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Guerre en Iran. Sous la résilience économique chinoise, les craintes de l’instabilité
Malgré un arsenal de sanctions parmi les plus sévères au monde, le pétrole iranien continue de circuler à grande échelle. Son principal — et quasi unique — débouché est la Chine. Mais s’il est exact que Pékin dispose de sources alternatives pour son pétrole, elle importe aussi de la République islamique des minéraux et des produits métalliques ainsi que des produits dérivés semi-transformés notamment différents types de polyéthylène et d’autres produits pétrochimiques.
La prédominance des produits pétrochimiques et polymères témoigne de la demande soutenue des industries chinoises en matières premières et intrants de production, tandis que les exportations de minéraux et de métaux, dont le minerai de fer et ses concentrés, soulignent le rôle de l’Iran comme fournisseur de matières premières industrielles.
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Le 16 avril, le Bureau National des Statistiques affirmait que le PIB avait augmenté de + 5% par rapport au premier trimestre 2025, malgré les troubles liés à la guerre en Iran.
Les principaux moteurs de la croissance ont, en dépit des perturbations des marchés mondiaux du commerce et de l’énergie, été les fortes exportations de véhicules électriques (+ 78%), de batteries au lithium (+50%) et de technologies vertes, notamment les turbines pour éoliennes (+45%).
En moyenne, au cours du premier trimestre 2026, la valeur totale des exports chinois a augmenté de + 14,7% par rapport à la même période de 2025.
Cette année grâce aux capacités incomparables de son secteur productif moteur de ses exportations en forte hausse, les excédents de son commerce extérieur avaient atteint 1200 milliards de $.
Bien que la Chine reste dépendante du pétrole iranien qui représente environ 20 % de ses importations, mais seulement 2% de son mix énergétique, Pékin s’efforce depuis longtemps de diversifier ses sources d’approvisionnement, s’assurant une importante marge de manœuvre.
Elle a notamment anticipé la situation en accumulant des réserves pétrolières suffisantes pour compenser une rupture d’approvisionnement d’au moins quatre mois
Les déclarations du BNS étaient cependant assorties d’une mise en garde. La conjoncture extérieure était « volatile » et l’affaiblissement de la demande mondiale fortement impactée par la guerre en Iran pèserait sur l’économie, toujours fortement dépendante de ses exportations.
Selon Mao Shengyong commissaire adjoint du BNS, « La conjoncture extérieure est devenue plus complexe et instable, tandis que les déséquilibres structurels internes – caractérisés par une offre abondante et une demande faible – sont toujours très importants ».
Comme le souligne Simone Mc Carhy, spécialiste de La Chine à CNN, la Chine est la première grande économie mondiale à publier ses chiffres du PIB du premier trimestre depuis fin février, date du déclenchement de la guerre menée par les États-Unis et Israël contre l’Iran.
Le choc de l’inflation.
Le 1er avril llusieurs compagnies aériennes chinoises, dont Air China, ont annoncé une hausse de leurs tarifs sur leurs vols intérieurs à compter du 5 avril, en raison de la flambée des prix du kérosène liée à la guerre israélo-américaine contre l’Iran. Pour l’instant les hausses restent modestes à moins de 120 Yuan pour des vols de plus de 800 km
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Le conflit impacte les prix de l’énergie et des matières premières à l’origine d’une inflation qui ne sera pas sans effet sur le pouvoir d’achat des ménages déjà contraint par les effets persistants de la crise immobilière.
Au passage, tous les analystes soulignent que l’inflation par l’augmentation des coûts extérieurs ne correspond pas à un cycle vertueux anti-déflation.
Alors que la hausse des prix n’est pas induite par l’augmentation de la demande intérieure, mais par les surcouts des prix à la production répercutés sur les consommateurs dont le pouvoir d’achat est déjà en recul, la tendance pourrait aggraver le ralentissement de l’économie en pesant davantage sur le pouvoir d’achat.
C’est ce que souligne Joe Peissel, analyste macroéconomique au Cabinet-conseil Trivium China, « L’augmentation des coûts à la production comprime les marges au lieu de les accroître et réduit le revenu disponible des ménages sans améliorer la confiance des consommateurs ni leur propension à dépenser ».
Autrement dit, il est exact que, jusqu’à présent, la Chine, premier importateur mondial d’énergie, a mieux résisté que certains de ses voisins asiatiques au choc énergétique mondial provoqué par la guerre du Golfe.
Mais face à l’instabilité persistante des marchés mondiaux des carburants, dans un contexte de cessez-le-feu fragile entre les États-Unis et l’Iran, alors que Washington vient d’imposer un blocus militaire visant d’abord les exportations iraniennes, pour Pékin, les enjeux du conflit augmentent.
Même si l’agence centrale de planification économique chinoise est intervenue à plusieurs reprises pour atténuer l’impact en Chine de la flambée des prix mondiaux du diesel et de l’essence, les répercussions se font déjà sentir sur l’économie.
Les compagnies aériennes ont dû augmenter leurs tarifs dans un contexte où, en mars 2026, le coût moyen des transports était en hausse de 10 % par rapport à l’année dernière.
Par ailleurs, l’état des ventes de détail publié par le BNS montrent un ralentissement en mars, avec, par rapport à 2025, une croissance de seulement + 1,7 % contre + 2,8 % au cours des deux premiers mois de l’année.
Selon Ying Zhang, analyste à l’Economist Intelligence Unit, « la dynamique des ventes au détail en Chine s’essouffle à mesure que les effets des subventions (1) diminuent et que la demande automobile fléchit. »
Une autre indication prouvant que Pékin s’inquiète des effets de la poursuite de la guerre sur son économie est qu’après le premier échec des pourparlers au Pakistan, l’appareil a proposé un nouveau plan de paix, cette fois en quatre points, mais dont les termes toujours très généraux, continuent à ne pas tenir compte, au moins officiellement, des exigences contradictoires des acteurs.
L’influence chinoise en porte à faux et l’urgence de faire la paix.
Notamment le plan chinois ne dit mot ni de la question palestinienne, ni du programme nucléaire militaire iranien ou du rôle des proxys terroristes de Téhéran au Liban, au Yémen et à Gaza.
On y lit qu’il faudrait : 1) Préserver la coexistence pacifique et privilégier la diplomatie aux solutions militaires ; 2) Respecter la souveraineté, la sécurité et l’intégrité territoriale de l’Iran. 3) Concilier les impératifs de sécurité et ceux de la stabilité économique ; 4) Sauvegarder l’ordre international fondé sur des règles pour empêcher le retour de la loi de la jungle.
Enfin, dernière indication confirmant l’inquiétude exprimée par le communiqué du BNS du 16 avril, après sa rencontre avec Xi Jinping, le 15 avril, le MAE russe Serguei Lavrov a clairement fait savoir, au cours d’une conférence de presse, que Moscou pourrait « compenser » les pénuries d’énergie de la Chine, conséquences de la perturbation du trafic maritime dans le détroit d’Ormuz.
Au total, tandis que la Maison blanche prépare le déplacement crucial, déjà reporté, du président Trump pour rencontrer Xi Jinping à Pékin, la pression augmente sur la deuxième économie mondiale, devenue de plus en plus dépendante à la demande extérieure, alors que la hausse des prix mondiaux des carburants se fait globalement sentir, impactant aussi la vaste puissance industrielle de la Chine dont les coûts de production augmentent.
Les perturbations de la guerre en Iran dépassent même la question de l’énergie menaçant aussi ses constructions d’infrastructures un des leviers d’influence traditionnels de Pékin dans la région.
Selon une analyse récente d’AidData, un centre de recherche de l’Université William & Mary en Virginie, les infrastructures financées par la Chine qui ont été ciblées ou qui risquent de l’être dans la région par l’Iran ou la coalition Israël - États-Unis représentent un total d’environ 6,5 milliards de dollars, illustrant l’ampleur de l’exposition financière de la Chine ou les risques pris par les préteurs publics ou privés aux compagnies de construction chinoises.
Les destructions en cours ou à venir, non seulement par les frappes massives de Tsahal et du Pentagone, mais également par les ripostes de Téhéran touchent des ports, des centrales électriques, de usines de dessalement, des raffineries, des installations pétrochimiques, ainsi que des infrastructures aéroportuaires au Qatar, à Oman, aux Émirats arabes unis, en Arabie saoudite, en Iran et en Israël.
L’ampleur des dégâts mesurés chaque jour par les planificateurs chinois explique l’empressement de Pékin à tenter de mettre fin au conflit.
Citée plus haut, la dernière proposition formelle de paix en quatre points de Xi Jinping, mais qui sont autant de vœux pieux, a été faite au prince héritier des Émirats Sheikh Khaled bin Mohamed en visite à Pékin du 12 au 14 avril en même temps que le Russe Serguei Lavrov et l’Espagnol Pedro Sanchez tous deux, fervents critiques des attaques menées contre l’Iran par Israël et les États-Unis.
Le malentendu d’Ormuz. Un soulagement précaire.
Au nord d’Oman à l’entrée du golfe persique la zone minée par l’Iran qui oblige le trafic à longer les côtes iraniennes pour imposer un péage.
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Alors que subsistent nombre de malentendus et de probables intentions cachées, le 17 avril a apporté un net soulagement en Chine, aux États-Unis, dans tout le Moyen Orient et à l’ensemble du monde qui craignaient un emballement militaire catastrophique dans le sillage d’un nouveau choc pétrolier.
Vers 15h 00, Abbas Araqchi le ministre des Affaires étrangères iranien, qui adoptait le mode de communication de D.Trump, déclarait sur la plateforme X que le détroit d’Ormuz était ouvert à la circulation maritime et le resterait pendant toute la durée du cessez-le-feu conclu avec les États-Unis.
L’annonce a électrisé la planète financière de Wall Street. Le Dow Jones, le Nasdaq et S&P gagnaient respectivement + 2,09%, + 1,54 % et + 1,33%.
Surtout, bonne aubaine pour la Chine et tous les importateurs de pétrole, soulagés par la perspective de désescalade, le baril de Brent de la mer du Nord et son équivalent américain le WTI (West Texas Intermediate) dévissaient respectivement de 12 % et 13 % pour se stabiliser à 86,42 et 81,40 $, alors que le 20 mars et début avril, ils valaient respectivement 111 et 96 $.
Pour autant les inquiétudes ne sont pas complètement dissipées. Après la déclaration iranienne, D. Trump annonçait que le blocus militaire américain dans le golfe d’Oman à l’Est du Détroit resterait en place tant que les négociations avec Téhéran ne seraient pas achevées.
Plus encore, alors que l’ouverture du Détroit par Téhéran semble avoir été obtenue au profit du Hezbollah très loin d’être désarmé, en échange de la promesse extorquée par D.Trump au Président Netanyahu dans la nuit du 16 au 17 avril, d’une trêve de dix jours au Liban, la réalité est que le passage d’Ormuz reste étroitement contrôlé par les Gardiens de la révolution.
En définissant une zone minée à la pointe nord d’Oman dans les eaux territoriales du Sultanat désignée sous le vocable « Hazardous Area, restrictif for all trafic » Téhéran contraint le trafic maritime à longer les côtes iraniennes pour acquitter un droit de passage vers le golfe persique imposé de 1 $ le baril.
Note.
1.- Ying Zhang faisait référence au programme d’échange de biens de consommation (reprise des véhicules anciens et des équipements électroménager - climatiseurs, réfrigérateurs, machines à laver etc..) lancé par Pékin en 2024 pour stimuler les dépenses internes.
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