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Rui Chenggang, nationaliste courtisan, cabotin et corrompu

En 20I0, Rui interpelle le président des Etats-Unis, lors d’une conférence de presse : « Je pense que je peux représenter l’Asie ».

Nailene Chou Wiest, Docteur en histoire chinoise est aujourd’hui basée à l’Université Qinghua où elle anime le programme « Global Business Journalism ». Elle a travaillé pour Reuter et a été professeur de journalisme à Hong Kong et à new York. Récemment, elle est revenue dans Caixin sur l’éviction pour corruption du présentateur vedette de la chaîne économique de CCTV, Rui Chenggang.

Après avoir décrit la vanité et l’arrogance du personnage, Wiest regrette que le nettoyage des écuries de la corruption aille de pair avec le contrôle politique des médias. Elle constate aussi que le message nationaliste, cheval de bataille très populiste de Rui, ne sera pas éliminé des ondes chinoises par la chasse aux corrompus.

Un enfant gâté vaniteux

La chasse aux corrompus a éliminé du paysage médiatique Rui Chengang, l’enfant gâté de la télévision d’État. Habillé avec élégance, conduisant une Jaguar et parlant couramment l’Anglais, Rui était le symbole de la nouvelle image de CCTV qui tentait de faire oublier ses anciennes et austères raideurs. Mais sa chute, au lieu de soulever les habituelles protestations contre les persécutions de la presse, ne déclencha aucun mouvement de solidarité, ni en Chine, ni à l’étranger.

A Pékin et ailleurs on se réjouit même de sa disgrâce estimant qu’il n’avait que ce qu’il méritait. L’accusation officielle de corruption le visait lui et sa famille pour avoir établi une société de relations publiques tirant profit de sa célébrité médiatique comme de ses connexions politiques et affairistes.

Rui fut le premier à exploiter avec autant d’efficacité les avantages combinés de sa notoriété internationale et les ressources d’un média national. A mesure que la puissance économique de la Chine se développe, les étrangers défilent devant les caméras des télévisions nationales pour faire la promotion de leur pays comme une destination privilégiée des investissements chinois.

Et Rui s’imaginait que n’importe quel hurluberlu ayant un tant soit peu de courage et d’esprit de contradiction pourrait faire la différence. Tout en se conformant scrupuleusement à la ligne du Parti, il était un maître de l’autopromotion, jouant des sentiments nationalistes chinois et de ses contacts avec le gratin politique de la planète que son métier lui faisait rencontrer.

Il prenait ses petits déjeuners avec Bill Gates, disait de Bill Clinton qu’il était « son ami » et en 2007, il devint célèbre en faisant fermer grâce au soutien de l’opinion qu’il avait alertée, le Starbuck ouvert à l’intérieur de la Cité Interdite. En 2010, lors d’une conférence de presse du G20, il se présenta au président Barack Obama comme « le porte parole de toute l’Asie ». Emportés par leur désir de rehausser l’image de la Chine sur la scène mondiale, ses patrons le laissèrent faire.

Le cabotinage et les faux semblants ont précipité sa chute

Présentateur vedette de la chaîne économique de CCTV, Rui jouait avec l’idée de la relativité de toutes choses et ne s’embarrassait pas des scrupules des autres journalistes des chaînes nationales. Jamais il n’abordait les questions de fond. Ses critiques l’accusaient de ne pas avoir mis à profit sa popularité pour dénoncer la corruption ou s’intéresser aux plus démunis. Sa position de porte parole de l’establishment suffisait à son bonheur. Mais avant son arrestation ses collègues journalistes lui avaient déjà tourné le dos.

Rui était un des seuls animateurs vedettes qui prenait plaisir à humilier publiquement ses malheureux interlocuteurs. Sa brutalité déplacée fera date. Il avait ouvertement et de manière fort peu professionnelle tourné en ridicule l’ambassadeur des États-Unis Gary Locke parce qu’il voyageait en classe économique.

Comédien dans l’âme, aimant à citer Shakespeare, il répétait que le monde était un grand théâtre et que les hommes tenaient tous un rôle. Mais à trop jouer sur ce registre du faux semblant et du cabotinage, il n’est parvenu qu’à se construire une réputation frelatée qui a précipité sa chute. Aucun de ses soi-disant « puissants amis » n’est venu à son secours. La réalité dérisoire est qu’il ne semble pas avoir d’amis du tout.

Contrôle des médias et nationalisme

A CCTV, les corruptions et les scandales sont monnaie courante. Le contrôle des médias télévisés donne un pouvoir considérable aux producteurs. Pour un comédien, être invité aux émissions de la fête du printemps est un passeport rapide pour le succès. Par des pots de vin, un industriel peut corriger les effets néfastes d’une qualité aléatoire de ses produits.

La corruption est générale. Avant Rui le coup de balai avait également éliminé le patron de la chaîne économique de CCTV et ses collaborateurs directs. Toutefois la répression contre la corruption va de pair avec le resserrement du contrôle des journalistes qui doivent promettre de ne pas révéler des « secrets d’État » et jurer de ne pas partager des informations sensibles avec les médias étrangers.

La campagne pour promouvoir l’image de la puissance douce de la Chine obéit à un principe unique valable pour tous les médias chinois : « de nombreuses chaînes ; une seule voix ». Mais le nationalisme, cheval de bataille de Rui, ne disparaîtra pas. Les médias officiels ont déjà séparé le message du messager. Dommage. La Chine aurait mieux fait de se débarrasser des deux.


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