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›› Société

Pluies diluviennes au Sud, stress hydrique au Nord et Grands Travaux

Vue de l’effondrement des berges du Lac Dongting, à Tuanzhouyuan, le 5 juillet (photo tirée du site d’Andrew Methven Real Time Mandarin, payant).


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Depuis le début de l’année, des pluies diluviennes s’abattent sur le sud de la Chine et dans le Hunan, provoquant des inondations telles que le pays n’en avait pas observées depuis trente ans. En avril, cette année la crue de la rivière des perles à Zhuhai était en avance de plusieurs mois, du jamais vu depuis 1998.

Sur son site Andrew Methven fait le point des catastrophes : le 1er mai, les torrents de pluie ont provoqué l’effondrement des travaux de terrassement de l’autoroute de Meizhou 枚州, sous-préfecture de 4 millions d’habitants située dans une vallée encaissée 200 km à l’ouest de Xiamen, dans le Guangdong. 48 personnes ont péri dans la catastrophe.

A la mi-juin, la « pluie des prunes 梅雨 meiyu » a provoqué de nouveaux désastres, non seulement dans la région de Canton, mais aussi dans le Guangxi, au Fujian et plus au nord dans le Hunan. Meizhou a une nouvelle fois été touchée. Dans la seule journée du 16 juin les services météo ont enregistré 370 mm de pluie, soit plus que la moyenne mensuelle de la région.

Au Hunan , 600 km au nord, la rivière Miluo 汨罗江, affluent du Changjiang, au nord de Changsha, a connu sa plus forte crue depuis 70 ans. En moyenne le niveau des rivières a monté de plus de trois mètres au-dessus du niveau d’alerte, très au-dessus des crues catastrophiques de 1998.

À Wuhan, la capitale de la province du Hubei, le niveau d’eau de la station de Hankou, qui contrôle le cours moyen du Changjiang, a monté de 5 mètres, dépassant les 25 mètres pour la première fois en trois ans, et provoquant d’importantes inondations dans toute la zone.

Face à ce déluge qui dure depuis plus de six mois, les réseaux sociaux ont réagi « Les pluies interrompues et insupportables s’arrêteront-elles un jour ? » , dit un internaute de la région du lac Dongting, 70 km au nord de Changsha, une des régions déjà les plus humides de Chine en temps normal.

Son message joue avec l’homophonie entre 梅 version traditionnelle de 枚 mei (prune) et 没 (sans) « 梅完梅了 ». Traduction : [le fait] qu’il n’y ait plus de fin à la pluie des prunes est insupportable 太难熬, 梅雨时节何时了?- Quand 何时 s’arrêtera donc la saisonde la pluie des prunes 梅雨时 ».

Le 5 juillet, dans le district de Huarong 华容, déjà complètement inondé, la berge du lac s’est effondrée sur 200 m, provoquant l’inondation catastrophique de Yueyang 岳阳市 (5 millions d’habitants, située dans l’entrelacs des méandres du Changjiang, 200 km au sud-ouest de Wuhan). La ville a été submergée, disent les autorités locales, par 5millions de m3 d’eau. Du coup, les 47 km2 du district de Tuanzhouyuan (团洲垸) du triangle Wuhan, Yichang et Yueyang, 800 km à l’Ouest de Shanghai ont été noyés.

Au passage, Andrew Methven mêle la sémantique et l’histoire des inondations de la région : « Yuan » de Tuanzhouyuan (垸 yuàn), qui se traduit par « digue » ou « remblai » termine le nom de nombreux lieux autour du lac Dongting. Depuis les Ming, de nombreuses villes de la région ont été agrandies par le remblaiement des berges du lac Dongting. A partir de 1949, le parti en a entrepris la consolidation à grande échelle.

Tuanzhouyuan avait déjà été inondée en 1996. La même berge s’était effondrée sur plus de 400 m noyant toutes les villes en contrebas. Les habitants qui avaient déjà tout perdu à l’époque sont à nouveau dans la détresse.

Sur les réseaux sociaux, l’un d’entre eux raconte son malheur : « Tout ce pourquoi j’ai durement travaillé pendant tant d’années 都是这么多年积累下来的东西 a disparu en un instant -下全没了. »

« Lors des dernières inondations, 以前被水淹了, j’étais jeune et je pouvais encore travailler. 我年轻还可以再干. Aujourd’hui, je ne suis plus qu’un paysan cultivateur 现在我就只是个农村种田的人. A soixante ans 60岁了, je suis trop vieux pour aller travailler ailleurs 去外面打工, personne ne veut de moi 都没人要. Où pourrai-je encore trouver cette énergie ? -我哪里还有那个能力呢 ? »

Un autre message prend une perspective historique et culturelle en phase avec l’actuelle situation climatique du pays. « 南涝北旱 nan lao bei han : Inondations (submersion) 涝 au Sud, sècheresseau Nord. Elle renvoie à la vision traditionnelle de la « gouvernance  » en Chine consistant, au Sud, à contrôler la puissance des eaux par l’aménagement des berges et, au Nord, à lutter contre le stress hydrique.

Alors que, depuis 2013, l’appareil projette la puissance de la Chine dans le monde en opposition frontale avec l’Occident, il est utile de rappeler que l’aridité du Nord qui s’aggrave (lire : Retour sur le stress hydrique chinois) est un des grands défis géographiques et climatiques du pays.

Le parti qui tire en partie sa légitimité de sa capacité d’aménagement du territoire, s’y est attaqué par deux séries de « grands travaux » pharaoniques, déjà évoqués par QC.

Les premiers consistent à acheminer vers le Nord l’eau du Changjiang par trois grands canaux à ciel ouvert, à l’Ouest, au Centre et à l’Est (lire à ce sujet : Projet de diversion sud-nord : mise en service du canal central).

Les deuxièmes, visent à déplacer une partie de la capitale vers le Sud. Lire : Xiongan la sœur jumelle de Pékin, nouveau grand défi de l’urbanisme chinois. Un enjeu socio-économique et politique pour Xi Jinping.

 

 

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