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›› Société

A Zhuhai, 35 personnes sont mortes tuées délibérément par un chauffard fou. L’appareil a tenté en vain de minimiser l’incident

Les habitants de Zhuhai ont spontanément déposé des gerbes devant le centre sportif. La police les a retirées, avant d’écarter les témoins.


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Avec ses 1,4 milliard d’habitants, la Chine a toujours l’un des taux de crimes violents les plus bas au monde, en partie grâce à son contrôle strict des armes à feu et à sa puissante surveillance de masse.

Il n’empêche que le pays a, ces derniers mois, été confronté à une recrudescence des attaques ciblant des civils au hasard. Les tensions qui en résultent ont obligé le président Xi Jinping lui-même à réagir.

Le 14 novembre, il a publiquement exhorté l’appareil à « prévenir les risques à la source » et à « résoudre rapidement les conflits et les différends pour éviter que de tels incidents ne se reproduisent. »

Il réagissait à un événement dramatique survenu la veille de l’ouverture du salon international et de l’espace de Zhuhai.

Source RFI et Reuters : Le 11 novembre un homme de 62 ans a, avec son véhicule, forcé l’entrée d’un centre sportif Zhuhai. L’embardée a provoqué la mort de 35 personnes qui s’exerçaient sur une plateforme. 43 autres ont été blessées.

Le nombre de morts est le plus élevé que la Chine ait connu depuis 2014, lorsqu’une série d’attentats terroristes avait secoué la région du Xinjiang à l’extrême ouest du pays.

Selon la police le conducteur, un homme de 62 ans dénommé Fan, mécontent des arrangements de son récent divorce, a été appréhendé alors qu’il tentait de se suicider dans sa voiture.

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Ces derniers mois, alors que la croissance économique stagne et que la société est envahie par un sentiment de défiance à l’égard du pouvoir, qui, dit un chef d’entreprise à Pékin, se mêle de tout, mais pas toujours à bon escient, des épisodes soudains de violence visant de manière aléatoire des passants – y compris des écoliers – se sont multipliés à travers le pays.

La persistance des agressions perturbe un public habitué depuis longtemps, grâce à la plus forte concentration de caméras de surveillance au monde, à de faibles taux de criminalité. Selon CCTV, Xi Jinping qui a qualifié l’incident d’« extrêmement vicieux - 極為惡毒 - », a appelé à « punir l’auteur conformément à la loi ».

Le dogme de la stabilité sociale à l’épreuve.

À l’extérieur du centre sportif, la police qui veille au grain pour prévenir toute publicité excessive donnée à l’événement a rapidement retiré les couronnes de fleurs, les bougies et les bouteilles d’alcool déposées par les habitants de Zhuhai en hommage aux victimes.

Le réflexe d’occultation est conforme à l’habitude de censurer toute information contredisant le dogme d’harmonie sociale 社會 和谐 et de stabilité 稳定. Mais cette fois, l’attention médiatique accordée au salon et le nombre élevé de victimes ont perturbé les efforts d’omerta de l’appareil.

Il a fallu une journée entière aux autorités de Zhuhai pour divulguer des informations sur les victimes. Le 11 novembre, la déclaration initiale de la police indiquait seulement qu’une voiture « avait renversé plusieurs piétons ».

Alors que la nouvelle de l’attaque se répandait, la censure supprimait les vidéos en ligne de l’attaque et modérait les discussions sur les réseaux sociaux. Les témoignages et certains reportages plus factuels des médias chinois détaillant ce qui s’est réellement passé ont également été censurés.

Avant d’être effacées, des vidéos en ligne postées par des témoins montraient des dizaines de personnes allongées sur des pistes de jogging et sur des terrains à proximité, avec leurs chaussures éparpillées. De nombreux blessés portaient des tenues de sport, notamment des uniformes d’au moins deux groupes locaux de marche sportive.

La tuerie de Zhuhai s’inscrit dans une longue suite d’incidents mortels documentés par QC depuis plusieurs mois. La liste n’est pas close.

En octobre, la police avait arrêté un homme de 50 ans après une attaque au couteau près d’une école primaire de Pékin qui avait blessé cinq personnes, dont trois enfants. En septembre, trois personnes avaient été tuées et 15 autres blessées également par une agression à l’arme blanche dans un supermarché de la banlieue de Shanghai.

Toujours en septembre, un bus s’était écrasé sur une foule d’élèves et de parents devant une école de la ville de Taan, au Shandong, tuant 11 personnes et en blessant 13 autres. Les autorités n’avaient pas précisé si l’embardée avait été accidentelle ou délibérée.

Mise à jour le 20 janvier 2025.

Fan Weiqiu, 62 ans, condamné à mort le 27 décembre pour avoir tué 35 personnes à Zhuhai en fonçant le 11 novembre dernier avec sa voiture dans une troupe de personnes qui pratiquaient ensemble des exercices physiques, a été exécuté le 20 janvier par injection létale dans une prison de Zhuhai.

Ce n’est pas tout. Le même jour dans un centre de détention de Wuxi, à l’Ouest de Shanghai, a également eu lieu l’exécution de Xu Jiajin, 21 ans. Tout juste diplômé d’un lycée professionnel, il avait été condamné à mort pour avoir, une semaine après Fan Weiqiu, tué par une attaque au couteau huit personnes et blesse 17 autres sur le campus d’un collège de Yixing au bord du lac Tai, 50 km à l’Ouest de Wuxi.

Alors que les deux auteurs des attaques survenues au milieu d’une recrudescence d’actes individuels violents perpétrés au hasard, y compris contre des enfants, disaient avoir dû faire face à des déceptions dans leur vie, sentimentales pour Fan et professionnelles pour Xu, les réseaux sociaux chinois ont massivement exprimé leur satisfaction en apprenant l’exécution des sentences.

Selon Amnesty International, en 2023, Pekin avait prononcé 1000 condamnation à mort. Le nombre de sentences réellement exécutées reste normalement un secret d’État. Il est évident que la publicité officielle faite autour de ces deux dernières exécutions est politiquement motivée.

 

 

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