Cliquez ici pour générer le PDF de cet article :
›› Société
Plus de 80 morts dans un accident de mine au Shanxi. Graves manquements aux règles de sécurité
Sauveteurs à pied d’œuvre le 23 mai
*
Le 22 mai à 19h 29, heure locale - 13h 29 en France - a eu lieu dans la mine de charbon de Liushenyu du conté de Qinyuan, dans la province du Shanxi à 500 km au Sud-Ouest de Pékin, la pire catastrophe minière depuis 2009.
Aux dernières mises à jour du 24 mai, l’explosion a tué 82 mineurs, au milieu des 247 autres alors au travail dans la mine.
La première réaction des autorités fut de minimiser la gravité de l’accident. Le nombre officiel des victimes admis par Chine Nouvelle n’avait d’abord été que de huit, tandis que le soir du désastre, le 22 mai, l’agence annonçait que « plus de 200 autres mineurs parmi les 247 travaillant au fond avaient été secourus ».
Mais peu après la déclaration de Xi Jinping du samedi 23 mai, ayant clairement montré que les camouflages n’étaient pas de mise, le bilan officiel des décès a été revu à la hausse, avec de nouveaux chiffres annoncés toutes les quelques minutes.
Coïncidence néfaste, le drame a eu lieu, dans la province qui produit 25 % de charbon du pays, moins de deux mois après la déclaration du 6 avril de Xi Jinping au Comité Central ayant rappelé que la production électrique au charbon 煤炭发电 demeurerait longtemps 仍将 la pierre angulaire 基石du système énergétique 能源系统 chinois.
Un des mineurs atteint par le désastre a raconté sur CCTV « qu’il avait compris que quelque chose n’allait pas lorsqu’il a vu une épaisse fumée et senti une forte odeur de soufre, comme celle des feux d’artifice ».
« J’ai crié aux autres de courir. Des gens suffoquaient noyés dans la fumée ; Puis j’ai perdu connaissance moi aussi » (…) « Plus tard, après être resté allongé là pendant environ une heure, je me suis réveillé… et j’ai réveillé les autres, et nous avons quitté la mine ensemble. »
Le 23 mai, tôt dans la journée, le président a appelé à une « opération de sauvetage massive » ; En même temps il a insisté sur la nécessité d’une « enquête approfondie », ajoutant que les « responsables allaient devoir rendre des comptes ». Il n’avait pas tort.
Négligences de l’exploitant et efficacité des secours.
Prise le 23 mai 2026, la photo montre le départ d’une équipe de sauvetage, vers les entrailles de la mine accidentée.(Xinhua/Cao Yang)
*
La catastrophe de Liushenyu est la dernière d’une longue série d’incidents dévastateurs et meurtriers liés à l’exploitation du charbon en Chine. Le début des années 2000 avait été marqué par de nombreux accidents miniers ayant souvent provoqué plus d’une centaine de victimes.
En 2024, après l’accident d’une mine à ciel ouvert à Alxa en Mongolie intérieure qui avait tué 53 mineurs ensevelis ou mortellement blessés par un glissement de terrain, l’administration nationale de la sécurité des mines avait inscrit Liushenyu sur la liste de plus d’un millier de sites à hauts risques (全国灾害严重生产煤矿名单) en raison du niveau élevé de gaz (grisou) 煤与瓦斯突出 nécessitant une vigilance et des mesures de sécurité accrues.
La note recommandait explicitement de réévaluer le niveau de risque du site et d’y appliquer le principe de précaution maximum.
Depuis, la situation s’est améliorée, grâce au renforcement des réglementations et des inspections. Mais dans ce secteur encore en partie anarchique, les tragédies continuent de se produire – généralement suivies d’appels du gouvernement central à une plus grande responsabilisation et à un meilleur contrôle.
Mais, à l’évidence, à la mine de Liushenyu, les consignes n’ont pas été appliquées avec toute la rigueur nécessaire. Selon un responsable local de Changzhi à 60 km de l’accident, « les conclusions préliminaires indiquent que Shanxi Tongzhou Coal & Coke Group, la compagnie qui exploite la mine, s’est rendue coupable de sérieuses violations des consignes de sécurité. »
Logiquement les regards se tournent vers le groupe et son PDG, une personnalité reconnue et respectée au Shanxi..
Shanxi Tongzhou Coal & Coke Group, 山西通洲集团 fondé en 1995 est une société par actions à responsabilité limitée qui gère des activités d’extraction du charbon, de lavage, de cokéfaction et de production de dérivés chimiques.
Son actionnaire majoritaire Ren Tiezhu, 任铁柱, 67 ans, entrepreneur privé local, milliardaire en Yuan, qui détient 79,6% des parts, s’est fortement impliqué dans la vie politique et économique locale et régionale.
Ancien mineur lui-même dès l’âge de 13 ans, reconverti dans le commerce de bétail avant de fonder son groupe, il a été député du Congrès du peuple de la province du Shanxi, et entre autres, Président de l’Association de l’industrie métallurgique de Changzhi. Le parti l’a reconnu comme « travailleur modèle et entrepreneur exceptionnel de la province du Shanxi ».
Selon les informations publiques, Ren Tiezhu s’est longtemps investi dans des actions caritatives et sociales, notamment dans les domaines de la construction rurale, de l’aide à l’éducation, de la lutte contre la pauvreté et des secours en cas de catastrophe, pour un montant total d’investissements caritatifs dépassant 120 millions de yuans (15 millions d’€).
Entité privée, le groupe Shanxi Tongzhou Coal & Coke Group considéré comme l’une des 100 plus grandes entreprises du Shanxi, pèse plusieurs milliards de yuans d’actifs (127 millions d’€)..
Pour l’instant, compte tenu de la rareté des informations précises venant du site, il est difficile de dire si le bilan de 82 morts est définitif.
Constatons cependant qu’en dépit de la difficulté des opérations de secours, ralenties par l’inondation des tunnels, les effondrements dus à l’explosion, et la persistance des émanations de gaz, l’ampleur des moyens mis en œuvre ayant répondu sans délai à l’appel de Xi Jinping du 23 mai, témoignent que la tête du parti a à cœur de se montrer à la hauteur des émotions provoquées par l’accident.
A l’ œuvre à l’étage central, le ministère de la Gestion des situations d’urgence 中华人民共和国应急管理部créé en 2018, sous l’instigation de Xi Jinping. Département exécutif centralisé du Conseil des affaires d’État, il est chargé d’unifier les secours d’urgence à travers la Chine en cas de catastrophe naturelle (inondations, violences climatiques, séismes) ou d’accidents liés à la sécurité au travail.
• À lire dans la même rubrique
Le homard, nouvel enthousiasme des adeptes de la haute-technologie subventionnée par le pouvoir
[22 avril 2026] • Jean-Paul Yacine
Guerre en Iran. Que disent les réseaux sociaux ?
[17 mars 2026] • Jean-Paul Yacine
SHEIN, une invasion chinoise face à une Europe entravée
[19 novembre 2025] • Jean-Paul Yacine
Pied de nez à la police et au parti
[11 septembre 2025] • Jean-Paul Yacine
Pluies diluviennes et inondations
[6 août 2025] • Jean-Paul Yacine