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›› Chronique

Iran : Au milieu du brouillard de la guerre, Pékin s’efforce de modeler à son avantage le paysage du Moyen-Orient

Le montage réalisé par le site Mondafrique créé par le journaliste et écrivain français Nicolas Beau, montre l’enchevêtrement des intérêts et des rivalités autour de la désignation du Pakistan comme médiateur de paix en Iran. Avec comme un premier objectif le rétablissement du trafic à Ormuz, la Chine, consciente qu’une défaite de l’Iran, remettrait en cause une partie de son influence stratégique dans la région tente de modeler le paysage de l’après-guerre à son avantage.


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Depuis que fin mars, le Pakistan s’est imposé comme médiateur clé dans la guerre entre l’Iran et l’alliance Tel-Aviv-Washington, Pékin tente de revenir dans le jeu des facilitateurs par le truchement de ses liens avec Islamabad.

La carte est lourde depuis que son image de faiseur de paix, affichée en 2023 quand, son entremise avait rapproché Ryad et Téhéran (lire : Un vent chinois s’est levé au Moyen Orient), a été écornée par l’attaque le 19 mars - sans dégâts majeurs - d’un drone iranien contre la raffinerie saoudienne de Yanbu détenue conjointement par Aramco et ExxonMobil.

Alors que la guerre du Golfe entre dans son deuxième mois, entraînant l’économie mondiale dans sa chute, pour l’instant sans perspective d’issue, la question se pose du rôle de la Chine, partenaire stratégique de l’Iran, mais, à l’évidence, également désireuse de ménager la réussite de sa stratégie « d’accommodement raisonnable » avec Washington.

A ce sujet, le fait que Pékin ait favorablement répondu à la proposition de D. Trump de reporter le sommet avec Xi Jinping de la fin mars à la mi-mai, montre que l’un et l’autre ont de bonnes raisons que la réunion ait lieu.

Le président américain souhaite avoir avec la Chine des relations sans secousse majeure, dont l’éventualité pourrait perturber l’engagement de l’Amérique sur le front du Moyen Orient ou même sa politique intérieure, à l’approche de l’élection générale de mi-mandat prévue le 3 novembre.

Quant à Xi Jinping, il souhaite montrer au monde et au moins autant à son opinion publique, qu’avec les États-Unis elle entretient des relations de puissance d’égal à égal. En poussant l’analyse plus loin, il n’est pas exclu qu’il se réjouisse du report du sommet dans l’espoir que l’Amérique s’embourbe dans le conflit contre l’Iran.

Plus concrètement, la domination chinoise presque sans partage du secteur des Terres rares donnera un avantage stratégique à Pékin à mesure que le Pentagone épuisera son stock de missiles qui regorgent de ces éléments critiques pour le guidage, les moteurs, les capteurs infrarouges et les systèmes de détection.

Alors que personne ne sait quel sera à la mi-mai l’état du conflit, dont Donald Trump a estimé le 1er avril qu’il durerait encore « deux ou trois semaines » sans perspectives claires sur l’éventualité d’un accord avec les Mollahs qu’il a promis de « ramener à l’âge de pierre » [1], Pékin prend les devants et, à son habitude, propose prudemment un processus d’apaisement dont les termes généraux ne disent cependant rien des exigences incompatibles des belligérants.

Les généralités de principe du plan de paix chinois

Le MAE chinois Wang Yi qui relaye la Position de Pékin, considérant que l’attaque de l’Iran est illégale, et le vice-Premier ministre pakistanais, Mohammad Ishaq Dar, à Pékin, le mardi 31 mars (Cai Yang/AP). Les deux ont proposé un plan de paix articulés aux grands principes généraux de cessez-le-feu immédiat, le rétablissement de la liberté de navigation à Ormuz, de protection des civils et du respect de l’intégrité souveraine de l’Iran.


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Le 31 mars, après la visite à Pékin du MAE pakistanais Ishak Dar, personnage clé de la médiation proposée par Islamabad, six semaines avant la rencontre entre Xi Jinping et D. Trump, le communiqué rédigé avec Wang Yi, prenait date pour marquer sans ambiguïté que Pékin était dans le camp de la paix, quand l’Amérique perpétuait une stratégie d’emploi de la force.

L’initiative était à cette date la vision la plus clairement exprimée par Pékin sur la manière dont le conflit devrait être résolu.

En plus de l’appel à un « cessez-le-feu immédiat  » et à « des pourparlers dès que possible pour une paix durable sous l’égide de l’ONU  », la proposition recommandait comme préalables non seulement la sécurisation des voies maritimes, mais également la fin des attaques contre les civils et les cibles non militaires. Elle fixait aussi comme condition non négociable « la sauvegarde de la souveraineté, de la sécurité et de la souveraineté de l’Iran et des États du Golfe  ».

La position sino-pakistanaise, exprimée dans ses grandes lignes, soulève cependant des questions sur la nature des initiatives concrètes que Pékin serait prêt à prendre dans le processus.

Alors que sa proximité avec Téhéran jette un doute sur sa neutralité et que sa position de base reste quand même que « le conflit doit être dénoué par ceux qui l’ont déclenché - en Chinois « - 解鈴還須繫鈴人- mot à mot la cloche doit être dénouée par ceux qui l’ont accrochée [au cou du tigre] - », la plupart des observateurs s’interrogent sur les limites de l’implication de la Chine.

Par exemple pourrait-elle se porter garant d’un accord de paix qu’elle aurait initié. ?

La question fait débat.

Tong Zhao, chercheur à la Fondation Carnegie reconnaît que « La Chine a intérêt à mettre en avant son rôle de médiateur (…) tout en souhaitant, en même temps, que le monde prenne conscience du contraste entre d’une part les États-Unis qui sèment le trouble et le chaos et, d’autre part, la Chine, force de désescalade, de stabilité et de paix.  »

Il reste que, n’ayant atout militaire, dans la région hormis la base navale de Djibouti située à 1800 km du détroit d’Ormuz, il est impossible qu’elle prenne le risque de déployer des unités navales ou terrestres dont la mission serait de participer à la sécurité du détroit d’Ormuz ou de garantir un cessez-le-feu et, éventuellement, à sanctionner un transgresseur, qui pourrait être l’Amérique.

Tong Zhao convient que, dans le secret de ses discussions internes, l’appareil s’interroge depuis longtemps sur l’opportunité de déployer ses capacités de manière plus active pour élargir son influence et consolider son statut de première puissance mondiale qu’il revendique. Pour autant, malgré ses récents efforts, son influence et ses atouts au Moyen Orient restent trop faibles pour prendre le risque de s’impliquer militairement.

Mais s’il est exact que Pékin n’a pas les moyens d’imposer et de garantir un cessez-le-feu entre deux belligérants dont tout indique qu’ils ne sont pour l’instant pas prêts à composer, il n’en reste pas moins que le Waijiaobu s’active et tente d’anticiper la suite pour modeler l’après-guerre à son avantage.

Alors qu’en parallèle de la visite à Pékin du MAE pakistanais Ishak Dar que Wang Yi cultive avec une assiduité exemplaire (lire notre article : Sur son flanc sud, Pékin revisite ses tensions avec l’Inde et cherche le chemin d’une improbable médiation entre Islamabad et Kabul) la diplomatie chinoise s’efforçait des rester dans le jeu au moment où Islamabad recevait des émissaires d’Arabie Saoudite, de la Turquie et de l’Égypte,

Soulignant à quel point Islamabad et Pékin se coordonnent en temps réel, à l’issue de la réunion, le président pakistanais Asif Ali Zardari s’est rendu en personne à l’ambassade de Chine.

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Prudence.

Une vingtaine de navires chinois ont été autorisés à traverser le détroit d’Ormuz à la date du 4 avril. L’arrangement avec l’Iran avec qui Pékin a noué un partenariat stratégique en 2021, traduit la volonté chinoise de placer le retour à la stabilité du commerce en tête des ses priorités bien avant la solution des racines du conflit.


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Dans ce contexte inconfortable où les jeux étant loin d’être faits, un effondrement de l’Iran des Mollahs remettrait brutalement en cause sa récente stratégie dans la région, Pékin adopte sans surprise une position de prudence, cherchant à ménager ses relations avec toutes les parties prenantes du conflit, en même temps que ses marges de manœuvre en cas d’aggravation de la crise énergétique.

Le dilemme est décrit par Wang Yiwei, directeur de l’Institut des affaires internationales de l’Université Renmin de Pékin. Il souligne d’abord que les relations de la Chine avec les principaux acteurs de ce conflit, notamment l’Iran, les États-Unis et le Pakistan, lui faciliteraient l’accès à toutes les parties lors des pourparlers de paix.

Cependant, dit-il, le MAE évalue également les implications de sa diplomatie sur ses propres priorités, en particulier la visite prévue du président américain Donald Trump en Chine en mai prochain. A ce propos, le Bureau Politique est conscient que la proximité de Pékin avec l’Iran pourrait mettre à rude épreuve la trajectoire d’apaisement sino-américaine jusqu’à présent cautionnée par les deux chefs d’État.

C’est bien ce qu’exprime Wang Yiwei : « Nous ne voulons pas que l’Iran, ni aucun autre événement, ne vienne ébranler cette confiance ». On ne saurait mieux dire pour préciser qu’à court et moyen termes, les priorités de Pékin se trouvent à l’étage supérieur dans ses relations avec Washington et les « accommodements raisonnables » entre Xi Jinping et D. Trump.

Tel est le contexte entourant la perspective que Pékin agisse comme un médiateur dans le conflit en Iran.

Dans une interview accordée à Al Jazeera le 20 mars, le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, avait déjà déclaré que « plusieurs pays, dont la Chine, peuvent jouer le rôle de médiateurs », ajoutant que Téhéran était prêt à examiner des propositions visant à mettre fin au conflit.

Mais en Chine même des voix autorisées dans la mouvance des chercheurs notent que la situation avait radicalement changé depuis le succès chinois de 2023 qui avait présidé au rapprochement entre Ryad et Téhéran.

Li Weijian, chercheur à l’Institut d’études internationales de Shanghai rappelle l’évidence que « la situation actuelle est une confrontation militaire directe entre l’Iran, Israël et les États-Unis », bien différente de celle qui existait en 2023. Il y a trois ans, le rôle de la Chine avait consisté à faciliter un processus déjà entamé par les acteurs eux-mêmes grâce à l’entremise de plusieurs « petits États du Golfe », dont le Koweit.

Selon Zhu Junwei, directrice de « Horizon Insights Center » 弘则研究 un groupe de réflexion basé à Pékin, citée par le South China Morning Post du 20 mars, la guerre pourrait s’intensifier considérablement et « tout médiateur potentiel se trouverait confronté à d’énormes difficultés ».

Elle ajoutait que, s’il est exact que « D. Trump sera confronté à une pression intérieure grandissante pour mettre fin à la guerre, il ne souhaiterait certainement pas que la solution vienne de la Chine. » (…) Déjà Zhu avait suggéré qu’en guise de plan de paix, Pékin se contenterait de proposer des principes généraux en espérant que les parties s’y conformeraient.

Le risque, dit Zhu, est qu’en cas d’échec de la médiation, le blâme retombe sur la Chine.

Tenir à distance la crise énergétique.

A brève échéance, la priorité stratégique pour Pékin est de tenir à distance une crise énergétique provoquée par le blocage d’Ormuz qui asphyxie la route vers les ports chinois où transitent 35 a 45% de ses importations de pétrole et 29% de ses achats de GNL provenant en majeure partie du Qatar.

Les marges énergétiques de la Chine existent dans ses relations avec la Russie qui fournit 20% des besoins chinois en pétrole acheminés par oléoducs et 10% du gaz par gazoducs terrestres directs complétés par une flotte de pétroliers et de méthaniers russes contournant les sanctions [2].

L’autre résilience chinoise face à une crise est sa capacité stockée. En pétrole Pékin a accumulé les plus formidables réserves au monde estimées à environ 1,2 à 1,4 milliard de barils correspondant à une moyenne de 150 jours d’importations.

Le gaz naturel stocké serait fin 2025, (les données accessibles sont moins claires) de 50 à 60 milliards de m3, couvrant 15 à 17% de ses besoins annuels, mais la hausse de la production annuelle domestique évaluée à 246 milliards de m3, réduit les risques de pénurie.

Enfin, la dernière marge de manœuvre de la Chine est l’opportunité découlant de ses relations étroites avec les Mollahs. Depuis février 2026, plusieurs navires chinois ont, avec quelques-uns de la Russie, de l’Irak et du Pakistan, obtenu l’autorisation de traverser le détroit d’Ormuz, non sans payer un droit de passage en monnaie chinoise équivalent à 2 millions de $ [3].

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Au total, l’efficacité d’une médiation chinoise est aux mieux incertaine. Il est exact que les liens fonctionnels de Pékin avec toutes les parties et son statut de premier partenaire commercial de l’Iran, client de 80% de son pétrole, lui confèrent un levier d’action que l’Occident ne possède pas.

Mais la réalité est aussi que ses liens de partenariat stratégique avec Téhéran portés par Xi Jinping en 2016 et 2021, affaiblissent la posture de « neutralité » dont se réclame la Chine. Un autre handicap est son incapacité à imposer des garanties de sécurité dans le contexte où Washington sera en toutes hypothèses, réticent à accorder à la Chine une victoire diplomatique.

Sur le fond, les principales motivations de la Chine dans ce conflit sont la stabilité et la sécurité de ses flux énergétiques et le fonctionnement de ses marchés. En revanche, la résolution des causes profondes du conflit dont les points clés sont le programme nucléaire iranien et les menaces sur Israël ne figurent pas en tête de ses priorités.

Il reste que sa proximité avec Téhéran et Islamabad et l’importance qu’elle accorde à ses relations avec les États du Golfe et surtout avec Washington, feront qu’elle aura sans doute un rôle à jouer dans l’apaisement de la guerre.

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ANNEXE

La République islamique du Pakistan à la croisée des espoirs de paix.

Sur cette photo diffusée par le ministère pakistanais des Affaires étrangères, de gauche à droite : Badr Abdelatty, ministre égyptien des Affaires étrangères ; le prince Faisal bin Farhan Al-Saud, ministre saoudien des Affaires étrangères ; Ishaq Dar, ministre pakistanais des Affaires étrangères ; et Hakan Fidan, ministre turc des Affaires étrangères, marchent avant leur réunion consacrée à la guerre au Moyen-Orient, à Islamabad, au Pakistan, le dimanche 29 mars 2026 (Ministère pakistanais des Affaires étrangères via AP).


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La caractéristique générale de la politique étrangère de la République islamique du Pakistan, à 97% musulman, puissance nucléaire à la fois proche de la Chine et des États-Unis, est qu’elle est le seul souverain capable de dialoguer avec Téhéran devenant ainsi fin mars un des espoirs de cessez-le-feu au Moyen Orient.

Sur le fond, Islamabad évolue dans un équilibre complexe instable, entre d’une part sa rivalité structurelle, historique, idéologique, religieuse et territoriale avec l’Inde, symétrique de sa proximité avec Pekin, ses ambitions de constituer un pont de l’Asie du Sud vers l’Arabie saoudite et les Émirats musulmans et ses relations obligées par 900 km de frontière commune avec l’Iran, les deux ayant été engagés ensemble depuis 1947, contre les séparatistes baloutches.

La défiance réciproque entre Téhéran et Islamabad s’était pourtant exacerbée le 16 janvier 2024, quand les deux avaient brièvement échangé une série de frappes aériennes et de drones. Déclenchées par Téhéran, elles visaient les terroristes sunnites baloutches de Jaish ul-Adl, retranchés au Pakistan, à la frontière sud-est de l’Iran.

Islamabad avait riposté deux jours plus tard avec des drones tueurs chinois Wing-Loong et des raids de chasseurs américains F-16 et chinois JF-17 et J10-C contre la ville iranienne de Saravan à 50 km de la frontière sud-ouest du Pakistan. Les deux s’étaient mutuellement accusés que leurs frappes avaient tué des civils.

Alors que le Pakistan est souvent accusé d’abriter par laxisme ou/et opportunisme des groupes terroristes réfugiés d’Afghanistan ou d’Iran, la flotte des chasseurs de combat de l’armée de l’air pakistanaise qui va des F-16 américains Falcon modernisés aux modèles de l’aéronautique militaires chinoise (JF-17, Block I, II et III) avec des perspectives d’achat à terme des J-31 et J-35 A, derniers nés de la 5e génération furtive produite à Shenyang, ouvre une autre fenêtre sur la complexité des relations extérieures du Pakistan.

Avec les États-Unis, la relation est heurtée et en « dents de scie », articulée à la fois à de intérêts de sécurité stratégique et économique et à l’inconfort de Washington gêné par la proximité entre Islamabad et Pékin.

Mais le fait est que depuis 2002, le Pentagone considère le Pakistan comme un de ses alliés majeurs hors OTAN, acteur essentiel de la stabilité régionale face au risque terroriste d’Afghanistan. Vue de Washington, l’importance de la relation stratégique suivie de près par la CIA, est d’autant plus cruciale que le pays doté de l’arme nucléaire qui augmente et perfectionne son arsenal balistique, est jugé vulnérable aux groupes terroristes.

C’est dans ce contexte, qu’en décembre 2024, le Département d’État avait infligé des sanctions contre 4 entités pakistanaises accusées de produire des missiles balistiques à longue portée dépassant les nécessités de la sécurité du théâtre de l’Asie du Sud.

En 2025, pourtant, Islamabad et Washington ont recalibré leur relation autour du partage institutionnalisé de renseignements antiterroristes et de projets de coopération dans le secteur de l’IA et des nouvelles technologies.

Enfin, au plan économique et commercial, les États-Unis restent la première destination des exportations du Pakistan (6 milliards de $ en 2025, - textiles, riz, équipements informatiques -) loin devant la Chine (3 milliards de $).

Mais alors que 2,5 millions de Pakistanais travaillent en Arabie Saoudite et que le Pakistan importe la totalité de son pétrole et de son gaz du Golfe persique, Islamabad a tout récemment renforcé sa relation avec Ryad par un pacte de défense mutuelle.

Signé en septembre 2025, il inclue une possible coopération nucléaire faisant d’Islamabad un autre garant potentiel de la sécurité du Royaume saoudien, signalant au passage une diversification des liens de sécurité du Pakistan à d’autres acteurs que Washington.

Le pivot des relations stratégiques d’Islamabad est sans conteste Pékin.

La Chine est en effet à la fois l’un des principaux fournisseurs d’armes et de technologies modernes du Pakistan, y compris dans le domaine nucléaire civil (Centrales de Chiasma et de Karachi) et du nucléaire militaire pour lequel Pékin a, dans les années 80, fourni des éléments techniques essentiels.

Du point de vue d’Islamabad, la coopération stratégique avec Pékin qualifiée de « tout temps » qui touche aujourd’hui aux équipements de défense (avions, missiles capables de porter des ogives nucléaires, systèmes de défense aérienne HQ-19), à l’espace, à l’IA et aux technologies nucléaires avancées, assure l’équilibre stratégique avec l’Inde (170 à 180 ogives chacun) dans un contexte où les relations entre Pékin et New-Delhi restent elles-mêmes empreintes de défiance.

Contredisant les postures de neutralité de Pékin dans les tensions en Asie du Sud, la proximité stratégique entre Islamabad et Pékin s’est confirmée lors de l’explosion de violence entre l’Inde et le Pakistan au Cachemire, au printemps 2025.

L’escalade militaire de grande ampleur, dont l’étincelle fut un attentat le 22 avril contre des touristes dont 28 avaient été tués, perpétré au Cachemire indien par le groupe terroriste « The Resistance Front » pour l’indépendance du Cachemire basé au Pakistan, avait opposé l’armée de l’air indienne à celle du Pakistan.

Après les affrontements qui, au passage semblent avoir confirmé un avantage de la chasse pakistanaise, Islamabad et Pékin ont très vite tenu à réaffirmer la solidité de leur relation dont le socle reste la puissance du « Corridor pakistanais » des « Nouvelles routes de la soie » établi en 2015 (lire : Le Pakistan, premier souci stratégique de Pékin. Les faces cachées de l’alliance).

Le 20 mai 2025, dix jours après le cessez-le-feu, le MAE chinois Wang Yi, recevait à Pékin le vice-premier ministre et MAE pakistanais Ishak Dar qui, à cette occasion avait condamné la « décision unilatérale et illégale » de l’Inde de suspendre, après l’attentat du 22 avril, le Traité des eaux de l’Indus (TIE), accord de partage des eaux conclu entre les deux il y a soixante ans.

Lire le §, « La difficile neutralité chinoise » de notre article : Shangri-La Dialogue 2025. Éruption en Asie du Sud, guerre des communiqués et montée des risques de déflagration globale &, sur la guerre de l’eau : Entre la Chine et l’Inde, sur le toit du monde, « La bataille de l’eau. ».

Note(s) :

[1Dans la confusion des déclarations de D. Trump, la Lettre de Léosthène du 1er avril, d’Hélène Nouaille explique que le changement de posture du président américain prêt, dit-il, à négocier avec une équipe supposée moins radicale à Téhéran, est en réalité motivé par le guêpier des tensions pesant sur l’équilibre financier de la première puissance mondiale.

En bref, l’augmentation des dépenses de guerre accroit les pressions sur le budget, dont le déficit a atteint 1800 milliards de $ en 2025 et tire la dette vers le haut. Selon le « Committee for a Responsible Federal Budget », l’augmentation envisagée du budget de la défense à 4,5% du PIB soit 1500 milliards de $ en 2027, pourrait, sur dix ans, ajouter 6900 milliards de $ à la dette nationale déjà exorbitante.

Alors qu’elle est aujourd’hui à 38 500 milliards de $ (120% du PIB), elle se monterait d’ici 2036 à plus de 45 000 milliards de $.

Du coup, l’attrait de la dette américaine qui permet à Washington de fonctionner à crédit, est entré dans une phase d’incertitude, marquée notamment à la fois par la baisse des engagements chinois tombés entre 2014 et 2025 de 1200 à 638 mds de $, le plus bas niveau depuis 2008 et l’accélération du retrait des investissements japonais - toujours en tête en janvier 2026 avec 1225 milliards de $, mais sur le départ, pour compenser le choc énergétique de la guerre.

Selon la lettre du GEAB (Global Europe Anticipation bulletin) du 30 mars, citée par Léosthène, « les prochaines enchères du Trésor US à 10 et 30 ans - les 8 et 9 avril - s’annoncent comme l’épicentre du séisme. (...) Avec des Primary Dealers - institutions autorisées à traiter directement avec le Trésor - déjà saturés (24% d’absorption le 24 mars) et le retrait des acheteurs japonais en particulier lors des dernières enchères, nous guettons le « Failed Auction », à savoir le moment où la dette américaine ne trouverait plus preneur à prix raisonnable ».

Le choc serait le point d’enclenchement d’un effet domino marqué par « l’envolée brutale des taux US, la dépréciation des portefeuilles obligataires des banques mondiales, la vente de leurs actifs (immobiliers, actions et or) pour couvrir leurs pertes et, par effet de prudence, le gel du crédit interbancaire » (dispositif permettant, en temps normal, la fluidité du système financier par les prêts - de 24 h à un an - que les banques s’accordent entre elles pour respecter les exigences de la Réserve Fédérale - minimum de fonds propres ; minimum d’actifs liquides de qualité -

Le tableau est sombre et l’alerte de la GEAB est sévère.

Il est cependant possible de tempérer l’imminence du risque en soulignant que la dette américaine est détenue à environ 58% par des investisseurs privés (qu’ils soient étrangers ou américains - fonds de pension et de placement, banques commerciales et sociétés d’assurances -) et à 42% par des investisseurs officiels (gouvernements, banques centrales qui investissent dans les obligations du trésor mais pas seulement ).

Lire : Who holds U.S. debt ? Structure,ownership, Europe’s exposure, and the
limits of leverage

[2En 2025, la Russie a livré environ 38,8 milliards de mètres cubes de gaz naturel à la Chine via le gazoduc « Force de Sibérie  » (Power of Siberia 1). Depuis le 1er décembre 2024, le gazoduc fonctionne à sa pleine capacité contractuelle, soit un rythme annuel de 38 milliards de m3.

Le projet « Force de Sibérie 2 » dont le protocole d’accord a été signé en septembre 2025, vise une capacité supplémentaire de 50 milliards de m3. En 2025, pour la première fois, le volume de gaz exporté par Gazprom vers la Chine par gazoduc a été supérieur au total des exportations vers ses clients européens non limitrophes (Turquie incluse).

[3A la date du 4 avril, selon BFM TV, « 35 traversées avaient eu lieu. Par des navires appartenant à des armateurs grecs, dont huit à la seule société, Dynacom Tankers Management Ltd et par au moins 20 navires affiliés à la Chine et 13 à l’Inde. Certains navires semblent avoir pu traverser grâce à des autorisations accordées par l’Iran à des pays considérés comme alliés. »

« Des centaines de navires semblent attendre la fin du conflit, en raison du coût très élevé des assurances et des risques pour les équipages et les cargaisons. Selon l’organisme britannique UK Maritime Trade Operations, parmi les navires ayant signalé des attaques ou des activités suspectes dans la zone, environ la moitié sont liés à l’Europe ou aux États-Unis. »

Notons enfin que selon les données de navigation ouvertes consultables en ligne, le jeudi 2 avril dans l’après-midi, le Kribi, porte-conteneurs sous pavillon maltais du groupe français de transport maritime CMA CGM, et un méthanier japonais ont traversé le détroit d’Ormuz. d’Ouest en Est.

 

 

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