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›› Société

Épidémie d’attaques au couteau et stabilité sociale

Publiée sur WeiBo, la photo montre l’arrestation d’un nommé Lin, responsable présumé d’une attaque au couteau dans un supermarché de Shanghai la veille de la fête nationale du 1er octobre. Les 18 victimes ont été transportées à l’hôpital. Trois d’entre elles ont succombé à leurs blessures.


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Tout est relatif. Comparée au désordre français où les règlements de compte à l’arme lourde sur la voie publique entre caïds et trafiquants de drogue témoignent d’une contagion des addictions devenue un fléau sanitaire en même temps qu’un défi majeur de sécurité, la situation intérieure chinoise est infiniment mieux contrôlée.

Le fait est que la société chinoise sévèrement surveillée par l’appareil qui interdit sans esprit de recul le commerce et la possession d’armes à feu et condamne, souvent à la peine capitale, les trafiquants de drogue, y compris étrangers, reste une des plus sûres au monde [1].

Il n’empêche que la répétition depuis quelques années des attaques au couteau très médiatisées, parfois contre des jeunes enfants et récemment à proximité d’écoles japonaises, perturbe la sérénité de la société et pose un défi à l’appareil.

Le dernier incident grave de ce type a eu lieu le 28 octobre, quand 5 personnes ont été blessées au couteau par un agresseur de 50 ans, immédiatement arrêté par la police dans le quartier de Zhongguancun, près d’une école primaire au nord-ouest de Pékin.

Aux dernières nouvelles la vie des blessés n’est pas en danger, mais au moment de l’incident, une vidéo partagée sur les réseaux sociaux montrait trois enfants allongés, inconscients au sol au milieu de taches de sang. L’un d’eux était soigné par un secouriste au milieu d’une petite foule de passants dont certains tenaient des mouchoirs tachés de sang. Une autre vidéo montrait le suspect au sol, maitrisé par la police, le visage ensanglanté.

L’incident de Zhonguancun dans le quartier de Haidian est le dernier d’une série d’agressions à l’arme blanche à travers la Chine dont beaucoup visèrent des enfants.

Récemment à Suzhou et Shenzhen en juin et septembre des attaques au couteau ciblèrent directement des jeunes japonais près de leur école. En juin, à Suzhou, l’incident avait coûté la vie à une femme chinoise qui tentait de s’interposer. Lire : Nouvelle attaque au couteau, cette fois contre une Japonaise et son fils.

A la mi-septembre à Shenzhen, également près d’une école, un jeune Japonais de dix ans est décédé à l’hôpital des suites d’une attaque au couteau. Lire : Retour sur la persistance des sentiments antijaponais.

Le 7 mai, 2024, deux personnes avaient été tuées et 21 blessées dans un hôpital de Zhaotong dans le district de Zhenxiong, au nord-est du Yunnan. Moins de 15 jours plus tard, le 20 mai, dans une école primaire de Guixi dans le Jiangxi, une femme de 45 ans avait tué deux enfants avec un couteau de cuisine.

Le 28 juin, dans le district de Gangkou dans le Guangxi, un garde de sécurité avait assassiné deux propriétaires d’appartement de la résidence dont il avait la charge.

Le 30 septembre, dans un supermarché du district de Songjiang à Shanghai au bord du delta du Yangzi, une autre agression à l’arme blanche avait fait trois morts et quinze blessés. Un homme de 37 ans, nommé Lin avait été arrêté. Selon la police, il était aigri par un conflit économique d’ordre privé.

Depuis dix ans les jeunes enfants souvent visés.

La photo (Reuters) date de mai 2010. On y voit la police escorter des jeunes enfants le lendemain d’une attaque au couteau contre un jardin d’enfant du centre de la Chine qui avait tué neuf personnes. C’était la 5e agression en trois mois, contre des écoliers, enfants uniques des familles éplorées qui peinent à comprendre les motivations des agresseurs. Toutes les attaques avaient été perpétrées par des hommes d’âge mur vivant dans de petites villes.

Ce qui a déclenché l’attaque – la cinquième agression contre des écoliers depuis mars – était aussi impondérable pour de nombreux Chinois que les détails étaient horribles. Elles ont toutes impliqué des hommes d’âge moyen vivant dans de petites villes, exprimant de violentes doléances contre les membres les plus vulnérables et les plus chers de leurs communautés, les enfants de familles souvent limitées à un seul.


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Les attaques à l’arme blanche que le pouvoir attribue souvent à des déséquilibres mentaux, ne sont pas un phénomène récent. En examinant les archives depuis le printemps 2010, on dénombre une trentaine d’agressions au couteau dans toutes les régions de Chine. Elles tuèrent près d’une centaine de personnes dont plus d’une soixantaine d’enfants au milieu de plusieurs centaines de blessés, enfants et adultes.

Parfois les règlements de compte et les explosions de violence dont l’origine est la frustration sociale ou professionnelle prennent des formes encore plus violentes. En mai 2017, à Weihai, dans le Shandong, 13 personnes dont 11 enfants chinois et sud-coréens ont perdu la vie dans l’incendie de leur bus scolaire allumé par le conducteur excédé par l’accumulation d’heures supplémentaires impayées.

Compte tenu du contraste des situations et de la diversité des acteurs de ces drames, avec cependant le point commun que les agressions ciblent souvent des enfants plus vulnérables, une analyse pour en déduire des explications générales est difficile.

Le lien entre les agressions et les angoisses socio-économiques reste à établir.

Les experts qui s’intéressent aux réseaux sociaux, constatent que la « toile » exprime un sentiment croissant d’anxiété et de frustrations alors que l’économie peine à se remettre de la brutalité des confinements Covid-19.

Le fond de tableau est une accumulation de dysfonctionnements, de crises latentes allant de l’insistant marasme immobilier, au chômage élevé des jeunes en passant par la faiblesse des investissements et les coups de boutoirs normatifs de l’appareil, à l’origine de frustrations.

Mais même si certains commentateurs font le lien entre les angoisses sociales et les agressions au couteau, le cheminement direct de la cause à l’effet reste encore à établir. Instinctivement certains internautes prêchent pour l’apaisement, même si les motivations intimes des agresseurs restent floues.

Sur Weibo, un internaute écrit : « Nous devrions être plus gentils avec les autres, d’autant plus que l’économie ne se porte pas bien ces deux dernières années » (…) « De nombreuses personnes sont en difficulté et leurs émotions sont instables. »

D’autres, plus prudents anticipent une agression : « Essayez de ne pas discuter avec des inconnus » (…) « On ne sait jamais. S’ils sont malheureux dans la vie ils peuvent s’en prendre aux autres. »

Pour autant, même si les attaques au couteau de cet été ont fait l’objet de 64 millions de messages, les réseaux sociaux ne font pas une étude sociologique et ne peuvent servir de base pour anticiper une aggravation de l’insécurité en Chine.

Comme l’écrit Michelle Miao, professeur associée à l’Université chinoise de Hong Kong et chercheur au Centre de sciences comportementales de Stanford, « les messages diffusés en ligne reflètent souvent les angoisses personnelles de leurs auteurs liées à leur propre situation économique. » Ils ne sont pas le reflet de toute la société.

Note(s) :

[1Exemples : A Hong-Kong, la possession et la consommation y compris du Cannabis peut entrainer jusqu’à sept ans de prison et un amende de 1 million de Dollars de Hong Kong (120 000 €). La vente ou le trafic (y compris la fourniture gratuite de substances prohibées) peut coûter la prison à vie et une amende de 5 millions de HKD (600 000 €). Cultiver du cannabis est puni jusqu’à 15 ans de prison.

S’il s’agit de drogues dites « dures » dérivées de la cocaïne ou de l’héroïne dont l’effet de dépendance physique et psychique est rapide et violent, la répression est sans pitié. A l’instar de tous les pays d’Asie, y compris Singapour, la loi chinoise condamne les usagers et les trafiquants chinois ou étrangers à la peine capitale.

En 2019, la Chine avait condamné à mort deux ressortissants canadiens accusés de trafic de drogue, sur fond d’escalade diplomatique avec le Canada (lire : Chine, Etats-Unis, Canada, « Diplomatie de la peine de mort » : Ren Zhengfei, le PDG de Huawei sort de son silence).

En 2020, un Australien a été condamné à mort en Chine pour trafic de drogue. Selon des médias chinois, il avait été arrêté à l’aéroport de Canton en décembre 2013 avec plus de 7,5 kilos de méthamphétamine dans ses bagages.

Enfin, le 5 août 2023, un ressortissant sud-coréen avait été exécuté à Canton pour trafic de drogue. Il avait été arrêté en 2014 en possession de 5 kilos de méthamphétamine. Condamné à mort une première fois en 2019, sa peine a été confirmée en appel.

 

 

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