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›› Chronique

Le nouveau visage d’un régime présidentiel

A moins de dix jours avant l’ouverture du XVIIe Congrès du PC chinois, le silence des médias officiels en Chine n’a d’égal que les bruissements de rumeurs en provenance de la presse de Hongkong. Les premiers se taisent car ils ne trouvent probablement rien à dire en dehors de la langue de bois habituelle, tandis que la seconde spécule essentiellement sur le choix de nouveaux membres du Politburo, dont les noms sont souvent inconnus du grand public. De cette grand-messe programmée longtemps à l’avance, personne n’attend l’annonce en direct de réformes significatives. La continuité politique prévaut sur les trois plans essentiels de la vie politique chinoise : préservation de l’économie de marché, persistance du régime de parti unique et reconduction de M. Hu Jintao à la tête du pays.

Si l’on peut affirmer que le Congrès est apparemment sans grand enjeu, de subtiles manœuvres politiques, conduites ces derniers mois avec une certaine frénésie, semblent prouver le contraire. Dans les instances dirigeantes du Parti, de l’Etat et de l’Armée, des changements de têtes s’opèrent aux pas de charge. Du n°1 du secrétariat central du Parti au ministre des finances, du chef d’Etat-major général de l’Armée au commandant de la Région militaire de Pékin, le président chinois s’empresse d’installer ses hommes de confiance et ce en dehors de toute échéance électorale. Faits sans précédent si l’on juge par le nombre de personnes nommées dans un laps de temps aussi bref. Tout indique que nous sommes en train de vivre un moment crucial de la vie institutionnelle en Chine, à savoir l’instauration d’un régime présidentiel à la chinoise, dans lequel les autorités du pays sont plus nécessaire à la fonction présidentielle que le charisme du président !

Dire que tous les pouvoirs en Chine sont aux mains du numéro un de régime ne nous aide pas à comprendre les jeux de pouvoir. Les dirigeants fondateurs, à l’instar de Mao Zedong ou de Deng Xiaoping, avaient l’habitude d’exercer leur pouvoir hors institution, voire à l’encontre celle-ci. Le plus haut poste gouvernemental occupé par DENG n’était que celui de Vice-premier ministre, alors qu’il disposait un pouvoir quasi monarchique à la tête du pays, même durant la période où il était officiellement parti à la retraite.

Il n’en n’a pas été de même pour son successeur. Le pouvoir de Jiang Zemin était celui d’un secrétaire général du Parti, d’un président de la République et d’un président de la Commission centrale militaire. Aussi étendues qu’aient été ses fonctions, le pouvoir personnel de Jiang n’a pas survécu à la fin de ses mandats. Le changement n’est pas apparent car aucun texte officiel, loi ou décret, ne mentionne cet état de fait. Mais il a modifié en profondeur les mœurs politiques du pays. Avant, l’institution était au pied de l’empereur. Désormais, le pouvoir du président est uniquement lié à ses fonctions.

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L’un des problèmes inhérents à ce type de présidentialisme, non le moindre, est qu’il ne prévoit aucune règle du jeu lors d’un renouvellement du pouvoir. Le Président peut certes placer ses hommes de confiance au sein du Parti, du gouvernement et de l’Armée. Il ne lui appartient pourtant pas de désigner son successeur. Depuis la mort de Deng Xiaoping, plus personne dans le Parti ne peut se targuer d’être « faiseur de roi ». Il existe bien une procédure formelle d’élection présidentielle dans la Constitution chinoise, mais aucun texte d’application n’existe sur les modalités de dépôt des candidatures.

Dans la pratique, le président en place use de tout son pouvoir pour constituer une « garde rapprochée » dans les hautes instances du Parti afin de s’assurer une majorité de voix lors d’élections à ce niveau. Cette stratégie signée de Jiang Zemin lors du XVIe congrès du Parti (2002) est battue en brèche par Hu Jintao. Une fois élu, ce dernier s’est attaqué à changer de fond en comble l’édifice du pouvoir laborieusement construit par son prédécesseur. S’il a réussi, après plusieurs années d’intenses luttes, à se débarrasser du groupe de Shanghai, ses arrières ne sont pas pour autant assurés. Il sait pertinemment que ses adversaires n’attendent que son départ prévu en 2012-2013 pour éliminer ses proches, dans un autre round de lutte de pouvoir.

Si la stabilité du système peut être assurée par les hommes d’un président élu, de violentes secousses politiques sont à prévoir dans les périodes préélectorales. Sans débat public sur l’orientation politique du pays, tous les moyens sont bons pour discréditer les adversaires, voire les envoyer en prison. Le délit de corruption a ainsi été utilisé par Jiang Zemin contre Chen Xitong (ancien maire de Pékin), et par Hu Jintao contre Chen Liangyu (ancien secrétaire du Parti de Shanghai) et la plupart des membres appartenant au groupe de Shanghai. Ce genre de pratiques n’est pourtant pas sans inconvénients. L’idée que les plus grands criminels du pays se trouvent au sommet du Parti ne fait que discréditer la nature du pouvoir dans l’opinion. Mais l’opinion pèse peu, du moins à l’heure actuelle, sur l’échiquier du pouvoir.

Reste que le président doit encore savoir composer avec différents courants et clans dans le Parti et jouer le rôle d’un arbitre entre ceux-ci. Il doit s’assurer le soutien de ses pairs au sein du Bureau politique et veiller à ce que ses ordres soient entendus dans les régions comme dans l’Armée. Au fils du temps, se trace une nette tendance de fond où l’institution et ses jeux recommenceront à primer sur la volonté des individus. Certains croient voir là la maturité du régime, d’autres déplorent l’absence d’hommes forts de nos jours. Voilà le nouveau visage d’un régime présidentiel.

 

 

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