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L’énergie chinoise se met au gaz, mais la filière schiste piétine
La signature du contrat de gaz géant entre Gazprom et CNPC avec des ramifications vers Rosneft et une participation de 49% du n°1 chinois dans l’usine de liquéfaction en projet à Vladivostok, est l’occasion de faire le point sur l’évolution de la répartition des sources d’énergie en Chine (« mix énergétique ou bouquet énergétique »).
Prenant pour base les prévisions officielles de l’administration nationale pour l’énergie en 2014 (sigle anglais NEA en Chinois : 国家 能源 委员会), et les dernières informations concernant les objectifs et leur réalisation, on constate que la prévalence charbon reste forte avec cependant un tassement de la demande et une accélération des efforts de réduction de la part charbon puisque les objectifs initialement prévus pour 2015 (65%) ont été avancées en 2014, soit une diminution de 2% par rapport à 2012.
Parallèlement la Chine a rendu public un des programmes au monde le plus strict de réduction d’effluents toxiques d’oxyde de carbone pour les secteurs de l’industrie et de l’énergie. La question est de savoir si les actions sur le terrain seront conformes à l’affichage officiel. Peut-être. Alors qu’il y a quelques semaines les fonctionnaires de province se plaignaient de n’avoir aucun crédit pour les projets de dépollution des émissions industrielles, le gouvernement vient d’annoncer une ligne de crédits à cet effet.
Cet effort qui répond aux graves soucis écologiques du pays, s’accompagne de l’attention accrue accordée au gaz naturel qui se double d’un effort pour la densification des réseaux de gazoducs domestiques et d’une accélération des prospections de gaz de schiste sur fond de sévère compétition entre Petrochina et Sinopec. Parallèlement on assiste au maintien d’un fort soutien gouvernemental en faveur de l’éolien et du solaire, cependant handicapés par la faiblesse des réseaux de distribution.
Enfin, le début de 2014 a été marqué par une série de déclarations publiques indiquant l’attention du gouvernement accordée à la sécurité du nucléaire civil à quoi s’ajoute l’intention de porter vers le centre et l’ouest le futur point moyen des centrales nucléaires aujourd’hui concentrées à l’est. Les projets traduisent le double souci : celui d’une meilleure répartition géographique des centres de production et celui d’éloigner des centrales des zones peuplées de la côte orientale.
Graphique Estimation des ressources mondiales en gaz de schiste (source les Echos.fr.), publiées en 2012. A droite les objectifs de production en Chine (sources officielles du ministère des ressources foncières). Selon ces prévisions, en 2020 la production serait annuellement égale à une fois et-demie les achats de gaz russe par la Chine. Compte tenu des difficultés d’exploitation des nappes chinoises, il n’est plus certain que cet objectif sera atteint.
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Le gaz de schiste une priorité subventionnée…
Le gaz domestique est devenu une priorité avec l’augmentation de 12% des objectifs de production pour 2014, avec l’accélération des recherches et de l’exploitation dans les zones du Nord-ouest et des Ordos, dans le Bohai et au Sichuan ainsi que dans les zones off-shore du bassin de la rivière des Perles.
L’effort concerne aussi le gaz de schiste avec un objectif de production de 6,6 Mds de m3 par an en 2015. La recherche et l’exploitation sont l’oeuvre de SINOPEC et de CNPC, engagés dans une course alimentée par les subsides publics dont la mane devrait cependant s’épuiser en 2015. Globalement la profondeur des gisements et leur éparpillement ainsi que l’éclatement des nappes rendent pour l’instant les opérations difficiles et peu rentables.
En 2013, CNPC a engagé plus d’1,6 Mds de $ et annoncé qu’il triplerait ses investissements dans le secteur des schistes pour atteindre une production annuelle de 2,6 Mds de m3 en 2014 – ce qui représenterait 2,3% de la production totale de gaz chinoise évaluée à 113 Mds de m3 – faisant effort sur le bassin de Wieyuan – Changning au nord-ouest du Sichuan et sur la zone de Zhaotong au Yunnan. Au total 100 forages sont prévus.
…Objet d’une compétition entre SINOPEC et CNPC…
L’objectif est de rattraper Sinopec qui, en retard sur CNPC dans l’exploitation du gaz naturel traditionnel, mise beaucoup sur le gaz de schiste pour se tailler une place prépondérante dans l’énergie domestique. Son intérêt pour le secteur date de 2009 avec la découverte de réserves à Jioashi dans le Sichuan et le lancement d’une production régulière en 2012. Depuis 2014 la production journalière a atteint 60 000 m3, une performance cependant très en-dessous de celle d’un puits rentable, qui fournit en moyenne 1 million de m3/jour.
…Marquée par d’importants problèmes techniques…
Mais la profondeur des nappes pour l’instant rarement inférieure à 3000 m nécessite d’importants investissements qui font hésiter les opérateurs, à moins que les pouvoirs publics augmentent les prix du gaz à la consommation.
Pour l’heure la Chine a creusé 285 puits dont seulement 23 produisent 100 000 m3/jour, tandis que 38 autres atteignent seulement 10 000 m3/jour. Présageant les difficultés techniques le ministère des ressources foncières a clairement libéralisé les investissements des opérateurs étrangers dans le secteur en brisant le monopole des géants chinois des hydrocarbures. Sous certaines conditions des opérateurs qualifiés privés, étrangers ou chinois, sont autorisés à investir.
Pour autant, les étrangers sont toujours contraints de s’associer avec un partenaire chinois et en dépit de la législation, il apparaît que le monopole des groupes publics d’hydrocarbures sera difficile à briser. D’autres obstacles sont liés à la faible densité des réseaux de distribution et au contrôle public du prix du gaz qui rend les retours sur investissements tributaires des choix marco-économiques du pouvoir. La palme de l’opérateur étranger le plus actif revient pour l’instant à Shell en coopération avec CNPC au Sichuan à la suite d’un accord signé en 2012.
L’éolien et le solaire gênés par un réseau de distribution insuffisant
Les secteurs du solaire et de l’éolien font l’objet des attentions publiques dans le cadre des efforts de Pékin pour porter la part des sources non fossiles à 11,4% du bouquet énergétique en 2015, soit une hausse de 8,6% par rapport à 2010. En 2014, l’objectif affiché, probablement hors d’atteinte est de parvenir à assurer 32% de la production d’électricité par des sources non fossiles.
Bien que spectaculaires - +24% de capacité éolienne et +64% de capacité solaires installées en 2014 – les annonces du gouvernement sur les perspectives de ces deux secteurs ne lèvent pas les importants obstacles de la mauvaise connection au réseau des gisements de production, tous situés dans l’Ouest de la Chine. Récemment Yu Zhengsheng, président de l’Assemblée Consultative du Peuple Chinois a présidé un séminaire sur l’augmentation de la capacité de transport d’électricité à très haut voltage et appelé à l’accélération de la modernisation du réseau.
Photo Les principaux bassins de gaz de schiste en Chine. Surlignés en noir les zones exploitées ou explorées. Au centre la densité des gazoducs à comparer avec les autres régions plus mal desservies.
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