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›› Société
Le Parti se crispe. L’heure n’est plus à l’humour et encore moins à la dérision
A 53 ans, Guo Degang, 郭德纲 qui a commencé à se produire sur scène à l’âge de 9 ans à Tianjin, est très populaire. En ouvrant une enquête sur lui, l’appareil lui signale les limites dans lesquelles il doit circonscrire son humour. Il est interdit de toucher aux mythes révolutionnaires et au pouvoir central. Source du montage photo Substrack Daily.
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Guo Degang, 郭德纲, 53 ans, un spécialiste du « stand-up », originaire de Tianjin, considéré comme l’un de humoristes les plus influents en Chine, fait aujourd’hui l’objet d’une enquête pour « atteinte aux bonnes mœurs. »
Sa faute ? Avoir improvisé fin juillet, lors d’un spectacle à Wuhan, un pastiche d’un célèbre chant révolutionnaire, en y plaquant ses propres paroles. L’objectivité oblige à dire que, compte tenu du contexte politique, elles n’étaient pas très prudentes et qu’elles n’avaient pas non plus la subtile malice de ses prestations de XiangSheng dont il est pourtant le spécialiste.
En attendant, ses spectacles ont tous été annulés.
L’une des toutes premières raisons invoquées par l’Appareil à Xi’an avant que la raison de la quarantaine devienne ostensiblement une sanction politique pour annuler ou reporter toutes ses autres représentations, fut d’abord un prétexte futile.
A Xi’an son spectacle a d’abord officiellement été annulé en raison de prétendus « problèmes de lieu », tandis que la société de promotion proposait même de rembourser les billets.
Mais les autres représentations de sa tournée ont été suspendues ou reportées après une enquête ouverte contre lui pour avoir sur scène, face à son public hilare, modifié les paroles d’une chanson révolutionnaire.
Guo est, entre autres, un adepte du « Pingshu 评书 » - spectacle de narration solitaire datant des Song (宋朝 - 960 - 1279 ap. JC) et du « XiangSheng 相声 sorte de Cross-Talk », dont les racines remontent à un art de rue codifié de la Dynastie Qing 清 朝 1644-1912 (voir la note, p.2 de l’article).
Apprécié par le pouvoir, Guo s’était, entre 2006 et 2008, produit chez lui à Tianjin dans des spectacles spéciaux au théâtre de l’Armée populaire de libération, au Stade et au Grand palais du peuple. De 2010 à 2012, il avait même animé l’émission à succès « 今夜有戏 - Jin Wan You Xi - Au spectacle ce soir - », sur la chaine de TV de Tianjin.
En 1996, Guo et d’autres artistes de Xiangsheng avaient créé l’Association DeYun 德云社 (mot à mot « Association de la vertu et des nuages ») destinée à mieux faire connaître leur art au public. Aujourd’hui, l’association, devenue un empire du divertissement en Chine, organise même régulièrement des tournées mondiales pour faire connaitre la culture traditionnelle chinoise à la diaspora et aux publics internationaux.
En 2026, pour son 30e anniversaire, DeYunShe s’est produite à Sydney, Melbourne, Singapour, Toronto, San Jose, Las Vegas, Londres, Francfort et même pour la première fois en Afrique, à Harare au Zimbabwe. D’autres spectacles prévus hors de Chine ont été mis en suspens.
Mais ce que le Parti reproche à Guo n’a rien à voir avec la tradition des XiangSheng, ni avec les homophonies.
Tout est calme.
L’entrée de ZhongNanHai, la « Nouvelle cité interdite » qui abrite les dirigeants chinois depuis 1949. On y voit la reproduction en caractères d’or sur fond rouge du slogan de Mao « Pour servir le peuple - 为 人民 服务 - ».
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Sa dérision à Wuhan touchait sans détour ni subtil sous-entendu, au cœur de la relation entre le Peuple et le Parti de plus en plus critiqué pour s’être claquemuré dans la nouvelle « Cite Interdite » de « ZhongNanHai », à seulement 300 m à l’Ouest de la porte sud surmontée du portait de Mao de l’ancien refuge mystérieux et impénétrable des souverains chinois.
Pastichant les premières paroles du chant révolutionnaire et patriotique que tous les Chinois connaissent « En jouant de mon Pipa bien aimé 弹起我心爱的土琵琶 » (1956), musique de fond du vieux classique de la filmographie révolutionnaire chinoise « Guérilla des chemins de fer 铁道游击队 », à Wuhan, Guo a chanté « 紫禁城里一片平静 Tout est calme dans la Cité interdite » au lieu de « 微山湖一片平静 Tout est calme sur le lac Weishan « (Au Shandong, d’une surface de 1200 km2, près de Jining, il s’agit plus grand lac d’eau douce de Chine du Nord).
Le bureau en charge de la culture et du tourisme à Wuhan, à l’origine de l’enquête officielle pour « atteinte aux bonne mœurs » a aussitôt publié le communiqué suivant « L’interprétation sur scène de Guo Degang ne correspondait pas 未列入 aux documents soumis pour approbation préalable 提交审批的材料中. Elle est susceptible d’enfreindre 违反 le règlement des prestations artistiques commerciales. 商业演出管理条例 »
Le message qui, sur un mode moins dramatique - Guo Degang n’a pas disparu pour être recadré par l’appareil - rappelle la mise au pas Jack Ma (lire : Jack Ma s’est évanoui. LA FOURMILIÈRE A PERDU SA REINE)), est sans ambiguïté.
On ne plaisante avec les mythes symboliques de l’histoire révolutionnaire et la critique de la Direction Centrale du Parti est hors des limites de la liberté laissée aux amuseurs publics même les plus populaires.
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NOTE sur l’art du XiangSheng
Spectacle de XiangSheng au théâtre de Tianjin.
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Aujourd’hui, extrêmement vivant et populaire, prisé y compris par un public jeune, le XiangSheng est devenu un miroir critique de la société chinoise.
L’exercice combine avec plus ou moins de bonheur et de subtilité des jeux de mots faciles et très populaires à partir des nombreuses homophonies de la langue. Les calembours expriment une satire sociale pas toujours légère et des observations sans concessions sur les contradictions et les malaises de de la vie quotidienne.
Une bonne partie de l’humour des XiangSheng se nourrit des jeux de mots à partir d’homophonies. Parmi les plus courants : panda 熊猫 Xióngmão / poil de torse, 胸毛 xiōngmáo ; raviolis 水饺 shuǐjiǎo / dormir 睡觉 shuìjiào ; mari 老公 lǎogōng / travailleur 劳工 láogōng.
Certains homophones servent à contourner la censure d’internet comme Héxiè, crabe de rivière 河蟹 qui, au ton de la 2e syllabe près, se prononce comme le mot « harmonie 和谐 », maître mot symbolique de la politique intérieure depuis Hu Jintao et Wen Jiabao (2004-2005).
Une autre homophonie créée de toute pièce par les Internautes est 草泥马 - cǎonímǎ- cheval de boue et d’herbe permet de contourner la censure automatique qui effacerait la très vulgaire insulte 肏你妈 cào nǐ mā « N….ta mère. »
Enfin, moins vulgaire et plus vertueux l’homophone du poisson Yú - 鱼 affiché sur les portes pour exprimer les souhaits d’abondance - Yú 余 -, lors du nouvel an.
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