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›› Economie

Migration vers l’Ouest de l’usine du monde

Les autorités chinoises parlent de plus en plus de « restructurer » l’économie. Parmi les « grands travaux » prévus figurent l’augmentation de la consommation intérieure et, après les effervescences sociales du printemps dernier dans les grands bassins de main d’œuvre de la Rivière des Perles, l’exigence d’une meilleure attention accordée aux conditions de vie et aux salaires des travailleurs.

Cette contrainte, qui conduit et conduira encore à des hausses substantielles de salaires, heurte de plein fouet l’intérêt sonnant et trébuchant des entreprises étrangères à forte intensité de main d’œuvre, travaillant dans la sous-traitance et pour l’exportation, sous le label des grandes marques de renommée mondiale. Elle remet aussi en question l’ancien schéma de croissance, en partie nourri des investissements étrangers et des exportations.

C’est pourquoi le pouvoir, qui est bien décidé à promouvoir de meilleurs salaires et même à réformer le système du syndicat unique pour tenter de contenir l’aigreur des ouvriers, condition de la paix sociale, est aussi soucieux de retenir les pourvoyeurs d’emplois et les machines à exporter que sont les entreprises étrangères.

Ces questions complexes figurent au programme du 5e Plenum du 17e Congrès, prévu en octobre prochain. L’une des solutions envisagées est la migration des usines vers l’Ouest et le Centre. Les grands sous-traitants, soucieux de préserver leurs marges - souvent la seule raison de leur présence en Chine - n’ont d’ailleurs pas attendu cette échéance pour prendre des mesures radicales et rapprocher leurs activités des nouveaux réservoirs de main d’œuvre.

La migration stratégique est en route selon un schéma qui consiste à laisser sur la côte Est les centres de R&D et de production à grande valeur ajoutée et à déplacer vers l’Ouest les vastes usines dont la main d’œuvre pléthorique et bon marché, substitut aux coûteux équipements d’automation, constitue la principale source d’économies d’échelle et de succès sur le marché mondial.

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Foxconn, le géant taïwanais du gadget électronique (près de 900 000 ouvriers en Chine), sous-traitant de HP, Dell, Nokia et Apple, a déjà ciblé Zhengzhou, capitale du Henan, une province aussi grande que le Guangdong, avec une population tout aussi pléthorique (93 millions d’habitants), mais économiquement à la traîne, au PNB global deux fois inférieur et un PNB par habitant de 943 $, contre 2200 $ dans la région de la Rivière des Perles.

Dans une dépêche du 25 août, l’agence Reuter décrit qu’à proximité de Zhengzhou, c’est un ensemble d’une centaine de grands ateliers, déjà connecté au réseau électrique et pouvant abriter 200 000 ouvriers qui sort de terre, au milieu d’un paysage encore à demi rural, où s’ouvre tout un réseau de nouvelles routes. Selon Xinhua, la nouvelle usine de Foxconn à Zhengzhou produirait essentiellement des « iPhones » pour Apple, au rythme de 200 000 par jour, générant annuellement l’équivalent de 13 milliards de $ en gadgets destinés en majorité à l’export.

Le tout sous les yeux des paysans qui rêvent des opportunités nouvelles, dans le sillage de cet afflux soudain de main d’œuvre et de clients potentiels pour leurs petits business. L’autre avantage qui, pour un temps au moins, garantira la paix sociale en dépit des bas salaires, est la proximité du travail et, pour ceux recrutés par ce nouveau monstre industriel, la fin des migrations ouvrières vers l’Est, loin des familles.

La société taïwanaise Foxconn, qui connut une vague de suicides au printemps dernier, n’est pas la seule à déménager ses usines vers l’Ouest. Intel, le plus grand fabriquant de micro processeurs au monde, implanté à Dalian (PNB par habitant 2000 $) a investi 600 millions de $ pour construire une usine à Chengdu (PNB par habitant 850 $) ; Hewlett-Packard, dont le centre de gravité est à Pékin (3300 $), a ouvert une usine de portables à Chongqing (PNB par habitant 930 $). Deux villes très peuplées, dont les niveaux de vie sont plus de deux à trois fois moins élevés que ceux de leurs implantations sur la côte Est.

Cette bascule, qui relocalise les centres de production de l’usine du monde pour tenir compte de l’augmentation des coûts salariaux à l’Est, pourrait, à terme, favoriser la consommation intérieure que le gouvernement appelle de ses vœux. Certains estiment que le glissement vers l’Ouest donnera au pouvoir une « marge de manœuvre sociale » d’une bonne vingtaine d’années.

Pour l’instant, elle a fait naître une effervescence dans les administrations locales qui s’efforcent d’attirer chez elles les candidats au « voyage vers l’Ouest », au milieu d’un mouvement général d’urbanisation rapide des campagnes, qui, en dix ans, pourrait concerner 150 à 200 millions de personnes. Le défi n’est pas mince, puisqu’il supposera la construction de routes et d’infrastructures, d’écoles, de centres de soins, d’hôpitaux et de logements, à bâtir sur les terres agricoles.

Pour le gouvernement central, l’affaire est d’importance, car certaines entreprises étrangères sont tentées de quitter la Chine pour se relocaliser en Asie du sud-est. A ce stade, cependant, la menace est encore éloignée. Selon une étude effectuée à Hong Kong, sur 2400 compagnies étrangères consultées, la moitié a décidé de rester sur la côte, le quart envisage de se relocaliser à l’Ouest, tandis que, pour l’instant, moins d’une sur dix examine la possibilité de quitter la Chine.

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En bref :

Achat de bons du trésor japonais : Selon une dépêche de l’agence Reuter, la Chine a acheté en mai et Juin 14 milliards de bons du trésor japonais. Le plus gros achat depuis 2005. La nouvelle a suscité des commentaires sur l’intention chinoise de diversifier ses réserves de change. Elle a aussi ravivé les commentaires sur la possibilité pour la monnaie chinoise de devenir une monnaie de référence. A ce sujet Yi Gang, vice-directeur de la Banque Centrale a fait une mise au point, dans une interview au magazine Caixin : « C’est la capacité de notre économie et d’autres facteurs, liés au marché qui décideront quand le Yuan pourrait devenir une monnaie de réserve. Dans notre situation de pays en développement, nous devrions considérer avec prudence les spéculations sur le rôle du Yuan. La libération des marchés financiers en Chine serait un premier pas qui ajouterait à l’influence de la monnaie chinoise. La route est encore longue avant que le Yuan puisse être accepté comme une devise de référence. »

Croissance : Début août, Yi Gang, a également annoncé que l’économie chinoise avait dépassé celle du Japon. En même temps il a indiqué que le gouvernement devrait se préoccuper de la qualité de la croissance et porter son effort sur le réajustement de la structure économique du pays.

Objectifs du Millenium pour le développement : Fin juillet, Silvia Morimoto, adjoint au Directeur du PNUD en Chine, indiquait que la Chine était en avance sur plusieurs des objectifs 2015 : « La Chine a atteint et même dépassé de nombreux objectifs du millenium, comme la lutte contre la pauvreté, la faim, l’illettrisme, et la mortalité infantile des moins de 5 ans ». Le rapport des NU indiquait cependant un écart croissant entre les provinces côtières et celles de l’intérieur.

Excédent commercial : En juillet, l’excédent commercial a atteint 27,8 milliards de $ ; le plus haut niveau depuis 18 mois. Belle remontée par rapport à mars où la balance commerciale était en déficit de 8 milliards de $.

TGV : La Banque Mondiale a annoncé que les projets de TGV qui planifiaient de construire 13 000 km de voies pour relier les plus grandes villes du pays étaient le plus important programme d’investissements pour le transport de passagers jamais lancé au monde. Actuellement le pays dispose de 6920 km de voies (record mondial), pour des trains roulant entre 200 et 350 km/h. Le programme a été développé par le truchement de JV et de transferts de technologies appartenant à Siemens, Alstom, Bombardier et Shinkansen. Des projets de construction de lignes TGV par la Chine seraient envisagés en Californie, en Russie, au Brésil en Birmanie et au Laos.

 

 

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