Cliquez ici pour générer le PDF de cet article :
›› Chronique
Le phénomène de Harbin et le dérèglement climatique
Le phénomène Harbin, du 26 mai 2026. Capture d’écran d’une émission de France TV qui diffusait des vidéos prises par des habitants de la ville.
*
Fin mai, la ville de Harbin, capitale du Heilongjiang, près de la frontière russe, 8 millions d’habitants, située à 1200 km et 6 heures de TGV au nord de Pékin, a été frappée par un phénomène météorologique d’une rare violence.
Brutalement, prenant par surprise les services météo et la population, un mur de sable noir de plusieurs dizaines de mètres de haut, porté par des vents de 150 km/h s’est abattu sur la ville. Alors que la visibilité obscurcie par le sable était tombée a moins de 100 m, des toitures et des fenêtres ont été arrachées et des arbres déracinés, écrasant les voitures en stationnement.
Les experts météo ont expliqué la brutalité du phénomène par une instabilité thermique crée par le choc entre une masse d’air froid polaire et la masse d’air anormalement chaude pour la saison de la province, monté à 35º.
Un autre épisode de soudain obscurcissement de l’atmosphère de Harbin, plus vertueusement connue des touristes pour son éphémère et spectaculaire festival d’hiver de sculptures sur glace et sur neige, avait déjà eu lieu en octobre 2013.
Cette année, la mise en route du chauffage collectif urbain au charbon, combiné à l’absence totale de vent, avait plongé la ville dans un épais brouillard de particules fines concentré à 1000 microgrammes par m3, soit 40 fois le maximum recommandé par l’OMS.
Le choc de pollution qui avait réduit la visibilité à dix mètres, avait provoqué une avalanche de crises d’asthme et de troubles respiratoires aigües. Les transports avaient été paralysés et les écoles fermées, tandis que la ruée des habitants dans les pharmacies avait provoqué une rupture des stocks de masques.
Pour autant, quoique spectaculaire par sa soudaineté et sa violence, avec des scènes apocalyptiques de toitures effondrées, des coupures générales de courant, des records de chaleur, une visibilité réduite à 100 m, la force inhabituelle des bourrasques de vent, obligeant les passants à s’accrocher aux poteaux d’éclairage ou à la rambarde des ponts pour ne pas s’envoler, l’événement rapporté par les médias officiels, au milieu d’une avalanche de vidéos de particuliers relayées par les réseaux sociaux, n’a, selon Xinhua, fait aucune victime.
Ce n’est pas le cas des pluies torrentielles et des vents cycloniques qui frappent de plein fouet la Chine depuis la fin du printemps avec une violence extrême.
Vents violents et pluies torrentielles.
Villages inondés après la rupture du réservoir de Liulan provoquée par de fortes pluies à Hengzhou, 6 juillet 2026, AP Photo.
*
Pour le seul mois de mai, plus de 140 stations météo ont fait état de records absolus de précipitations. Les provinces les plus touchées ont été le Hubei et le Hunan, au centre en même temps que le Guangdong et le Guangxi, au sud entrainant des inondations dévastatrices qui ont détruit des digues et des réservoirs.
Dans la seule province méridionale du Guangxi, - les bilans sont provisoires - 39 personnes ont, au passage du typhon Maysak, été emportées par des inondations soudaines provoquées par la rupture, le 6 juillet, du barrage de Liulan à Hengzhou, près de Nanning.
Formé par une dépression tropicale en mer de chine méridionale, au nord des Paracels, Maysak a touché la Chine le 3 juillet à hauteur de Hainan. Le lendemain, il frappait le Guangxi.
Au même moment au Hubei, de violentes tornades ont tué au moins 11 personnes dans les villes de Huanggang et Huangshi à l’Est de Wuhan. Le lendemain, 7 juillet au Gansu, plus de 1000 km à l’ouest, un glissement de terrain a enseveli 21 personnes du village de Renzang près de la préfecture de Longnan, 300 km au sud de Lanzhou.
Début juillet, les pluies torrentielles de près de 200 mm en 24 heures ont même contraint la municipalité de Pékin à déclencher une « alerte Orange » en prévision de l’arrivée du cyclone Bavi. Formé début juillet, près de Guam et des îles Marianne, il a, après avoir frappé Taiwan, touché les côtes orientales de la Chine dans la soirée du 11 juillet à hauteur du Zhejiang et du Fujian, au sud de Shanghai, avec des vents de 145 km/h.
Dans la capitale, les transports urbains ont été en partie interrompus ; près de 100 00 résidents de la ville habitant des zones à risque ont été évacués ; 180 sites touristiques autant de zones de camping ont été fermés et la ville a fortement encouragé la population à limiter ses déplacements.
Le 12 juillet, le cyclone Bavi, rétrogradé en tempête tropicale, continuait à remonter vers le Nord et la Mer Jaune au Sud du Shandong. Mais après les torrents d’eau tombés sur Wenzhou et Yueqing au Zhejiang - entre 450 mm et 600 mm en 48 heures - les pluies ont diminué.
La violence des phénomènes météo qui frappent chaque année la Chine est au cœur des préoccupations du pouvoir. Elles ont clairement été rendues publiques dans le « Livre bleu sur le changement climatique » rédigé conjointement par le Centre National du Climat rattaché à l’Administration météorologique chinoise en collaboration avec le Ministère des Sciences et des Technologies et l’Académie chinoise des Sciences.
Le Livre Bleu sur le changement climatique.
中国气候变化蓝皮书.
Avec les embouchures du fleuve jaune et du Yangzi, le delta de la rivière des perles qui compte 55 millions d’habitants (en rouge les zones habitées) fait partie des zones les plus menacées par la montée des eaux.
Avec elles, les États insulaires (Pacifique et Océan Indien) ; l’Asie du Sud (deltas du Bangladesh et de l’Inde) ; l’Asie du Sud-Est (mégapoles et deltas) ; l’Égypte (delta du Nil) ; les côtes de l’Amérique du Nord (est et Golfe du Mexique) ; l’Europe du Nord et de l’Ouest (Pays-Bas, Venise, côtes du Royaume Uni) ; l’Afrique de l’Ouest (les zones côtières basses de Lagos - Nigeria -, d’Abidjan - Côte d’Ivoire - et de Saint-Louis - Sénégal - voient leur littoral s’éroder rapidement.)
*
Publié annuellement, sa version 2026, met à nouveau en évidence l’aggravation accélérée du dérèglement climatique dans la région et à l’échelle mondiale.
1. Températures : la Chine se réchauffe à un rythme plus rapide que la moyenne mondiale.
En 2025, classée en Chine comme l’année la plus chaude depuis 1850, la moyenne des températures dépassant celles de l’ère préindustrielle - les masses continentales se réchauffant 1,5 fois plus vite - était de +1,8 à +2,0º contre +1,47º pour la moyenne planétaire, selon le service européen Copernicus et +1,44º selon l’Organisation Météorologique Mondiale.
La période 2015-2025 est la tranche de dix ans la plus chaude jamais enregistrée dans l’histoire moderne chinoise. Et depuis le début du XXIe siècle, la fréquence et l’intensité des épisodes de chaleur extrême ont grimpé en flèche. À l’inverse, les épisodes de froid rigoureux ont nettement diminué depuis les années 1960.
2. Hausse du niveau de la mer
Le rapport confirme que la hausse du niveau des océans résultant du réchauffement et de la fonte des glaciers perceptible partout, est, avec +3,9 mm, parfois +4 mm par an mesurés entre 1990 et 2000, particulièrement sensible sur les côtes chinoises où elle est supérieure à la moyenne mondiale variant entre +3,3 et +3,6 mm par sur les dernières décennies. Au point qu’entre 1993 et 2011 le niveau de la mer s’est élevé de +84 mm, contre seulement +63 mm en moyenne ailleurs.
Le phénomène est accentué par l’affaissement des zones côtières sous le poids des infrastructures urbaines. Les trois grands deltas du pays du pays, celui du fleuve Jaune au Nord-est du Shandong, celui du Yangzi dans la région de Shanghai et celui de la Rivière des Perles dans la province de Canton, qui concentrent une part majeure de la population et du PIB chinois, sont les plus menacées.
Selon les travaux du GIEC, d’ici 2050, entre 50 et 60 millions de personnes vivant en Chine, notamment dans ces deltas, seront exposées à des risques d’inondations côtières annuelles ou permanente.
3. Précipitations
Depuis 1961, le nombre de jours de pluie diminue de 1 jour par décennie, mais les épisodes de précipitations sont plus intenses, augmentant le volume annuel des pluies de 6,3 mm tous les dix ans, multipliant ainsi les épisodes d’inondations.
4. Disparités régionales
Sous le coup de la fonte des glaciers des Tianshan et du Tibet, le plateau Qinghai-Xizang (Tibet), le Xinjiang, le Gansu et le Nord-ouest de la Mongolie Intérieure autrefois arides ou semi-arides ont tendance à s’humidifier.
Simultanément les pluies torrentielles périodiques modifient l’hygrométrie du Heilongjiang et du Liaoning, au Nord et au Nord-est. En même temps, la hausse des températures qui accélère l’évaporation, compense les pluies torrentielles qui frappent régulièrement le Centre, le Nord de la plaine centrale (Bassin du fleuve jaune, bassin de la rivière Hai, Hunan, Hebei), le Sichuan (Chongqing, Chengdu) et le Sud-ouest (Yunnan, Guizhou) dont la sècheresse s’aggrave.
• À lire dans la même rubrique
Guo Wengui, rattrapé par la justice américaine
[4 juillet 2026] • François Danjou
A Hong-Kong, la popularité des « Mamies-carton. »
[29 juin 2026] • Jean-Paul Yacine
« Hong Kong ne répond plus. ». L’image oubliée des humiliations
[19 mai 2026] • François Danjou
Iran : Au milieu du brouillard de la guerre, Pékin s’efforce de modeler à son avantage le paysage du Moyen-Orient
[6 avril 2026] • Jean-Paul Yacine
Le Royaume khmer enjeu de la rivalité sino-américaine, ravagé par les jeux en ligne
[16 janvier 2026] • Jean-Paul Yacine