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›› Economie

Conférence économique centrale. Entre rigueur et relance, la lourde facture de l’urbanisation sur fond de risques industriels et sociaux

Les vastes chantiers de construction autour des villes font, depuis plus de 10 ans, partie du paysage de la Chine. Entre 2010 et 2025, 300 millions de ruraux auront migré vers les villes.

Du 18 au 21 décembre a eu lieu à l’hôtel Jingxi à l’ouest de la capitale, dans le quartier de Mentougou, la conférence économique centrale annuelle, présidée par Xi Jinping. De ce court séminaire, tenu comme à l’habitude à huis clos, peu d’informations ont filtré, sinon celles de priorités déjà connues qui vont de l’attention portée à la bulle immobilière, aux parcs de logements vides et à l’intégration des migrants, jusqu’aux vastes surplus industriels, en passant par l’accumulation des dettes des entreprises et des administrations locales.

A ces soucis s’ajoute celui d’enrayer la baisse de la croissance qui plafonne au niveau le plus bas depuis 25 ans et dont le régime dit lui-même qu’elle ne connaîtra pas de rebond, et qu’au mieux, elle se stabilisera autour de 6,5%.

Ce taux de croissance affiché depuis plusieurs mois, y compris par le n°1 du Parti, est d’ailleurs plus le résultat d’un enrobage politique qu’une réalité économique, puisque, se référant à des marqueurs très concrets, tels que le fret, la consommation d’électricité, les profits des entreprises ou les indicateurs d’achat, nombre d’observateurs de l’économie chinoise situent la croissance et ses perspectives en-dessous de 6%, en dépit du frémissement de la part des services dans le PIB et malgré le rebond de la consommation, dont la courbe rattrape à peine celle de 1995.

La relance et les déficits comme marge financière.

Selon Xinhua, pour maintenir la croissance indispensable à la poursuite des réformes, le gouvernement acceptera d’accroître ses déficits budgétaires et poursuivra ses émissions d’obligations, y compris par les gouvernements locaux, non seulement pour se donner la marge nécessaire aux relances ciblées dans la ligne de celles qu’il conduit depuis 2011 [1], mais également et surtout pour répondre à ses obligations sociales et à celles de l’aménagement du territoire (santé, retraites, urbanisation) encore insuffisamment financées.

La presse internationale a accumulé les commentaires sur les avantages et les inconvénients des relances génératrices d’encore plus de dettes et sur le retard des réformes de structures des grands groupes industriels dont la mise en conformité avec le marché est handicapée par le souci d’une croissance minimum, elle-même condition du maintien de l’activité, de l’emploi et de la paix sociale.

Pour autant, focalisés sur les grands signaux macro-économiques et les avantages et inconvénients des relances, les médias internationaux ont assez peu réagi à ce qui fut probablement le souci majeur du séminaire économique de décembre : la quadrature du cercle d’un marché immobilier fragile, dont il faut pourtant continuer à contraindre les prix pour mieux accompagner l’urbanisation et l’intégration des migrants, tout en sachant que les activités industrielles qui lui sont liées comptent pour plus de 20% du PIB.

L’immobilier, les défis de l’urbanisation et de l’intégration des migrants

Une dépêche de Xinhua détaille cette problématique en mettant en exergue un éditorial du Quotidien du Peuple du 23 décembre qui incitait les acteurs de l’immobilier à réduire leurs prix pour faciliter l’accès au logement des nouveaux urbains.

Le souci du régime qui, on le voit, heurte les intérêts des promoteurs immobiliers dont les projets en cheville avec les administrations locales visent surtout la clientèle de luxe pour de meilleurs profits, s’inscrit dans la politique de suppression du passeport intérieur destinée à régulariser progressivement les droits sociaux de plus de 200 millions de migrants sans statut dont une partie doit s’intégrer dans le tissu urbain [2].

Aujourd’hui, 55% de la population chinoise vit dans les villes, mais moins de 40% est titulaire d’un permis de résidence qui garantit le droit aux prestations sociales et à l’école des enfants.

Selon Xu Shaoshi, président de la Commission Nationale pour la Réforme et Développement, le gouvernement lancera en 2016 la phase d’insertion urbaine de 100 millions de ruraux dont les revenus, plafonnant en 2014 en moyenne à 2864 Renmibi mensuels (400 $ ou €), ne permettent pas l’achat d’un appartement dont les prix dépassent assez souvent 10 000 RMB (1400 €) le mètre carré.

La contradiction est que les quelques mesures récentes décidées pour tenir la tête du marché immobilier et des industries afférentes hors de l’eau, poussent dans la direction inverse de celle souhaitée par le planificateur de l’exode rural : elles tirent les prix des logements vers le haut ou à tout le moins elles ne les incitent pas à la baisse [3].

Les contradictions de l’immobilier directement liées à l’activité industrielle de secteurs clés de l’emploi et aux questions politiquement sensibles de la paix sociale et de l’intégration des migrants illustrent la difficulté des réformes de fond.

La bascule qualitative du schéma de croissance que le pouvoir tente de promouvoir depuis 2013 nécessite de bousculer les schémas anciens qui, eux-mêmes, garantissaient l’activité et l’emploi, au prix d’une stagnation qualitative, dans un environnement global où l’usine du monde a perdu l’essentiel de ses arguments compétitifs liés aux faibles coûts de production.

C’est à l’intérieur de ces limites contraires que le régime continuera à avancer ses réformes, avec toujours un œil sur les bombes à retardement sociales que sont la faiblesse des services sociaux, des prestations de santé et de retraite, à quoi s’ajoute la situation des migrants et des ruraux pris dans la tempête de l’urbanisation massive du pays.

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Avancer les réformes tout en se gardant des risques sociaux.

L’intégration des migrants, conséquence de la suppression du passeport intérieur constitue un défi de grande ampleur.

Une récente dépêche de Xinhua reconnaissait que les relances tiennent la tête de l’économie hors de l’eau et permettent de limiter les risques sociaux. Mais tout en soulignant qu’elles ne seront pas abandonnées, Chine Nouvelle rappelait aussi qu’elles attisent les tendances aux surproductions et à la hausse des prix immobiliers qui embourbent l’économie dans un schéma dépassé, confortent les féodalités conservatrices et retardent les restructurations pour une meilleure rentabilité du travail et du capital. Surtout, en consolidant les prébendes, elles freinent les rééquilibrages des niveaux de vie et les efforts pour une meilleure répartition des fruits de la croissance.

Dans un contexte où les ajustements monétaires successifs n’ont pas été très efficaces pour relancer la consommation ou même soutenir l’investissement, la nécessité de réformes de fond et de long terme s’impose de plus en plus. Dès lors, l’attention du pouvoir se tournera désormais vers les restructurations industrielles, le soutien à l’entreprise et à l’innovation par la réduction des taxes.

En même temps, les pouvoirs publics s’efforceront de réduire les dettes et les surplus industriels accumulés lors de la période de relance massive conduite de 2008 à 2010, tandis que l’urbanisation et la suppression du passeport intérieur permettront un meilleur accès de tous aux services sociaux, tout en augmentant la mobilité de la main d’œuvre, condition d’une meilleure souplesse du marché de l’emploi et du dynamisme des entreprises.

Les détails de la mise en œuvre clés du succès des réformes.

Mais chacun voit bien que la réussite de la bascule du schéma réside d’abord dans la multitude des détails de sa mise œuvre, handicapée à la fois par les freins conservateurs, les risques sociaux et l’ampleur de la tâche.

Pour ne parler que de l’exode des campagnes, un des premiers soucis du régime, alors que, selon les estimations du ministère du logement et du développement rural, le mouvement d’urbanisation lancé pour faciliter l’accès des Chinois aux services sociaux, aura, entre 2010 et 2025, provoqué la migration de 300 millions de ruraux vers les villes, il suffit d’observer la multitude des chantiers immobiliers dans les parages des villes moyennes, pour mesurer la dimension du défi.

Au bas mot, celui-ci nécessitera près de 42 000 Mds de RMB d’investissements (6000 Mds d’€) en logements, adduction d’eau, traitement des eaux usées, chauffage, transports et services sociaux [4].

A cette facture astronomique qui représente 60% du PIB du pays (3 fois celui de la France) et près 2 fois ses réserves de change de la Chine évaluées à 3129 Mds d’€ en novembre 2015, s’ajoutera la difficulté de convaincre les promoteurs immobiliers et les administrations locales de mettre fin au financement de projets par la vente de terres agricoles et de les inciter réduire le prix des logements, ce qui, compte tenu des lobbies enchevêtrés, constitue une entreprise complexe.

De la même manière, il ne sera pas aisé de convaincre l’oligarchie des grands groupes industriels de descendre de son piédestal connecté au pouvoir pour instaurer une gestion plus transparente, donnant de vrais pouvoirs aux conseils d’administration.

Les entrelacs des affaires et de la politique seront d’autant plus difficiles à démêler qu’en ces temps de vaches maigres, les risques de faillite des grandes entreprises s’aggravent, en même temps que montent le spectre du chômage. Début octobre, le FMI a mis en garde les émergents et en particulier la Chine contre les risques d’assèchement du crédit pouvant entraîner des faillites. Il a aussi incité le gouvernement chinois à s’engager dans une stratégie ordonnée de désengagement de l’État de la gestion des groupes endettés et maintenus artificiellement en vie par des injections d’argent public.

Point sur l’intégration des migrants dans la région de Canton.

La province de Canton a souvent été à l’avant-garde de la solution des problèmes socio-économiques. Selon une directive du juillet 2015 des autorités de la province, 13 millions de migrants (soit 5% du total des migrants chinois comptés par le bureau des statistiques en 2015) seront intégrés comme résidents à part entière d’ici 2020.

La réforme leur permettra de bénéficier des services sociaux et de l’accès à l’éducation publique pour leurs enfants. Mais la province compte au total 24 millions de migrants venant d’autres régions de Chine et 10 millions d’autres installés sans permis, devenus des citoyens de seconde zone à l’origine de tensions avec les sédentaires réguliers.

Selon Peng Hui, directeur adjoint de la sécurité de la province, le processus d’intégration après la suppression du passeport intérieur accélèrera le développement de la rivière des Perles et contribuera à apaiser les tensions entre les différentes catégories de résidents. La réalité est moins claire, dans un contexte où le processus est à plusieurs vitesses.

Dans la province de Canton, la suppression du Hukou sera graduelle et menée par étapes à des allures différentes selon les niveaux administratifs des villes. Dans les districts et des ensembles urbains de moyenne importance, elle sera assez rapide. Dans les préfectures, l’insertion sera plus lente avec des conditions d’installation plus strictes liées à un emploi stable et à une cotisation sociale depuis au moins 3 ans. Pour les villes plus importantes telles que Dongguan, Zhongshan et Zhuhai, le délai serai de 3 à 5 ans.

Note(s) :

[1Depuis 4 ans, la Banque Centrale a conduit une politique monétaire active accélérée depuis un an, en réduisant 6 fois les taux d’intérêt et 4 fois le taux de réserve obligatoire entre l’automne 2014 et la fin 2015. Le gouvernement a également augmenté ses investissements dans de vastes projets d’infrastructures et allégé les restrictions qui frappent le marché immobilier. Selon Xinhua, cette politique sera poursuivie en 2016.

[2En mars 2015, le bureau national des statistiques avait estimé le nombre des migrants à 268,94 millions.

[3Au cours des 3 premiers trimestres de 2015, la croissance des investissements immobiliers a été voisine de zéro, atteignant ainsi son niveau le plus bas depuis 15 ans, affectant directement les industries vitales du ciment et de l’acier, elles-mêmes criblées de dettes, pouvant être à l’origine de réactions de faillites en chaîne. Alors qu’une politique de long terme avait été décidée pour freiner la hausse des prix immobiliers et réduire les risques d’éclatement de la bulle immobilière, les vents contraires d’une croissance en berne ont poussé les pouvoirs publics à lever les restrictions à l’achat de logements spéculatifs.

[4Le chiffre est une estimation du ministère des finances datant de mars 2015. A cette occasion, le vice-ministre des finances Wang Bao An avait déclaré obsolète le schéma qui faisait dépendre le financement des constructions urbaines de la vente de terres rurales par les administrations locales. Ce commentaire avait accompagné la publication du plan d’urbanisation 2014 – 2020 qui visait à urbaniser 60% de a population chinoise d’ici 2020 (La proportion est de 53,7% en 2015).

 

 

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