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›› Economie

4e plenum : Confirmation de la bascule qualitative pour une économie de combat. Priorité aux hautes technologies

Le 4e plenum du 20e Comité Central. À huis-clos et à main levée. Photo Xinhua.


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Alors que le 29 octobre le ministère chinois de AE confirmait que le Président Xi Jinping rencontrera bien D. Trump le 30 octobre à Pusan en Corée du sud, à Pékin, l’appareil mettait la dernière main au 4e plenum dont l’objet était d’arrêter le 15e plan quinquennal (2026-2030).

Pour Katja Drinhausen, responsable du programme « Politique et Société chinoises » à l’Institut MERICS, hormis quelques ajustements mineurs, les priorités du 15e Plan s’inscrivent sans surprise dans la continuité des feuilles de route définies lors du troisième plénum de 2024 et des objectifs fixés par la Conférence Centrale sur le travail économique.

Le choix affiché reste de renforcer sans faiblir la capacité de la Chine à relever les défis et à se battre 斗争 Dòuzhēng.

Pour l’appareil convaincu que le pays se trouve à la croisée des chemins et face à une opportunité historique 历史性机遇, les buts à atteindre sont doubles.

1) Prendre la tête de la révolution des nouvelles technologies condition de la bascule du développement quantitatif vers « le progrès qualitatif 高质量开发 » par la promotion des talents, des industries émergentes et des « nouvelles forces productives 新的生产力 » (IA, énergies vertes).

2) Moderniser les industries et le secteur manufacturier traditionnels – avec, sans aucun doute, le souci de l’emploi et celui de la réduction des risques de dépendances extérieures.

Le communiqué du Plénum fait écho aux précédents appels à stimuler la demande et la consommation intérieures, proposant une série de mesures pour rééquilibrer l’économie nationale et créer un cercle vertueux « dual », améliorant à la fois les conditions de vie et la consommation.

Mais, dit Katja Drinhausen le slogan selon lequel « la nouvelle demande entraînera une nouvelle offre, et la nouvelle offre créera une nouvelle demande - 新的需求将带来新的供给, 而新的供给又将创造新的需求 », énoncé après-coup sans mesures concrètes, « sonne creux. »

En dehors des perspectives économiques, le plenum a, avec une insistance inhabituelle, mis l’accent sur les questions politiques, évoquant notamment les relèves de personnels, les limogeages et les rapports entre l’armée et Xi Jinping, marqués par la nomination du Général Zhang Shengmin pour remplacer le Général He Weidong à la CMC (lire notre article : Nouvel ébranlement de la haute direction militaire. Questions sur l’harmonie dans l’APL et son efficacité).

Commenté par Yu Jie pour le Centre de recherches britannique Chatham House, le communiqué officiel a confirmé l’exclusion de 11 membres titulaires et de quatre membres suppléants du Comité central (sur un total de 205 titulaires et 171 suppléants).

Il s’agit de la plus importante vague d’exclusions depuis 2017, témoignant de la vigueur avec laquelle la lutte anticorruption est menée au sein des plus hautes sphères de l’appareil et de l’armée.

Aucune de ces exclusions ni aucun de ces changements n’a surpris – la plupart avaient été annoncés à l’avance – mais l’ampleur de ce remaniement souligne une fois de plus l’autorité incontestée du président Xi au sommet de la hiérarchie politique chinoise.

Enfin, Yu Jie souligne, qu’en dehors des objectifs de promouvoir la Chine à la tête des hautes technologies pour la mettre en mesure de relever les défis de la compétition avec les États-Unis, le plenum a aussi mis l’accent sur la sécurité économique, placée au même niveau que l’objectif de création de prospérité.

Hautes technologies de pointe, normes chinoises, résilience et indépendance.

Depuis dix ans, date du lancement de China 2025, par un impressionnant bond technologique, la Chine est passée de « l’Usine du monde au laboratoire du futur. » (selon titre du Magazine Challenge du 23 octobre 2025).

Pour Alice Eckman, directrice de la recherche au European Union Institute for Security Studies « Pekin cherche à développer un pôle technologique qui deviendrait une référence pour le monde entier. » Dans le classement de l’ASPI (Australian Strategic Policy Institute) sur l’impact des résultats de recherche, la Chine arrive ainsi première dans 57 technologies sur 64.


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Alors que désormais, la priorité est la résolution des problèmes technologiques majeurs, le choix stratégique renvoie en écho aux soucis de Pékin préoccupé par la forte dépendance de la Chine aux fournisseurs étrangers des technologies de pointe.

Les économistes experts de la Chine qui espéraient un regain d’intérêt pour la consommation intérieure risquent d’être déçus par l’orientation du plan quinquennal donnée par le plénum. Pour Xi Jinping, stimuler la croissance tout en régulant ses surplus et ses excédents commerciaux, sources de frictions internationales, n’est plus une priorité.

Autrement dit, le nouveau plan quinquennal marque un tournant décisif dans le modèle de développement chinois. Délaissant l’obsession des taux de croissance, il entend construire une économie résiliente, ancrée dans l’innovation nationale et le renforcement des chaînes d’approvisionnement industrielles, capables de résister, comme l’indique le communiqué, « même aux tempêtes les plus dangereuses – 甚至是危险的风暴 ».

Au cœur de cette transition se trouve la volonté de Pékin, d’atteindre à long terme, l’autosuffisance économique et technologique.

Yu Jie ajoute que les observateurs étrangers ne doivent pas s’attendre à ce que le Parti relance son marché immobilier atone et surtout pas qu’il accorde d’avantage d’autonomie financière aux collectivités locales. Le chemin est clair. L’interventionnisme de l’appareil augmentera au profit des secteurs stratégiques des hautes technologies pour faire de la Chine un champion mondial de l’innovation.

La vision est celle d’une Nation qui, non seulement produit des technologies, mais serait en même temps capable de fixer les standards internationaux, y compris dans l’industrie manufacturière de pointe. Dix années après le lancement du projet China 2025, l’appareil affiche ses ambitions de puissance globale innovante.

En 2015, dix secteurs prioritaires avaient été définis : Technologies de l’information, robotique, aérospatiale et aéronautique, ingénierie offshore et navires de haute technologie, transport ferroviaire, véhicules à énergies nouvelles, équipements électriques, machines agricoles, biomédecine et dispositifs médicaux, énergies nouvelles et nouveaux matériaux.

Ces dernières années l’appareil a rajouté le développement des « nouvelles forces productives de qualité - 质量的新兴生产力 » mettant l’accent sur l’IA, la 6e génération de réseaux mobiles et la bio production.

Dans chacun de ces secteurs, la stratégie met l’accent sur trois piliers : les avancées majeures en matière de recherche, la création de chaînes d’approvisionnement nationales résilientes et la capacité de rivaliser et de jouer un rôle de premier plan sur la scène mondiale.

L’un des principaux moteurs de cette impulsion technologique est le Parti communiste lui-même.

Ses politiques garantissent que les nouvelles idées issues des laboratoires et universités d’État soient rapidement transformées en produits commercialisables. Ce processus, désigné sous le nom de « chaîne d’innovation », a accéléré les progrès de la Chine dans de nombreux secteurs appuyés par des fonds de R&D classés au 2iéme rang mondial avec plus de 500 Mds de $ en 2024, en hausse de 8,9% par rapport à 2023. Pour mémoire aux États-Unis, les sommes dédiées à la R&D s’élevaient à 792 Mds de $ en 2023.

Le soutien gouvernemental stimule aussi la croissance des start-ups. Un exemple est celui de Fusion Energy Tech à Hefei. En janvier 2025, il a établi un record mondial en maintenant un plasma stable à plus de \(100\) millions de °C pendant \(1 066\) secondes, soit près de \(18\) minutes.

L’innovation chinoise remodèle déjà les industries mondiales. Dans le secteur des véhicules électriques, la Chine est devenue le premier marché et exportateur mondial. Des constructeurs nationaux de premier plan comme BYD, NIO et XPeng rivalisent non seulement avec Tesla, mais établissent également des normes mondiales en matière d’accessibilité, d’autonomie et d’innovation dans le domaine des batteries.

BYD a récemment dépassé Tesla en termes de ventes trimestrielles de véhicules électriques, tandis que les modèles chinois connaissent une expansion rapide en Europe, en Asie du Sud-Est et en Amérique latine.

L’élan de développement privilégie également l’ingénierie maritime et le transport naval de pointe, les systèmes ferroviaires ultramodernes et les véhicules à énergies nouvelles dotés de capacités intelligentes. Parallèlement, des investissements sont consacrés aux équipements énergétiques et aux machines agricoles modernes, renforçant ainsi les capacités industrielles et la sécurité alimentaire.

Dans le domaine des énergies renouvelables, la Chine qui inonde le monde de ses panneaux solaires et de ses éoliennes, investit massivement dans le stockage de l’énergie et les lignes de transport à très haute tension, permettant ainsi à l’énergie renouvelable d’atteindre les centres urbains les plus éloignés.

Cette position dominante fait de la Chine qui reste cependant le plus grand émetteur mondial de gaz à effet de serre, responsable d’environ un tiers des émissions mondiales, un fournisseur clé dans la lutte globale pour la neutralité carbone.

Obstacles et contrefeux

Photo prise le 10 janvier 2024 de voitures électriques chinoises BYD destinées à l’export dans le port de Yantai, dans la province du Shandong (nord-est de la Chine). A l’été 2024, l’UE a porté à 10% les droits de douane infligés aux voitures électriques chinoises, dont Mme Von der Leyen affirme que les prix sont maintenus artificiellement bas par des subventions publiques.
Alors que Pékin dénonçait une démarche protectionniste, Washington et Bruxelles durcissaient leurs restrictions sur les transferts de technologies.
Les tensions géopolitiques se nourrissent aussi des ratés africains de sa gestion des minorités ethniques au Xinjiang, ainsi que des inquiétudes face à son militarisme et ses cyberattaques.
Les autres obstacles à l’expansion chinoise sont internes avec le ralentissement de sa croissance, une crise de confiance, le vieillissement de sa population et l’endettement de ses gouvernements locaux.


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Si le programme « Made in China 2025 » a accéléré son essor technologique, la Chine, se heurte à d’importants obstacles. Sa dépendance aux technologies étrangères pour les semi-conducteurs de pointe demeure une vulnérabilité critique, les restrictions américaines à l’exportation freinant les progrès dans des secteurs clés tels que l’intelligence artificielle, les télécommunications et la fabrication de haute technologie.

Les généreuses subventions d’État, qui alimentant une croissance rapide, ont également engendré des inefficacités et des surcapacités, notamment dans la production de véhicules électriques et de batteries, suscitant des inquiétudes quant à la rentabilité et à la durabilité à long terme.

Parallèlement, les entreprises chinoises, malgré leur position dominante en matière de production, peinent toujours à bâtir des marques de renommée mondiale et prestigieuses, ce qui les désavantage face à leurs concurrents occidentaux et japonais bien établis.

À ces défis s’ajoutent les stratégies de diversification des chaînes d’approvisionnement et de réduction de la dépendance à l’égard de la Chine mises en œuvre par les pays occidentaux, tandis que les restrictions commerciales et les tensions géopolitiques compliquent davantage les ambitions de Pékin de s’imposer comme leader mondial dans les industries émergentes.

Globalement, les États-Unis et les pays européens perçoivent cette stratégie comme une tentative de main-mise sur industries stratégiques, au milieu des persistantes tensions liées aux transfert de technologies, à la propriété intellectuelle et à la compétition sur les marchés mondiaux.

 

 

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