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›› Editorial

Bichkek, New-Delhi, deux contrepoids stratégiques à l’Occident. Au-delà des apparences

Xi Jinping lors du sommet des BRICS. Photo MAE Indien via AP.

De gauche à droite : le ministre brésilien des Affaires étrangères Mauro Vieira, le dirigeant des Émirats arabes unis Cheikh Mohammed ben Zayed Al Nahyan, le président indonésien Prabowo Subianto, le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi, le président russe Vladimir Poutine, le Premier ministre indien Narendra Modi, le président chinois Xi Jinping, le président sud-africain Cyril Ramaphosa, le président iranien Massoud Pezeshkian et le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed Ali.

A cette occasion, le président chinois, toujours dans la rivalité avec Washington a, contre le modèle américain resté fermé et commercial, une nouvelle fois, proposé son projet de partage des technologies d’intelligence artificielle à travers le modèle de l’open source, propre à les rendre accessibles à l’ensemble de la communauté internationale.

Rappelons cependant que l’Open source fut le moyen utilisé par Liang Wenfeng, créateur de DeepSeek, pour s’exonérer de la très couteuse étape de R&D, principal gisement des économies de la fabrication de son modèle alternatif rivalisant avec ChattGPT. https://www.questionchine.net/la-bourrasque-mondiale-de-deepseek-la-version-chinoise-lowcost-de-chat-gp


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Récemment, le Président Xi Jinping s’est rendu coup sur coup au sommet de l’Organisation de Coopération de Shanghai (O.C.S) à Bichkek du 31 août au 1er septembre et à celui des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud) à New Delhi, du 12 au 13 septembre.

Dans l’actuelle atmosphère de rivalités stratégiques sino-américaines extrêmes, il n’est pas anodin de rappeler que les deux voyages du Président chinois eurent lieu presqu’en même temps que la visite éclair à Moscou du Directeur de la CIA John Ratcliff, le 25 août, et que celle de l’équipe Jared Kushner et Steve Witkoff émissaires de D.Trump, le 5 septembre, qui contrairement à Ratcliff ont été reçus par Vladimir Poutine, avant de se rendre à Kiev.

Enfin, fond de tableau éruptif au potentiel incendiaire contagieux, les deux déplacements du Président Xi Jinping, ont eu lieu à un moment où les États-Unis et l’Iran ont repris leurs frappes réciproques, après une pause dans les combats pendant une grande partie du mois d’août.

Il est aussi important de noter que ces deux enceintes de dialogue réunissent à la fois des participants engagés dans un très violent conflit armé avec les États-Unis, comme l’Iran, et d’autres avec lesquels, c’est le cas de la Russie, Washington nourrit une relation en dents de scie, balançant, au gré des tête-à-queue stratégiques de D-Trump, entre l’espoir aléatoire d’un règlement de la guerre en Ukraine et des tensions sous-jacentes d’un conflit enlisé et violemment enflammé par l’usage des drones et des échanges de frappes par les belligérants ciblant les territoires de la Russie et de l’Ukraine.

En même temps, conséquence inhérente à la défiance à l’Amérique qui présida à leur création (1) aucune des deux enceintes n’accueille les États-Unis et leurs alliés des pays de l’UE.

Autrement dit, la succession des deux sommets à Bichkek et New-Delhi illustre l’affirmation politique et économique du Sud global, contrepoids stratégique à l’Occident, patronnée par la Chine, la Russie, l’Inde et l’Afrique du Sud, auxquels s’est récemment agrégé l’Iran, avec cependant d’importantes nuances internes.

L’OCS et les BRICS. Fractures et rivalités de puissances.

La photo date du 9e sommet des BRICS du 4 septembre 2017, à Xiamen par REUTERS. S’il est vrai que dix ans plus tard, les deux ont corrigé l’apparence de leurs relations publiques, il n’en reste pas moins qu’entre eux subsistent de profondes dissensions à propos de leurs frontières et de la question tibétaine. Par-dessus tout, les deux sont engagés dans une compétition géopolitique où New-Delhi résiste à l’influence de la Chine dans un contexte où les deux rivalisent d’influence dans les pays du sud-global pour s’assurer des marchés et la maitrise de leurs approvisionnements en matières premières


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S’il est exact que, face à l’enlisement des conflits au Proche-Orient et en Europe, les membres de l’OCS et des BRICS rappellent leur hostilité à la stratégie des sanctions et leur rejet de la toute-puissance planétaire occidentale, sous l’égide du G7 et des États-Unis, il n’en est pas moins vrai qu’en leur sein s’est creusé un fossé entre deux tendances.

La première dont les chefs de file sont la Chine, la Russie et l’Iran, regroupe les « révisionnistes » rassemblés en un front anti-occidental ayant clairement l’objectif de remplacer les actuelles instances multinationales dominées par l’Occident. Au passage, la présence de la Chine dans ce groupe contredit son discours par lequel elle se présente elle-même comme un pôle de stabilité.

Le deuxième groupe dominé par l’Inde, le Brésil, les Émirats et l’Afrique du Sud, n’a pas d’ambition révisionniste, mais elle revendique une autonomie stratégique qu’elle tente de valoriser pour se protéger à la fois des deux hégémonies concurrentes de Washington et de Pékin, assez souvent en tirant profit de leurs rivalités.

Les rivalités, c’est précisément là où le bât blesse.

A Bichkek, le 31 août, face aux membres de l’OCS (40 % de la population du Monde et 23 % de son PIB), António Guterres, Secrétaire Général de l’ONU, dont le Conseil de Sécurité est aujourd’hui paralysé par les vétos insistants des révisionnistes chinois et russe, a d’abord pointé du doigt l’émergence de nouvelles forces mal représentées au sein des anciennes institutions datant de l’après-guerre (ONU, UNESCO, 1945 ; UNICEF, 1946 ; Banque Mondiale et FMI, 1947 ; OMS, 1948).

Mais en même temps, mesurant les risques évidents des compétitions de puissances aujourd’hui à l’œuvre, il a, allusion voilée à la Chine et à la Russie, renouvelé l’exigence que la transition vers des institutions rénovées plus équilibrées et plus représentatives d’un monde multipolaire, ne débouche pas sur de nouvelles hégémonies exclusives.

Concrètement, mais sans illusion sur sa capacité à faire cesser les combats par son seul verbe, il a évoqué les conflits en cours.

Pour l’Ukraine, face à Vladimir Poutine dans la salle, il appelé à la raison : « Il est grand temps d’instaurer un cessez-le-feu total et immédiat. Celui-ci devrait ouvrir la voie à des négociations en vue d’une paix juste, durable et globale. »

Pour le Moyen-Orient, sans surprise, ciblant d’abord Washington et Téhéran, il a appelé au respect du cessez-le feu et à liberté de navigation dans les détroits d’Ormuz et de Bab-Al-Mandeb. En même temps, il a exhorté Tel-Aviv à lever son emprise sur Gaza, obstacle à l’aide humanitaire et à cesser l’expansion des colonies en Cisjordanie, réaffirmant que la seule paix durable dans la région ne pourrait découler que de l’établissement de deux États vivant côte à côte.

Xi Jinping, sagesse morale vertueuse et contradictions.

Le président iranien, Hassan Rohani, serre la main au président chinois, Xi Jinping, le 23 janvier 2016 à Téhéran. Photo : La Presse canadienne / AP/Ebrahim Noroozi. La proximité entre Pékin et Téhéran sur fond d’anti-américanisme est une constante, parfois modérée par les pressions de Washington, depuis l’avènement au pouvoir de l’ayatollah Khomeini en 1979. Des 1980, Pékin devint un important fournisseur d’armes du régime iranien au cours de la guerre Iran - Irak (1980-1988).

A partir des années 2010, la Chine animée d’un projet révisionniste de reconstruire un nouvel ordre mondial en rupture avec l’Occident, s’est rapproché de l’Iran isolé et sous sanctions. C’est bien cette connivence anti-américaine qui fut l’un des ferments de leur partenariat stratégique de long terme. Signé en 2021 pour 25 ans, il prévoyait 400 milliards d’investissements chinois sur 25 ans, dans les hydrocarbures et les réseaux ferres et routiers ainsi qu’une coopération militaire, y compris des exercices conjoints et le partage de renseignements sensibles.


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Dans ce contexte à la fois confus, explosif et en même temps articulé, au Moyen-Orient comme en Europe, à la compétition existentielle des souverainetés créant l’obstination rigide des postures, le Président Xi Jinping est resté fidèle au choix stratégique de la Chine d’un discours articulé à la sagesse morale de promouvoir la stabilité et la paix au milieu des violences.

A New-Delhi, notamment, relevé par tous les commentaires, il a exhorté les BRICS à se placer « du bon côté de l’histoire  » pour rejeter le repliement nationaliste protectionniste et jouer un rôle actif de médiation. Son objectif : promouvoir la paix et surtout réformer la gouvernance mondiale.
Pour autant rares sont les commentaires ayant noté la contradiction de la posture chinoise se réclamant à la fois de la stabilité globale et de son exact antipode révisionniste anti-occidental dont Xi Jinping allié à Moscou, à la Corée du Nord et à l’Iran est progressivement devenu le plus actif porte-parole.

Surtout, les analyses des nouveaux rapports de force uniquement articulées à la rivalité des grandes masses d’alliances, passent sous silence que le projet de Xi Jinping d’installer la Chine au sommet des puissances mondiales en 2049, ne s’embarrasse pas de la nature de ses alliés pour peu qu’ils soient anti-américains.

Pourtant, sur les pratiques même du régime de Téhéran, les informations ne manquent pas. Selon le Comité de Soutien aux Droits de l’Homme en Iran (CSDHI), dont le représentant en France est Hamid Assadolahi. Militant depuis 2004 pour la dignité, la liberté et les droits fondamentaux du peuple iranien, il vient de rappeler que, depuis janvier 2026, tirant profit du silence international, près d’un millier de personnes ont été exécutées par pendaison en Iran.

(Pour cette autre face du contexte récent, lire : https://www.questionchine.net/chine-iran-contre-l-occident-l-alliance-de-l-agnostique-et-du-martyr )

Note.

1.- Depuis 2013, les réunions de l’OCS et des BRICS, parfois organisées de manière conjointe comme en juillet 2015 à Oufa en Russie, sous la présidence tournante de Moscou, s’imposent comme des évènements stratégiques de promotion d’un « Monde multipolaire » et comme les prémisses d’une structuration internationale alternative aux institutions dominées par l’Occident.

En quinze ans après l’arrivée de Xi Jinping à la tête du parti à l’automne 2012 et à la présidence en mars 2013, les deux enceintes se sont considérablement étoffées. Alors qu’en 2011, l’Afrique du Sud rejoignait les BRICS (D’où le rajout du « S » au premier acronyme « BRIC » pour Brésil, Russie, Inde et Chine), en 2023, le groupe a accueilli l’Arabie Saoudite qui, pour ménager son allié américain, insiste pour qu’on ne la considère que comme « pays invité » - et de 2024 à 2025, l’Égypte, l’Iran, les Émirats arabes unis, l’Éthiopie et l’Indonésie, portant le nombre des membres à dix.

L’OCS a suivi le même chemin après sa création en 1996 avec 5 membres fondateurs qui furent la Chine, la Russie, le Kazakhstan, le Kirghizistan, Tadjikistan. L’Ouzbékistan a rejoint le groupe en 2001, peu après la fondation de l’OCS , héritier « Groupe de Shanghai  » de 1996, dont quatre appartenaient à l’ancienne Asie Centrale soviétique.

Pour Moscou et Pékin, le but à peine voilé était déjà de faire pièce à l’entrisme américain sur les frontières de la Russie et de la Chine. ( Pour la mise en perspective globale, lire notre article de juillet 2016 : https://www.questionchine.net/le-grand-jeu-global-inversion-des-normes-strategiques-realites-economiques-et )

En 2017, au sommet d’Astana l’intégration de l’Inde et du Pakistan a porté le nombre de membre à huit. En 2023, arrive l’Iran et en 2024, le Belarus.

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Au-delà d’installer un contrepoids stratégique des pays émergents, l’OCS et les BRICS offrent aussi des opportunités de coopération antiterroriste et des moyens concrets de développement.

La Nouvelle Banque de Développement créée par les BRICS (https://questionchine.net/la-force-des-symboles-le-declin-de-l-occident-et-la-montee-en-puissance-du-sud?artpage=2-3) finance des infrastructures en marge des contraintes politiques et financières de la Banque Mondial et du FMI.

En même temps, la Banque favorise la fluidité des échanges par le développement de réseaux ferroviaires.

Parallèlement, les deux s’efforcent de réduire leur dépendance à l’égard du Dollar, avec cependant un succès mitigé. Face à la Domination et à la convertibilité libre du Dollar, l’absence de monnaie unique des BRICS reste en effet le principal handicap, même au sein des BRICS et de l’OCS.

Pour autant, la tendance aux paiements alternatifs se développe rapidement. Entre la Chine et la Russie 99 % des paiements sont libellés en Yuan ou en roubles. D’autres accords similaires existent entre le Brésil, la Chine et l’Inde pour les paiements des livraisons d’énergie.

Enfin, au sein de l’OCS se sont développés des systèmes de paiements directs, échappant au canal de communication sécurisé du système SWIFT, piloté et surveillé par les banques centrales.

 

 

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