Your browser does not support JavaScript!

Repérer l'essentiel de l'information • Chercher le sens de l'événement • Comprendre l'évolution de la Chine

Cliquez ici pour générer le PDF de cet article :

Imprimer ou exporter en PDF

›› Chine - monde

Crispations irrationnelles en Asie

Dans toute l’Asie de l’Est et du Sud-est, sur les hauteurs de l’Himalaya, l’ambiance est à la suspicion, aux mises en garde, aux dénonciations, scrutées par les médias qui observent les mouvements des navires et avions de combat, les manœuvres sino-russes (le cycle avait commencé en 2005) au large de Vladivostok, les tensions frontalières entre l’Inde et la Chine et la montée des ressentiments anti-chinois aux Philippines, pendants, en Mer de Chine du Sud, des disputes entre Tokyo et Pékin en Asie du Nord-est.

Les points communs de ces raidissements presque toujours accompagnés de déploiements militaires ou paramilitaires sont sans exception des querelles territoriales de la Chine avec ses voisins. Toutes viennent de loin. Avec le Japon et l’Inde elles sont ancrées dans des rivalités stratégiques incoercibles, parfois mâtinées de disparités culturelles. Avec quelques pays de l’ASEAN, elles sont portées par la survivance d’une démangeaison impériale, à quoi s’ajoute aujourd’hui la quête de ressources, exprimant une extravagante revendication sur la quasi-totalité de la Mer de Chine du Sud grande comme la Méditerranée.

Jusqu’à présent les échauffourées, même sévères, n’ont pas dérapé vers un conflit militaire ouvert, que beaucoup d’observateurs redoutent. Alors que tous les budgets militaires sont en hausse, que le Japon considère l’idée d’amender sa constitution pacifique, tandis que Manille, Hanoï et d’autres modernisent leurs équipements majeurs navals et aériens, les tensions sont parfois allées très loin.

De la persécution des ressortissants japonais et de leurs affaires en Chine, aux manifestations sporadiques contre la Chine au Vietnam et aux Philippines, en passant par l’incarcération au Japon d’un capitaine de pêche chinois, à quoi s’ajoutent les rodomontades militaires de Tokyo et de Pékin ponctuées par les mises en garde récurrentes croisées et les incursions paramilitaires chinoises dans les eaux philippines.

Dans le même temps Washington qui tente de ménager à la fois ses liens avec Pékin et avec ses alliés de la zone, accusé par la Chine de jeter de l’huile sur le feu, organise des manœuvres militaires avec le Vietnam, les Philippines, la Corée du Sud et le Japon, ce qui diffuse le sentiment de la puissance militaire américaine, mais affaiblit les exhortations de la Maison Blanche pour l’apaisement.

Affirmer sa présence par la projection de puissance tout en prônant la négociation est assurément un défi compliqué pour l’administration Obama qui veut accréditer l’impression, sans y parvenir vraiment, qu’elle reste à l’écart des conflits de souveraineté. Une attitude qu’elle dit vouloir maintenir tant que la liberté de navigation ou ses unités navales ne seront pas menacées.

Encore hypothéquée par la carte sauvage nord-coréenne et les ambiguïtés de la position chinoise vis-à-vis de Pyongyang, avec comme seule embellie sérieuse depuis 2008 l’apaisement des tensions dans le détroit de Taïwan, la situation de l’Asie est donc volatile et heurtée. Aujourd’hui marquée par des indices inquiétants d’aggravation elle est traversée par des périodes de fortes tensions entre la Chine et tous ses voisins hormis la Russie.

La photo en tête de l’article (AFP - Yonhap news) publiée dans le Korea Herald représente le PM ministre japonais Shinzo Abe à la mi-mai sur une base militaire japonaise. Elle a soulevé un tollé en Chine et en Corée du Sud, non seulement parce qu’elle indique la tendance du PM à amender la constitution pacifique de l’Archipel, mais aussi parce que le numéro 731 qui figure sur l’appareil désignait pendant la 2e guerre mondiale une unité de recherche biologique de l’armée japonaise qui conduisait des expériences humaines sur des prisonniers de guerre.

++++

Le poids des surenchères nationalistes.

Il est vrai que les crises sont de temps à autre apaisées par des accords bilatéraux comme ceux signés entre Hanoï et Pékin depuis 2000 pour le partage des eaux du golfe du Tonkin ou par des efforts diplomatiques. Le dernier en date fut le voyage en Inde du Premier Ministre chinois Li Keqiang dont le ton s’est radicalement éloigné de la rigidité habituelle des récriminations territoriales chinoises.

En dépit des accusations japonaises stigmatisant la montée en puissance militaire de la Chine, des prémisses d’un apaisement diplomatique existent aussi entre Tokyo et Pékin, après la déclaration d’un Conseiller de Shinzo Abe revenant d’un discret voyage en Chine, laissant présager une rencontre avec Xi Jinping, il est vrai pour l’instant démentie par Pékin. Il n’est pas impossible non plus que Pékin, inquiet des risques du terrorisme islamiste au Xinjiang, réajuste sa politique à l’égard du Pakistan, ce qui pourrait faciliter ses manœuvres d’apaisement avec l’Inde.

Mais en réalité, s’il est vrai que les tensions connaissent des hauts et des bas, la force de leurs racines historiques, nationalistes et stratégiques interdit d’espérer qu’elles s’apaisent durablement. Le fait est que dans un avenir prévisible la situation en Asie de l’Est restera marquée par des crises latentes irrépressibles.

Qu’il s’agisse des tensions avec le Japon, de celles avec l’Inde ou des incessantes querelles en mer de Chine du sud, les enjeux dépassent en effet la dimension territoriale ou même celle des ressources et renvoient à la difficulté de concilier la raison qui commande d’œuvrer pour la détente et la coopération culturelle, économique et commerciale avec les émotions nationalistes qui poussent à la surenchère et font courir le risque de dérapages militaires.

Contre Tokyo, les Chinois continuent de nourrir de fortes méfiances doublées de rivalités stratégiques incoercibles d’autant plus sensibles que la marge de manœuvre politique de Shinzo Abe vient d’être consolidée. Désormais appuyé par une majorité dans les deux chambres introuvable depuis 2007, il appartient à la mouvance conservatrice, insensible aux exigences de repentance des crimes de guerre japonais et favorable à une révision de la constitution pacifiste de l’archipel. Les relations Tokyo – Pékin sont d’ailleurs, comme celles entre l’Inde et la Chine, un bon exemple des hauts et des bas qui secouent les rapports bilatéraux de la Chine en Asie.

Exécrables en 2004 et 2005, elles se sont nettement détendues en 2006 pour s’apaiser de manière spectaculaire en 2008, avant de se crisper à nouveau deux ans plus tard, embourbées dans une suite ininterrompues de querelles, d’accusations et de postures arc-boutées, à propos des îlots Senkaku.

Sur les hauteurs himalayennes la méfiance est indienne et d’abord entretenue par la militarisation du Tibet. Alors que Pékin est agacé par le rapprochement stratégique de New Delhi avec les États-Unis et l’UE, le malaise indien dont le meilleur signe est la quasi stagnation des échanges commerciaux, est attisé par la proximité de la Chine avec le Pakistan et le Sri Lanka, à quoi s’ajoutent les provocations chinoises dans l’Arounachal Pradesh et sur les franges du Cachemire indien.

Là aussi les relations, sans cesse mises à mal par de sérieux contrastes culturels entre ces deux grandes civilisations matrices de l’Asie, sont en dents de scie, ballotées par des crises de nationalisme et de profondes rivalités stratégiques. Après le conflit de 1962 il a fallu attendre près de 20 ans avant que les échanges redémarrent par la visite de Rajiv Ghandi en 1988.

S’il est vrai que les deux pays n’ont, hormis les quelques sévères escarmouches de frontières, pas connu d’épisodes dramatiques dont les réminiscences pèseraient gravement sur leur histoire commune, il n’en reste pas moins que leur cohabitation est marquée par de fréquentes effervescences.

Après la fuite du Dalai Lama en 1959, deux conflits frontaliers en 1962 et 1967 secouèrent la relation qui se crispa encore en 1974 avec la première explosion nucléaire indienne, suivie en 1987 d’une nouvelle guerre de frontières dans l’Arunachal Pradesh. Dix ans plus tard New Delhi désignait la Chine comme sa principale menace stratégique et après un apaisement entre 2000 et 2006 marqué par la signature d’accords territoriaux, les tensions resurgirent en 2006 et 2007 pour s’exacerber en 2013, toujours sur des questions de frontières, malgré les visites croisées des premiers ministres en 2008, 2010, 2011 et 2013 et la création en novembre 2011 d’un dialogue économique et stratégique.

++++

Démangeaisons impériales en mer de Chine du Sud

L’irrationnel nationaliste recélant un important potentiel explosif qui voisine aujourd’hui avec la quête de ressources est aussi à l’œuvre en Asie du Sud-est, où, refusant la médiation de l’ASEAN, n’acceptant qu’avec de fortes réticences et sous certaines conditions l’arbitrage du Tribunal des NU pour le Droit de la mer, cherchant à préserver sa position de force en retardant la mise sur pied d’un dialogue multilatéral, Pékin affirme une stratégie de souveraineté sur la quasi totalité de la mer de Chine du Sud qui heurte directement les intérêts de plusieurs pays de la zone.

En dépit de l’effort des chercheurs chinois pour donner un fondement juridique solide à cette revendication qui s’exprime par la « Ligne en 9 traits en forme de U » dont la carte a été adressée par Pékin aux NU le 7 mai 2009, les experts indépendants continuent à nier la pertinence au regard du Droit international contemporain des arguments de Pékin, presque uniquement appuyés par la « légitimité historique ».

Après la note verbale chinoise du 7 mai 2009, Hanoï et les Philippines rejetèrent officiellement les prétentions chinoises. Surtout, le 8 juillet 2010, l’Indonésie, pays de l’ASEAN non impliqué dans les querelles prenait officiellement position contre la Chine par une note officielle adressée aux NU affirmant l’absence de fondement légal des revendications chinoises contraires à la Convention des NU de 1982 sur le Droit de la mer.

L’argumentation ne modifia pas la position officielle de la Chine ni la rhétorique des chercheurs du régime refusant assez largement tout compromis, certains insistant même sur la nécessité de préparer l’opinion publique à un conflit. Dans la foulée plusieurs chercheurs chinois ont récemment orienté leur discours vers la menace militaire. En mai dernier, Han Xudong, professeur à l’Université de la Défense Nationale expliquait à une radio de Shanghai que la controverse en mer de Chine du sud ne serait pas résolue par la diplomatie et qu’il fallait « frapper militairement » les pays qui tentaient de s’approprier les ilots appartenant à la Chine.

Depuis qu’en janvier 2013, après l’échec de la conférence de l’ASEAN à Phnom-Penh (printemps été 2012), Manille a officiellement demandé l’arbitrage du Tribunal International des NU sur le Droit de la Mer, les Philippines sont devenues la principale cible des critiques chinoises. En avril le nouveau ministre des Affaires étrangère Wang Yi déclarait que la stratégie de Manille visait à nier les Droits souverains de la Chine en appuyant « son occupation illégale des îlots contestés » par une manœuvre aux NU dont « seule l’apparence était légale ».

Défaut de gouvernance mondiale, impuissance européenne.

A une époque où ce qui manque le plus à la planète est une gouvernance mondiale sur la solution des conflits, la prolifération nucléaire, l’énergie, l’eau et la préservation de l’environnement, ce rejet des règlements internationaux est d’autant plus préoccupant qu’il s’accompagne de menaces militaires. L’attitude rigide de la Chine, calibrée par une pression nationaliste interne à l’occasion attisée par le Régime lui-même, éloigne la communauté internationale de solutions globales et pacifiques. Elle la rapproche d’autant plus de catastrophes que Pékin n’est pas le seul pays à considérer que les obligations du Droit international doivent être limitées par ses intérêts stratégiques.

A cet égard, il n’est pas inutile de rappeler les réticences du Congrès des États-Unis à ratifier nombre de conventions internationales, y compris celle sur le Droit de la mer, au centre des querelles de souveraineté en Asie du Sud-est. Enfin il n’y a pas qu’en Asie où la raison stratégique se double de la passion nationaliste. Alors qu’on l’en croyait guéri, elle resurgit sur le Vieux Continent au milieu de questionnements sur l’identité et les raidissements ethniques et religieux.

Quant à la bureaucratie européenne victime des rivalités nationales qui la paralysent, son aversion pour les passions politiques est à point exacerbée qu’elle en a perdu le goût de la puissance en même temps que son influence stratégique en Asie. Ses capacités d’arbitrage désormais évaporées, elle laisse face à face Pékin et Washington, les deux rivaux historiques dont la compétition structure le paysage stratégique de la région et dont la Vieille Europe est absente.

Lire également nos articles :
- Relations Chine-Japon. Les non-dits de l’irrationnel
- Chine - Japon. Un remarquable exercice de tolérance diplomatique
- Tensions avec l’Inde. La version dure de la puissance douce

++++

NOTES de CONTEXTE.

Chine - Philippines


Arbitrage de la Cour Internationale sur le Droit de la mer.

En janvier 2013 les Philippines ont rompu la routine de crises et d’apaisements alternés où la Chine n’avait jamais accepté la médiation ni des États-Unis, ni de l’ASEAN, dans un schéma diplomatique où elle privilégiait les négociations bilatérales forcément inégales avec des partenaires dont la capacité de riposte est faible et aléatoire.

Après l’échec de la conférence de l’ASEAN à Phnom-Penh en 2012, se référant à la Convention sur le droit de la mer que Pékin a ratifiée, avec cependant quelques restrictions autorisées par les procédures, Manille a officiellement demandé l’arbitrage du Tribunal International des NU sur le Droit de la Mer.

Pour la première fois dans l’histoire un pays conteste devant une cour internationale la légalité des revendications chinoises en mer de Chine du sud matérialisées par « sa ligne en 9 traits », tracée par la Chine de Tchang Kai-chek en 1947, formalisée en 1992 par la loi interne chinoise sur la « mer territoriale et les zones contigües » et formellement déposée aux NU le 7 mai 2009. Manille conteste aussi la souveraineté chinoise affirmée sur les récifs de Mischief, McKeenan, Gaven Subi et Scarborough, inclus en juin 2012 par Pékin dans la juridiction administrative de Shansha située dans l’archipel des Paracels.

Depuis, la lourde machine juridique onusienne s’est mise en route en dépit des vigoureuses protestations de la Chine. Le 16 juillet, après un violent échange verbal entre Manille et Pékin, le bureau des Affaires étrangères et celui du Sous-secrétaire général aux Affaires juridique des NU ont annoncé que le tribunal chargé de l’arbitrage avait été officiellement constitué et avait tenu sa première audience le 11 juillet à La Haye.

Dans sa demande d’arbitrage, Manille affirme : 1) que la « ligne en 9 traits » par laquelle Pékin s’accapare virtuellement toute la mer de Chine du sud contrevient à la Convention des NU sur le Droit de la mer ; 2) qu’en construisant des structures fixes sur certains bancs de sable et rochers submersibles qui ne sont pas des îles, la Chine s’approprie illégalement des parties du plateau continental des Philippines ou des fonds marins internationaux ; 3) en occupant certains récifs coralliens à fleur d’eau, la Chine interfère avec les droits des Philippines dans sa zone maritime.

Les avis des experts sur les chances de la démarche sont partagés. La cour de La Haye pourrait en effet se déclarer incompétente sur la question de la « Ligne en 9 points », puisqu’en ratifiant la convention Pékin a utilisé l’option offerte par l’accord de ne pas répondre aux demandes d’arbitrage sur les limites maritimes. Une manière de tourner l’obstacle juridique opposable par Pékin serait que la Cour accepte de ne pas qualifier « la Ligne en 9 points » de « limite maritime ».

En revanche la Chine restera soumise à l’arbitrage de la cour sur la qualification des territoires contestés en « îles » ou « récifs ». Si les îlots contestés – les uns inondables comme les Mischief, McKeenan, Gaven et Subi, les autres inhabités comme les Scarborough - sont assimilés à des récifs et non à des îles, la revendication chinoise d’une zone économique spéciale dépendant de la préfecture de Shansha serait rejetée.

Selon les termes de la Convention en effet seuls les territoires entrant dans la catégorie des îles peuvent prétendre à être intégrés dans une zone économique spéciale ou un plateau continental (Île = portion de terre entourées d’eau, au-dessus du niveau de la mer, même à marée haute, pouvant accueillir des habitations humaines et développer une activité économique indépendante). Si les terres sont assimilées à des récifs, elles seraient considérées comme faisant partie de la zone économique spéciale ou du plateau continental des Philippines.

Échaudée par les Traités inégaux depuis le 19e siècle la Chine a toujours veillé à limiter sa vulnérabilité aux accords internationaux. Il est vrai qu’aujourd’hui elle est partie à 571 conventions, 203 traités et 616 accords ce qui constitue une évolution importante par rapport aux années 70. Mais sur les 53 accords internationaux signés par la Chine prévoyant dans leurs clauses un mécanisme de résolution des différends, seuls 9 ont un caractère obligatoire, les autres proposent une clause optionnelle mise à profit par Pékin et permettant de se soustraire aux décisions arbitrales.

S’agissant de la Convention sur le Droit de la mer, l’article 298 permet aux États de refuser l’arbitrage sur les limites maritimes, dans les cas liées à des revendications historiques, ou à propos des zones normalement dédiées à des exercices militaires. Ces dispositions laissent présager des batailles juridiques longues et compliquées dont l’issue est incertaine. Mais Pékin qui tient à son image internationale de puissance responsable et non agressive n’y sera pas forcément très à l’aise.

(Voir China and the Future of International Adjudication, document pdf).

Manœuvres sino-russes en Mer du Japon.

Le 10 juillet dernier ont pris fin les plus grandes manœuvres navales jamais organisées par Moscou et Pékin. Selon le vice-amiral Yang Junfei, le but des exercices dont le premier du genre avait eu lieu en 2005, était d’améliorer « la confiance stratégique entre les deux marines ». Il est évident que le déploiement de forces – pour la partie chinoise 7 destroyers et frégates lance-missiles dont certains à capacités anti sous-marines, venant des flottes de l’Est et du Sud et, pour la Russie, entre autres, le Varyag, croiseur amiral de la flotte du Pacifique et un sous marin Kilo – avait également pour objectif de signaler au Pentagone la solidarité entre Pékin et Moscou, face à la présence militaire américaine dans la zone.

Les experts de Washington doutent de la solidité de l’alliance qu’ils considèrent comme un rapprochement conjoncturel et tactique, dont l’essentiel repose d’une part sur la volonté de faire contrepoids à Washington sur la scène internationale, en Iran, en Syrie et en Corée du Nord, et d’autre part, sur des échanges très déséquilibrés où les hydrocarbures russes tiennent la plus grande part. Même si pour l’heure le partenariat est satisfaisant et qu’aucun des deux pays ne songe à le remettre en cause, dans deux zones stratégiques de grande importance pour eux, leurs intérêts sont divergents.

En mer de Chine du Sud, les Russes sont insensibles aux querelles de souveraineté chinoises, et pour des raisons purement commerciales développent des partenariats pour la recherche d’hydrocarbures avec le Vietnam dans des eaux revendiquées par la Chine et vendent des armes, notamment des chasseurs Sukhoi, aux pays comme le Vietnam, l’Inde, la Malaisie et l’Indonésie qui accélèrent la modernisation de leurs équipements depuis 2008. En Asie Centrale la puissance économique chinoise et les accords développés avec Ouzbékistan, le Turkménistan et le Kazakhstan constituent un puissant contrepoids à l’influence de Moscou.

Accord Chine – UE sur les panneaux solaires.

Le 27 juillet, après deux mois de négociations, l’UE et la Chine ont conclu un accord qui fixe un prix minimum pour les panneaux solaires chinois, mais ne satisfait pas les fabricants européens. Ces derniers font remarquer que le prix minimum proposé aux Chinois est exactement au niveau des anciens prix subventionnés par Pékin.

Selon EU ProSun représentant les fabricants européens qui a décidé de porter l’affaire devant la Cour de justice européenne de Luxembourg, « l’accord n’est pas une solution, mais une capitulation ».

Manifestement à l’avantage de Pékin et signé par 90 sociétés chinoises l’accord autorise les producteurs chinois à vendre jusqu’à 7 gigawatts par an au prix minimum de 0,56 € par Watt, très en-dessous des 1,12 € initialement prévus par la Commission. Il est vrai que Karel de Gucht, le Commissaire européen au commerce avait été mis en difficulté par plusieurs pays européens dont l’Allemagne et le Royaume Uni opposés aux sanctions contre la Chine.

Les mésententes européennes sur cette question où la France, à l’inverse de Londres et Berlin, s’était portée en tête des pays favorables aux sanctions contre Pékin, expliquent la marche arrière de Bruxelles et la colère des fabricants européens.

Toutefois, il est nécessaire de préciser que pour la fabrication de panneaux solaires, la Chine importe ou utilise des technologies françaises comme les gaz spéciaux d’Air Liquide et le sodium résine de la société française MSSA, leader mondial du secteur, racheté en 2011 par le Japonais NISSO (Nippon Soda).

Enfin l’engouement pour ce type d’énergie passe sous silence sa faible rentabilité et les embarras du stockage des panneaux usagés non recyclables.

Le gazoduc birman est ouvert.

Construit en grande partie par le géant pétrolier chinois CNPC, avec des financements sud-coréens et indiens, le pipeline long de 1100 km, dont 793 km en pays birman qui relie la cote du Myanmar au sud de la Chine est opérationnel depuis le 28 juillet. Selon la presse chinoise le gazoduc transporte 12 millions de m3 de gaz par an, soit 25 % des importations totales de la Chine. Un oléoduc parallèle est en construction sur le même trajet, avec une capacité annuelle de 22 millions de tonnes de pétrole.

Au total l’investissement de plus de 2 milliards de $ représente un des engagements stratégiques les plus importants de la Chine à l’étranger, permettant de réduire considérablement la longueur des lignes de communications chinoises vers le Moyen Orient et l’Afrique et d’éviter le passage par le détroit de Malaca où transitent 80 % des importations d’hydrocarbures chinois.

Pékin et CNPC - à qui la Birmanie a vendu les droits exclusifs d’exploitation du gisement de gaz du golfe du Bengale - verseront chaque année au gouvernement 13,8 millions de $ et 1$ par tonne de gaz et de pétrole transitant sur le territoire birman. 20 % du gaz extrait du golfe du Bengale est destiné à la consommation intérieure.

Signé en 2008 alors que la Birmanie était sous un régime militaire, le contrat avec la Chine soulève aujourd’hui des questions de la part d’ONG birmanes qui remettent en question son équité, notamment le volume du gaz destiné à la consommation intérieure et l’indemnisation des paysans expropriés sur le parcours des pipelines.

 

 

A Pékin, la bascule du monde. Après D. Trump, voici Poutine

[22 mai 2026] • François Danjou

« Auto China 2026 », une démonstration de force des marques chinoises

[2 mai 2026] • Jean-Paul Yacine

Conférence de presse du ministre des Affaires étrangères. Mise au ban de l’esprit de nuance pro-occidental

[19 mars 2026] • Jean-Paul Yacine

Friedrich Merz à Pékin. Douze ans après Angela, l’improbable deuxième souffle de la « Lune de miel. »

[28 février 2026] • François Danjou

Face au désordre de Trump, Xi Jinping en majesté

[10 février 2026] • Jean-Paul Yacine