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›› Editorial
Tensions Chine-Europe. Tournant le dos aux illusions, Bruxelles cherche toujours sa voie entre le dialogue et la fermeté
Le commissaire européen au Commerce Maros Sefcovic (à droite) et son homologue chinois Wang Wentaom sont les deux acteurs visibles récents d’une rivalité commerciale systémique dont la force n’a cessé de s’amplifier depuis la fin des années 90.
Alors que Wang Wentao a récemment menacé l’UE de représailles, Sefcovic a quand même conduit avec lui un dialogue commercial lancé en juin 2026, poursuivi à Pékin les 8 et 9 octobre.
La déclaration officielle commune du 10 octobre a confirmé que les deux parties souhaitent équilibrer leur commerce. Alors que les questions du gigantesque déficit de l’UE et du déséquilibre du commerce sont très loin d’être réglées, l’UE a notablement durci ses attitudes anti-dumping par un vaste arsenal de restrictions.
La route du rééquilibrage pourrait être une longue source de tensions. Une prochaine réunion entre les deux est prévue en mars 2027. PHOTOS PEDRO PARDO, ANNABELLE GORDON/AFP
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Le 27 avril dernier, Wang Wentao, le ministère chinois du Commerce avertissait que l’Union Européenne « ne devait pas sous-estimer la détermination et la capacité de la Chine à défendre ses intérêts ».
En cause le projet de Bruxelles de réindustrialiser le Vieux Continent en obligeant les acteurs européens des secteurs stratégiques à incorporer à leurs productions un pourcentage minimum de composants critiques originaires d’Europe pour bénéficier des subventions et prétendre aux marchés publics.
L’agressivité de Wang Wentao exprimait l’inquiétude de Pékin que cesse l’ouverture du marché européen aux produits chinois subventionnés. Le message était clair. Les décisions européennes devaient aussi se préoccuper des intérêts du partenaire chinois. « Si l’UE ignore les suggestions de la Chine et insiste pour faire adopter ce texte, portant ainsi préjudice aux intérêts des entreprises chinoises, la Chine n’aura d’autre choix que de prendre des contre-mesures ».
En moins d’un an, le changement de ton radical du ministre signalait où se situait l’attention stratégique de Pékin. Le point focal était Washington. L’Europe, conglomérat commercial sans puissance, pouvait être menacée sans risques majeurs.
Le 27 juin 2025, trois jours après le cessez-le-feu imposé par D. Trump ayant mis fin à la guerre des 12 jours contre l’Iran du 13 au 24 juin 2025, Wang exprimait clairement la volonté de la Chine d’apaiser les relations sino-américaines. La déclaration suivait la promesse de l’appareil de livrer des terres rares aux États-Unis. https://www.questionchine.net/au-dela-des-postures-une-volonte-d-apaisement-sino-americaine
Après avoir mis en évidence la faiblesse stratégique de l’Europe, la séquence, marquée par le ton de Wang Wentao, variable selon qu’il s’adressait à Washington ou aux Européens, dessinait l’arrière-plan d’un raidissement réactif de Bruxelles face à l’invasion des exportations chinoises (véhicules électriques, batteries, technologies d’énergies décarbonées - panneaux solaires, pompes à chaleur -)
Six mois après les menaces de Wang, le dialogue Chine-UE n’a pas été interrompu, mais Bruxelles n’a pas cédé aux injonctions chinoises. La fermeté européenne illustrait une relation devenue critique, marquée par la défiance réciproque.
Différends commerciaux et dialogue de sourds.
Alors que depuis 2012 rappelé en 2017, Xi Jinping poursuit son « rêve chinois » de hisser la Chine au premier rang des puissances mondiales, les rivalités se cristallisent en Europe, entité commerciale sans puissance stratégique, autour de la submersion des exportations chinoises.
Pour la première fois depuis les années 90, l’UE a entrepris de les contrôler par une série de sérieuses restrictions contre le dumping systématique portant en partie la puissance des exportations chinoises.
Sans surprise, le barrage crée des tensions avec Pékin qui riposte par un discours en deux temps. Bruxelles est accusé de protectionnisme contraire aux règles du libre commerce ; et de faire porter à la Chine la responsabilité des dysfonctionnements de son système économique.
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L’UE estime que les surcapacités industrielles chinoises exportées en Europe et les conditions de concurrence déséquilibrées à l’origine d’un déficit commercial dépassant 360 milliards d’€, fragilisent l’industrie européenne.
Un des signes les plus évidents du durcissement de l’Europe à l’égard de la Chine est le changement de posture de Berlin, marquant un contraste catégorique avec l’époque de la « Lune de miel » - 2010-2015 - entre Angela Merkel et Wen Jiabao, puis Li Keqiang, décédé en 2023.
Le 14 octobre 2026 le Chancelier Merz déclarait au Bundestag « l’Allemagne et l’Europe ne resteront plus les bras croisés face aux atteintes à notre économie commises par d’autres pays, notamment par des subventions excessives, des dévaluations artificielles des monnaies, des surcapacités et des prix agressifs ».
Lire, notre article sur la fin progressive des illusions allemandes. https://www.questionchine.net/la-chine-l-europe-l-allemagne-et-la-france
Merz a insisté sur l’importance de ses visites - actuellement en cours - à Singapour, en Corée du Sud et au Japon, pays qu’il a qualifiés de « cruciaux pour réduire les dépendances unilatérales critiques ».
Face au ton combatif des Européens qui ripostait aux menaces de Wang Wentao, les médias publics chinois cités par l’Institut Merics, https://merics.org/en/merics-briefs/merics-china-essentials-special-issue-eu-china-economic-relations-enter-critical, attribuaient la responsabilité des tensions commerciales à l’Europe elle-même.
Le 7 octobre 2026, répétant une ligne éditoriale en vogue depuis 2024, un éditorial du China Daily affirmait que les difficultés commerciales européennes provenaient de plusieurs facteurs internes à l’UE, et non pas de la Chine. Il ajoutait que les restrictions et les pressions de Bruxelles, perçues comme un virage protectionniste, aggraveraient les différends commerciaux.
Au même moment, le Quotidien du Peuple, où perçait l’irritation chinoise suscitée par les récentes ripostes européennes, écrivait même que la Chine pourrait aider à relever les « défis de développement » de l’Europe.
Pour autant, au-delà des postures, la question de la fermeté européenne et de sa cohérence face à la Chine dans la durée, reste entière.
Un Conseil européen entre compromis et intransigeance.
Publié par en juin 2024) par Les Echos. Des voitures électriques chinoises prêtes à être exportées au port de Lianyungang, dans la province du Jiangsu (Est de la Chine). Les accords conclus en 2026, n’auront qu’un impact partiel. S’ils imposent à Pékin de réduire de 50 % l’export des hybrides, avec cependant une marge de croissance annuelle de 6 %, rien n’a été conclu pour les « tout électriques » auxquels Bruxelles continue d’appliquer les taxes compensatoires. (Photo : Wang Chun/CFOTO/Sipa USA/SIPA)
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Lors du Conseil Européen des 15 et 16 octobre 2026, les alertes ont confirmé les craintes européennes autour du déficit commercial et des capacités chinoises de faire pression.
L’offensive chinoise cible certaines exportations européennes (produits agricoles, articles de luxe, visant la France, voitures haut-gammes allemandes, tourisme chinois en Europe). Elle agitait la menace déjà mise en œuvre par Pékin de contingenter ses exportations de minéraux critiques (terres rares et les aimants permanents, tungstène, gallium, germanium et graphite) indispensables aux secteurs stratégiques européens (automobile, batteries, semi-conducteurs, énergies renouvelables et défense.)
Pour l’heure les accords conclus sont maigres.
Ils concernent la limitation de 50 % de l’exportation vers l’Europe des voitures hybrides (350 000 unités avec une hausse de 6% par an) mais rien sur les « tout électriques » ; la réduction des droits de douane sur 4 milliards d’exports européens vers la Chine soit 0,6% à peine symboliques, notamment pièces détachées automobiles et huile d’olive ;
Le maintien des droits compensateurs européens appliqués aux véhicules « tout électriques » secteur pour l’instant non traité par les dialogues ; et la promesse chinoise, en même temps un levier de pression pour la Chine qui « garde un doigt sur l’interrupteur » - de faciliter la délivrance de licences d’exportation de terres rares.
Alors que le raidissement européen est à ce state plus dans les intentions et la posture, les deux parties qui disent vouloir tenir à distance l’escalade des restrictions européennes et des ripostes chinoises, ont convenu de poursuivre les consultations sur quatre dossiers :
1.- Les déséquilibres commerciaux qu’aucun des accords cités plus haut n’a réglé. Ce qui suppose de mieux encadrer les subventions et d’améliorer la transparence sur les pratiques commerciales chinoises.
2.- L’accord sur les investissements gelé depuis 2021 à la suite des sanctions infligées par la Chine à plusieurs personnalités et entités européennes, en réaction aux sanctions européennes liées aux violations des droits humains au Xinjiang.
3.- La propriété intellectuelle objet de conflits concernant les brevets et les transferts de technologies, notamment dans les télécoms
4.- La réforme de l’OMC au moins pour rétablir l’organe d’appel en panne depuis 2019 faute de membres suffisants.
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En attendant, toujours en cherchant l’apaisement, l’UE n’en continue pas moins à durcir ses investigations pour explorer les contours réels de l’agressivité commerciale chinoise. Aujourd’hui, sur les 25 nouvelles enquêtes antidumping et anti-subventions lancées par l’UE, 22 ciblent directement la Chine.
Ces investigations sont accompagnées de nouveaux quotas d’importation pour protéger certains secteurs, notamment les plastics, les produits chimiques et les machines. Parallèlement, la France et l’Allemagne proposent un mécanisme de réaction rapide contre les pays qui restreignent l’accès des entreprises européennes à leur marché.
Enfin, la réaction stratégique de l’UE est en cours par l’exploration d’alternatives d’approvisionnement hors de Chine par une équipe dont le rapport est attendu en décembre 2026.
L’itinéraire d’un rival systémique. La détermination européenne en question.
Au total, le plus notable est qu’au lieu de s’en tenir au dialogue, l’EU exprime aujourd’hui la volonté de rééquilibrer le commerce avec la Chine par une série des mesures concrètes.
La bascule qui avait commencé après 2000, s’est physiquement cristallisée une première fois, en 2013, avec la submersion des panneaux solaires chinois, 45 % moins chers, ayant, à la longue, contribué à la destruction entre 2024 et 2025 d’au moins trois entreprises françaises Systovi, Recom Sillia et Photowatt, déjà mal en point pour d’autres raisons
La réaction européenne s’est accélérée entre 2016 - 2019, avec la prise de conscience que la Chine, partenaire commercial depuis les années 90 était devenue un rival systémique.
L’efficacité et la détermination de la réaction européenne restent à mesurer en fonction de la réponse chinoise. Si Pékin ne respecte pas ses engagements et si les déséquilibres persistent, les dirigeants Européens dont la cohésion, aujourd’hui réelle mais encore limitée et fragile face à l’attrait du marché chinois, sont-ils prêts à adopter de nouvelles mesures de protection ?
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