeurs, c’est bien aux failles du système régulateur que le Président Xi Jinping a décidé de s’attaquer.

Récemment Zhao Xijun, professeur d’économie à l’université du peuple a mis le doigt sur ces lacunes. Selon lui, la crise s’est nourrie de l’introduction en Chine sans préparation ni dispositif fiable de prévention des risques, de mécanismes boursiers importés des États-Unis tels que les ventes à découvert et les contrats à terme, les opérations sur marges ou le « trading automatique » qui gère de plus en plus les données boursières par des algorithmes informatiques sans intervention humaine.

A l’été dernier, privés d’informations fiables en temps réel, venant d’un système de régulation éclaté entre les pôles d’influence et de contrôles des commissions boursière et bancaires et de celle des assurances, les pouvoirs publics, toujours en retard, ont donné l’impression de flotter et d’être dépassés par la crise, ce qui a aggravé la dégringolade des cours et la panique.

De fait, au sein du sérail politique, les discussions pour augmenter l’efficacité du contrôle des marchés financiers sont en cours. Une solution à l’étude serait le groupement en une seule entité des trois commissions de régulation de la bourse, des banques et des assurances. Mais, déjà surgissent des controverses. Alors que certains proposent de placer, comme au Royaume Uni, la nouvelle instance sous le contrôle de la Banque Centrale et de son Directeur Zhou Xiaochuan, d’autres militent pour la création d’une structure nouvelle aux ordres du Conseil des Affaires d’État, indépendante de la Banque Centrale dont beaucoup redoutent l’excès de pouvoir.

Dans cette ambiance où resurgissent les rivalités politiques et bureaucratiques, les uns unis derrière la Banque Centrale, les autres, privilégiant la supervision par le gouvernement, tous les observateurs s’accordent à dire que la manœuvre prendra du temps. Dans ce système, toujours très politique, le point clé sera probablement la capacité ou non de la nouvelle structure à être réellement indépendante.

En attendant, conformément à un schéma qui semble devenir une constante chaque fois qu’un secteur de l’économie chinoise entre dans le collimateur des réformateurs, la manœuvre s’accompagne d’une offensive de la Commission Centrale de Discipline du Parti.

Depuis le mois d’août la société publique d’investissements et de trading CITIC securities 中信 証 券国际 est sous le coup d’une enquête pour délit d’initiés où plusieurs directeurs ont été mis en examen ce qui, provoqua la démission début novembre de Wang Dongming, 64 ans, président du comité du parti du groupe.

Plus encore, depuis la mi-septembre Zhang Yujun et Yao Gang deux vice-présidents de la Commission de régulation boursière ont été mis en examen pour corruption tandis que des rumeurs courent aujourd’hui sur le renvoi possible de Xiao Gang président de la Commission.

Démantèlement d’une banque souterraine

Mise à jour le 23 novembre

Le 20 novembre, les autorités chinoises ont affirmé avoir mis fin à l’activité de la plus grande banque souterraine du pays, agissant dans les zones grises de l’économie où transitaient des blanchiments d’argent et des changes frauduleux dont le volume, depuis avril dernier, s’élevait à plus de 115 Mds d’€.

La nouvelle du démantèlement d’une banque secrète – en réalité un secret de Polichinelle - qui était aussi un des canaux de la fuite des capitaux évalué à 470 Mds d’€ au cours des 8 premiers mois de l’année, est d’une grande sensibilité politique car elle met à jour la complicité d’une partie de l’oligarchie chinoise et des banques occidentales. La manœuvre traduit la détermination du pouvoir à freiner la fuite des capitaux dont le rythme s’accélère et produira une dépréciation du Yuan.

Parallèlement à l’attaque contre la finance grise menée par le pouvoir, la commission de régulation boursière a après 5 mois d’arrêt autorisé la reprise des introductions en bourse pour 10 compagnies.


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