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›› Société

La puissance normative et moralisatrice des réseaux sociaux

En tête les 5 grands : WeChat, super application à tout faire ; Weibo, le plus puissant ; QQ, la plus grande plateforme digitale ; Youku, le Youtube chinois ; Tieba de Baidu.

Suivent mais le classement n’est pas immuable et la liste n’est pas exhaustive, Zhihu, le Quora chinois, Toutiao, plateforme d’actualité, d’informations et de divertissement ; Douyin, le Tik Tok chinois ; Meituan Dianping pour les gourmets et les cinéphiles ; Momo, le Tinder chinois.

Avec plus d’un milliard d’internautes, le paysage des médias sociaux chinois est vaste, dynamique et dominé par quelques acteurs clés. Mais, contrairement à de nombreuses régions du monde où les plateformes occidentales comme Facebook, Twitter, WhatsApp, Instagram ou LinkenIn dominent le paysage, la Chine possède son propre écosystème protégé des influences extérieures.

Ses plateformes très variées et spécialisées connaissent une popularité fulgurante, créant un espace où des centaines millions d’utilisateurs interagissent et communiquent quotidiennement. S’il est vrai qu’elles sont étroitement contrôlées par la censure politique (surveillance en temps réel, locale et nationale ; suppression pure et simple, auto-censure, partage des données avec les autorités de police), elles n’en diffusent pas moins des normes sociales et morales, créant aussi des modes et des comportement standard.


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Dans quelques-unes de ses dernières chroniques Andrew Methven revient par plusieurs exemples concrets, sur le rôle et l’influence des réseaux sociaux.

Les fautes du comportement du Dr Xiao Fei.

Le Dr Xiao Fei jeune chirurgien thoracique d’excellence de l’hôpital de l’amitié sino-japonaise de Pékin accusé par son épouse d’adultères répétés et compulsifs, dont les liaisons ont été mises par elle en ligne sur les réseaux sociaux, a été exclu de l’hôpital et exclu du Parti. Xiao qui est diplômé du Centre des sciences de la santé de l’Université de Pékin, a aussi fait un stage de deux années 2017 et 2018 aux Etats-Unis, d’abord chercheur invité à la Mayo Clinic au Minnesota et à l’Université Washington de Saint-Louis.


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L’un des scandales les plus explosifs de l’histoire récente du secteur de la santé avait éclaté début mai et a continué pendant plusieurs semaines à faire la une des journaux et d’ébranler la confiance du public dans les systèmes médicaux et éducatifs chinois.

L’affaire a commencé au prestigieux hôpital de l’amitié sino-japonaise de Pékin, à l’Est du quartier de Taiyanggong où le Dr Xiao Fei - 肖飞 -, chirurgien thoracique respecté, a été dénoncé par sa propre épouse GU elle aussi Dr en médecine, pour ses multiples liaisons avec de jeunes collègues.

Son dernier dérapage en date, objet du scandale, impliquait une interne en médecine, Dong Xiying (董袭莹), rapidement devenue Miss Dong (董小姐) sur les réseaux sociaux. La controverse publique s’est enflammée quand le Dr Xiao été licencié par l’hôpital tandis que la lettre de son épouse très riche en détails privés qui le dénonçait, circulait sur les réseaux sociaux.

Même un observateur fervent de la liberté d‘expression et opposé à la censure est saisi de malaise face à l’étalage intime des péripéties de ce couple en déshérence détruit par l’infidélité chronique du mari.

À mesure que le public et les médias creusaient davantage, les internautes se sont aussi intéressés au passé de « Miss Dong » (董小姐), devenue interne à l’hôpital après avoir terminé sa formation médicale dans le cadre du programme pilote 4+4 en médecine clinique au Peking Union Medical College Hospital [1].

Ce cursus d’élite « 4+4 » est proposé chaque année à un petit nombre d’étudiants titulaires d’un diplôme de premier cycle non médical, pour leur permettre de s’orienter vers la médecine en achevant une première formation en seulement quatre ans.

Initialement conçue pour former des professionnels de la santé d’élite polyvalents et interdisciplinaires, cette voie d’exception est dans la pratique, cependant souvent empruntée par des étudiants disposant de solides relations familiales.

Le 关系- guanxi – expression de la capacité d’influence sociale que les Chinois nomment aussi 势力 shili, considéré par nombre de sociologues comme le terreau culturel de la corruption endémique, permet ainsi aux privilégiés d’éviter les longues années de formation d’un cursus normal pour leur attribuer bien plus rapidement qu’à leurs pairs des postes d’internat convoités dans des hôpitaux de premier plan.

Alors que l’opprobre des réseaux sociaux condamnait le Dr Xiao Fei dont les trahisons adultères étaient dévoilées dans le détail par sa femme, obligeant la Direction à le chasser de l’hôpital, la vindicte publique prenait aussi pour cible sa maîtresse accusée d’avoir bénéficié de favoritisme.

« Les étudiants en médecine ordinaires 普通医学生 doivent travailler jour et nuit pendant plus de dix ans 没日没夜十几年 avant de pouvoir obtenir 才将将能拿到 le titre 头衔 d’assistant spécialiste (mot à mot ”nouveau médecin“) 一个新人医生的. »

Pour ne rien arranger Dong est tombée enceinte en septembre 2024 et Xiao a emménagé chez elle deux mois plus tard, tandis que les enquêteurs mandatés par GU le filmèrent à plusieurs reprises alors qu’il accompagnait sa maîtresse à des examens prénataux.

Alors que l’opprobre moral n’était pas encore parvenu à abattre la réputation de médecin d’exception de Xiao, son épouse GU, utilisant toujours l’efficace porte-voix des réseaux sociaux, s’attaqua à sa compétence de médecin.

Alors que sa maîtresse était elle-même critiquée par des infirmières, Xiao Fei fut gravement mis en porte-à-faux par la révélation que, lors d’une intervention chirurgicale, saisi d’un malaise, il avait été contraint d’abandonner le patient sous anesthésie générale sur la table d’opération pendant quarante minutes.

Après enquête, le Directeur de l’hôpital n’eut d’autre choix que de le licencier. Le Dr Xiao Fei conteste la décision « Sans prendre le temps de la réflexion, le comité de discipline m’a infligé une sanction très grave que je conteste. ». Il ajoute, « J’ai commis une erreur. Mais je ne pense pas avoir compromis la sécurité médicale du patient. »

L’épisode confirme la puissance normative des réseaux sociaux que le gouvernement se réserve de censurer quand leur effervescence s’approche de la sphère politique. Dans le cas présent, l’armée des correcteurs a laissé faire, tandis qu’avec plus d’un milliard d’internautes en 2024, les grandes plateformes comme WeChat, Sina Weibo, QQ ou Douyin jouent désormais un rôle majeur dans la vie quotidienne des Chinois influençant leurs opinions et leur comportement.

Alors que nombre d’observateurs occidentaux voient les réseaux sociaux comme des pôles d’une contestation politique, dans le cas de Xiao Fei, leur puissance qui portait une norme morale vertueuse utilisée par une épouse humiliée, a directement interféré sur la Direction de l’hôpital sur un mode très opposé à la remise en cause de l’ordre.

Contraint par les révélations publiques, le Directeur n’a pas eu d’autre choix que de licencier un chirurgien d’élite qu’il avait d’abord voulu protéger.

Vers le 10 mai, une autre controverse ayant éveillé la conscience morale des internautes a été allumée par Huang Yang Tiantian 黄杨钿甜.

Les boucles d’oreille de la jeune Huang Tian Tian.

Huang Tian Tian, 17 ans, à gauche avec les boucles d’oreille du scandale ; à droite dans un de ses rôles à succès de l’histoire impériale chinoise.


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Jeune actrice de dix-sept ans célèbre pour ses rôles dans des films ou séries TV historiques et fantastiques, elle a eu l’imprudence de partager sur WeChat un selfie où elle portait une paire de boucles d’oreilles très chères, en or et pierres précieuses, de la marque de luxe britannique Graff dont le prix est très rarement inférieur à 5000 €, plus souvent proche de 20 000 €, pouvant aller jusqu’à 300 000 €.

Celles qu’elle portait sur la photo, serties d’émeraudes, étaient issues de la collection « Passion ». Selon les commentaires en ligne des connaisseurs, elles coûtent 2,3 millions de yuans soit environ 290 000 €.

Dans un message publié le 11 mai, Huang qui réagissait aux anathèmes des internautes, a expliqué qu’elle se préparait pour la cérémonie de passage à l’âge adulte - 成人礼 - de ses 18 ans et qu’elle avait emprunté les boucles d’oreilles à sa mère.

Mal lui en a pris. La réaction du public s’est encore intensifiée lorsque des enquêteurs en ligne ont révélé que le père de Huang, Yang Wei - 杨伟 -, était un fonctionnaire subalterne à la retraite, qui ne devrait certainement pas avoir les moyens d’acheter des boucles d’oreilles « Passion » pour sa femme ou sa fille.

Cette révélation a suscité des débats sur les privilèges, la corruption et la façon dont les familles de certains fonctionnaires subalternes (appelés « mouches » 蝇 dans le jargon anticorruption opposées aux « tigres » - 虎 - symbole des grands corrompus) abusent de leur position pour détourner l’argent public.

Selon des informations diffusées en ligne, entre 2011 et 2017, son père, Yang Wei, avait servi au gouvernement de Ya’an -雅安 - une petite ville de la province du Sichuan, où après le séisme de magnitude 7 du 20 avril 2013, dont le bilan humain avait été de 220 morts et disparus et 12 000 blessés, il était en charge de gérer les fonds publics de secours aux victimes.

Dans les années qui suivirent, la colère du public avait enflé quand des rapports avaient suggéré que des milliards de yuans des fonds de secours auraient été détournés. Il n’a pas fallu longtemps aux internautes choqués par les boucles d’oreille de Huang, pour se souvenir des soupçons qui à l’époque avaient pesé sur Yang Wei le père de la jeune Tian Tian.

« Le point clé » 重点是, écrit un internaute, est que « son père était un fonctionnaire du gouvernement à Ya’an, dans le Sichuan », 她爸爸曾经是四川雅安的公职人员 ce qui a déclenché une vague de questions en ligne 于是引发了的网络破案 sur le thème « où la famille a-t-elle trouvé autant d’argent ? » “她家哪来这么多钱” ?
Cette fois la puissance des réseaux sociaux se rapproche du rôle de contestation des dérives du régime que les observateurs lui attribuent. Comme le thème est directement lié à la lutte contre la corruption priorité politique cardinale de Xi Jinping, là non plus la censure n’est pas intervenue.

Note(s) :

[1Le programme pilote « 4+4 » de médecine en Chine, mis en place par le Peking Union Medical College (PUMC), a pour but d’attirer des étudiants n’ayant pas d’arrière-plan d’études médicales mais issus d’universités de premier plan. Ce programme de 8 ans, divisé en 4 ans de formation de base puis 4 ans de spécialisation, vise à former des médecins de haut niveau.

 

 

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