Your browser does not support JavaScript!

Repérer l'essentiel de l'information • Chercher le sens de l'événement • Comprendre l'évolution de la Chine

Cliquez ici pour générer le PDF de cet article :

Imprimer ou exporter en PDF

›› Chine - monde

D. Trump : Salve de coups directs contre USAID, VOA et FREE RADIO. Satisfaction chinoise. Tesla essuie le ressac des élagages brutaux d’Elon Musk

Alors qu’en 2023, l’Agence avait distribué 72 milliards de $ d’aides diverses dans le monde (santé des femmes, accès à l’eau potable, soins HIV, lutte contre la corruption, sécurité énergétique), représentant 42% de l’aide humanitaire prodiguée par les Nations Unies, D. Trump jugeait en février que l’USAID était gérée par un « groupe d’idéalistes radicaux » qu’il fallait expulser en priorité avant toute décision. Dans le même temps, Elon Musk expliquait que « l’Agence avait été démantelée au-delà de toute possibilité de la rétablir. »


*

Le 20 janvier, le jour même de l’investiture de Donald Trump, un décret présidentiel de la Maison Blanche gelait pour 90 jours à des fins d’examen, les financements de l’Agence gouvernementale USAID (United States Agency for International Development) créée en 1961 par J.F. Kennedy.

Pendant la guerre froide, l’Agence était devenue le bras armé de la politique étrangère américaine, assez souvent dans un chevauchement des missions avec la CIA, y compris par une longue série de coups d’État [1], dans les zones du monde où se disputaient les influences adverses entre l’Occident et les régimes autoritaires qui, courtisés par l’URSS, contestaient la domination de Washington en Amérique latine, en Asie et en Afrique.

Mais, depuis la chute de l’URSS, même si son ancienne réputation sulfureuse a survécu, l’USAID symbolise d’abord le « soft-power » culturel et humanitaire américain.

La décision de D. Trump qui a mis fin à 10 000 contrats dans le monde, met en danger des millions de déshérités, jusqu’ici bénéficiaires de l’aide américaine et souffrant de faim et de maladies chroniques mortelles telles que le sida, la malaria, la tuberculose ou la fièvre hémorragiques provoquée par le virus Ebola.

Pour le collectif « InterAction ONG », principale alliance d’ONG internationales et américaines, dédiée à l’aide aux populations pauvres et vulnérables du monde, créée en 1984, « ces souffrances inutiles ne rendront pas l’Amérique plus sûre, plus forte ou plus prospère. Au contraire, elles engendreront instabilité, migrations et désespoir. (…) Entre autres tragédies, des femmes et des enfants souffriront de la faim, la nourriture pourrira dans les entrepôts tandis que des familles mourront de faim, et des enfants naîtront avec le VIH. »

Deux mois après le repliement humanitaire du 20 janvier, l’administration Trump a également mis fin à deux de ses puissants leviers d’influence politico-stratégique dans le monde.

Les 14 et 15 mars des décrets présidentiels supprimaient Voice of America (VOA), financée par l’exécutif et « l’US Agency for Global Medias USAGM », dont les fonds votés par le Congrès, sont la principale source de financement des radios libres « Radio Free Asia » et « Radio Free Europe », dont la compétence a en 1998, 1999 et 2002 été élargie à l’Irak, à l’Iran, au Kosovo et à l’Afghanistan.

Également créées en riposte à la propagande communiste, après 1945, leurs émissions diffusées en ondes courtes dans les langues locales et aujourd’hui fustigées par les pouvoirs autocrates, touchent au total plus de 400 millions d’auditeurs en 63 langues différentes.

Il est exact qu’aujourd’hui, elles constituent la principale source d’information alternative dans des zones aux prises avec l’arbitraire politique, où la liberté de la presse n’existe pas, notamment en Chine à propos du Tibet et du Xinjiang, en Birmanie, au Cambodge, en Afghanistan, en Iran, en Irak au Pakistan, ou en Russie.

Pour autant, il n’en reste pas moins que leurs programmes qui mêlent émissions d’informations et productions culturelles sont d’autant plus considérés par les pouvoirs en place comme des ingérences insupportables, que depuis 1945, la trace américaine n’a elle-même pas cessé de brouiller les cartes en mêlant constamment d’une part son idéal des vertus humanitaires et politiques et, d’autre part, souvent très brutalement, la défense de ses intérêts stratégiques et économiques directs.

Les exemples fourmillent de ce mélange des genres où les grands idéaux édifiants et moralisateurs cohabitent avec l’expression de la puissance brute et la promotion des intérêts sonnants et trébuchants de l’Amérique concurrents des nôtres.

On citera pour mémoire « notre affaire Alstom » qui en 2013, avait concentré contre nous à la fois les pressions financières et commerciales et le pouvoir exorbitant de « l’extraterritorialité » de la justice américaine contre tous ceux, adversaires ou alliés, qui utilisent la monnaie américaine (lire : Alstom, dommage collatéral de la compétition Chine – Etats-Unis).

Sans surprise, alors qu’à Prague le gouvernement appelle l’Europe à prendre le relais des financements américains de Radio Free Europe, en Chine, les médias publics et les réseaux sociaux n’ont pas caché leur joie après le démantèlement par D. Trump de ce que l’appareil considère purement et simplement comme les outils d’un endoctrinement mensonger.

Le 17 mars, un éditorial du Global Times expression grand public du Quotidien du Peuple, expliquait que VOA avait fabriqué une spectaculaire suite de mensonges sur la situation chinoise.

Selon le journal, les contre-vérités vont de la fausse accusation de violation des droits humains au Xinjiang, aux rapports falsifiés sur la mer de Chine du sud, en passant par les fausses nouvelles sur l’économie chinoise, les situations à Taïwan et à Hong Kong, et les calomnies à propos de l’épidémie Covid-19.

« Presque tous les mensonges malveillants sur la Chine » écrivait l’auteur, « portent l’empreinte de VOA ». La conclusion exprimait une forme de reconnaissance adressée à Donald Trump : « Alors que de plus en plus d’Américains commencent à sortir de leur bulle d’informations fabriquées et à considérer la réalité d’une Chine multidimensionnelle, les diabolisations propagées par VOA finiront par devenir la risée de l’époque ».

TESLA essuie les contrecoups des élagages à la tronçonneuse.

Depuis la mi-décembre 2024, la marque d’Elon Musk a perdu 50% de sa valeur en bourse, dans un contexte général où en Chine et en Europe, les TESLA ont moins de succès. En Chine, en réaction à la guerre des taxes déclenchée par D. Trump, le nationalisme de l’opinion détourne les clients vers les marques chinoises. En Europe TESLA subit le contrecoup du mépris de Washington pour l’UE exprimé par J.D. Vance à Munich.


*

Ironiquement, alors que les coupes claires dans les organes de diffusion globale de l’influence de Washington sont le résultat direct de la stratégie d’élagage bureaucratique à la tronçonneuse d’Elon Musk, le contrecoup nationaliste de l’opinion chinoise devenue férocement antiaméricaine, heurte de plein fouet les intérêts en Chine du flamboyant milliardaire d’origine sud-africaine.

Choqué par la « guerre des taxes » déclenchée par D. Trump, le nationalisme du public chinois se détourne de Tesla et préfère les modèles chinois moins chers et souvent aussi performants.

Après les engouements initiaux pour la marque de la gigafactory de Shanghai (lire : Chine – États-Unis. Le choc des entêtements, stigmate de la rivalité stratégique globale), la ferveur du public se tourne vers les modèles chinois comme BYD (Seal, Dolphin, Atto 3) XPeng, ou Xiaomi eux-mêmes engagés dans une compétition interne qui casse les prix.

Ainsi la berline BYD Atto 3 (lire : Spectaculaires succès des véhicules BYD) se vend (entrée de gamme) maintenant à l’équivalent de 35 000 $, tandis que la Tesla modèle 3 vaut 49 000 $ quand la Dongfeng Nammi Box (320 km d’autonomie), dont les performances sont cependant à vérifier, est commercialisée à 26 000 $.

Mais le record de l’écrasement des prix revient à Xiaomi qui vient de mettre sur le marché sa berline haut de gamme SU7, concurrente de la Tesla modèle S au prix de 529 000 Yuan (73 000 $) contre 110 00 $ pour l’Américaine.

La conséquence du désamour est sensible en bourse et sur les marchés en Chine, aux États-Unis et en Europe.

A la bourse de New-York, l’ancien leader du marché mondial des NVE fait face à de puissants vents contraires. Par rapport à son pic de mi-décembre, son cours en bourse a chuté de près de 50%. Aux États-Unis, une partie des consommateurs choqués par la brutalité des épurements bureaucratiques d’Elon Musk, se détournent de Tesla dont les ventes ont baissé de 6%. Il y a pire. Depuis quelques semaines des dizaines de Tesla sont incendiées dans le pays en représailles des mises à pied infligées à l’administration.

En Allemagne, où le grand public a été choqué par le mépris de J.D. Vance ayant délaissé le Chancelier Olaf Scholz pour courtiser la présidente de l’AFD Alice Weidel, les ventes de Tesla ont baissé de 60%. Selon les statistiques de Bruxelles, dans toute l’Union Européenne, le recul des ventes a au total atteint 76%.

Preuve que même l’audacieux entrepreneur a senti le vent du boulet, le 21 mars, Elon Musk a organisé une réunion impromptue des responsables du groupe pour faire le point de ses projets et rassurer les investisseurs après la chute libre de l’action en bourse depuis le 13 décembre 2024. Pour l’instant, traitant les incendiaires des Tesla de terroristes et bénéficiant de l’appui de la Maison Blanche, il affiche sa placidité. On ne saurait lui donner tort. Il a de la marge. Depuis ses premières envolées en bourse au printemps 2020, même après son dévissage récent, la valeur de l’action TESLA, passée de 49 à 250 US $ été multipliée par cinq.

Note(s) :

[1En 2011, les chercheurs américains Jonathan Powell et Clayton Thyne avaient publié une étude recensant depuis 1950, 491 coups d’État réussis ou manqués tous fomentés par Washington, dans 97 pays. En Amérique du sud, citons Cuba et dans la République Dominicaine 1961, en Équateur 1963, au Brésil 1964, au Chili 1970, en Bolivie 1971, en Argentine 1976, au Panama 1989, et au Venezuela (par des pressions militaires directes suivies d’un chantage financier de la première administration Trump pour contraindre le président Maduro à quitter le pouvoir.).

En Amérique Latine, la racine de l’interventionnisme est une « adaptation » de la doctrine anticoloniale et antieuropéenne du Président James Monroe (1817-1825) qui définissait l’Amérique latine comme une zone d’influence à protéger de l’impérialisme des puissances coloniales européennes, en échange de la neutralité américaine en Europe.

L’ironie est qu’après le décès de Monroe sa doctrine évolua elle-même vers un impérialisme.
Sous la présidence Truman (deux mandats de 1945 à 1953) le non-interventionnisme de Monroe se changea radicalement en « contaimnent » pour dissuader les alliés de l’Amérique en Europe et en Amérique Latine d’adopter le communisme. En 1947 et 1948, deux discours de Truman au Congrès, ciblant le risque communiste en Grèce et en Turquie et exprimant l’exigence de le contenir partout dans le monde, furent le point de départ de la guerre froide.

 

 

A Pékin, la bascule du monde. Après D. Trump, voici Poutine

[22 mai 2026] • François Danjou

« Auto China 2026 », une démonstration de force des marques chinoises

[2 mai 2026] • Jean-Paul Yacine

Conférence de presse du ministre des Affaires étrangères. Mise au ban de l’esprit de nuance pro-occidental

[19 mars 2026] • Jean-Paul Yacine

Friedrich Merz à Pékin. Douze ans après Angela, l’improbable deuxième souffle de la « Lune de miel. »

[28 février 2026] • François Danjou

Face au désordre de Trump, Xi Jinping en majesté

[10 février 2026] • Jean-Paul Yacine