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›› Politique intérieure
Liu Yandong s’est éteinte. Elle était la figure d’un engagement politique à la fois discret, consciencieux et exemplaire
Le 28 octobre, Chine Nouvelle annonçait le décès le même jour à l’âge de 81 ans « à la suite d’une longue maladie » de Liu Yandong 刘延东qui fut une des six femmes ayant joué un rôle politique de premier plan en Chine depuis 1949.
Ingénieur chimiste diplômée de Qinghua en 1970, à 25 ans, Liu était proche du Président Hu Jintao et membre comme lui de la jeunesse communiste 中国共产主义青年团, résumée par « Tuanpai 团派 - clan ou faction de la Ligue de la jeunesse - », qu’elle a intégrée en 1980 à 35 ans, après être entrée au Parti dès l’âge de 19 ans en 1964 dans son district de Nantong 南通au Jiangsu sur la rive Nord du Yangzi, à 100 km au Nord-Ouest de Shanghai.
En 1980, après avoir travaillé dix années en usine, elle a rejoint l’administration municipale de Pékin. À la Ligue de la jeunesse à laquelle elle venait d’adhérer, efficace vivier de formation pour de nombreux hauts dirigeants chinois, elle a rencontré son mentor Hu Jintao qui sera nº1 du Parti vingt ans plus tard, de 2002 à 2012 et avec qui elle a commencé à se préparer à une carrière politique.
Alors que la Chine venait d’intégrer l’OMC au milieu de réticences à la fois internationales et de l’opposition des conservateurs chinois, son rôle politique s’élargit de manière significative quand Hu Jintao la nomma en 2002 à la tête du « Front Uni » dont le rôle est de conforter le Parti par des alliances avec les huit autres organisations politiques autorisées. (1)
La précocité de son engagement politique au sein du Parti, à moins de 20 ans, eut lieu naturellement dans le sillage de son père Liu Ruilong 刘瑞龙, décédé en 1988, qui fut un des premiers militants révolutionnaires de Nantong 南通 lui aussi engagé dès 16 ans, au sein de la Jeunesse communiste, 70 ans avant sa fille.
A ce titre en Chine Liu Yandong était qualifiée de « Princesse rouge. 刘延东, 红色公主. »
Son père participa à la Longue Marche à l’âge de 24 ans, puis a combattu les Japonais au centre de la Chine. Durant la guerre civile il occupa plusieurs postes à responsabilité dans la logistique de l’APL.
Après la fondation de la RPC, Mao lui confia diverses fonctions dont celle en, 1953, de vice-ministre de l’Agriculture, puis de Secrétaire Général du Comité municipal de Shanghai et du Comité agricole du Parti pour la Chine orientale.
En 2007, à 62 ans, sa fille 延东s’est hissée à la tête du Parti en entrant au Bureau Politique sous Hu Jintao. La même année, elle a intégré le comité de préparation des JO de 2008, sous la supervision du Groupe central dirigé par Xi Jinping, alors Vice-président de la RPC.
En 2012, lors du 18e Congrès, elle a été reconduite au BP au moment où Xi Jinping prenait la tête de l’appareil. Ses principales contributions à la gouvernance de la Chine au poste de Vice-première ministre (2013-2019) furent visibles dans les domaines de la santé, de l’action sociale, de la protection de l’enfance, de l’éducation, des universités et de la Recherche & Développement.
Sa trajectoire de femme politique à la fois remarquable et appliquée renvoie à une époque où, sous Jiang Zemin et Hu Jintao, l’appareil s’efforçait de promouvoir l’influence politique des femmes.
En 2012, quand, Liu Andong, fut reconduite au BP, l’organe central de l’appareil compta, pour la première fois depuis la création de la RPC, deux femmes qui cohabitèrent jusqu’en 2017. L’autre était Sun Chunlan 孙春兰, 76 ans, qui resta au BP jusqu’à l’automne 2022 et fut Vice-Première ministre jusqu’en mars 2023.
Les deux sont parmi les rares femmes arrivées au cœur du pouvoir chinois où elles ont siégé pendant deux mandats consécutifs. L’autre femme à poigne remarquée à la tête de la Chine pour son caractère trempé et sa longévité politique, fut Wu Yi 吴仪, 88 ans en 2026.
Surnommée la « Dame de fer chinoise », elle fut membre des 15e, 16e et 17e Bureaux Politiques de 1997 à 2012, ministre de la santé de 2003 à 2005 et première Vice-première ministre de 2003 à 2008.
Il reste que, soixante-dix ans après le slogan maoïste, « Les femmes sont la moitié du ciel », comme le dit Minglu Chen, professeur associé à l’Université de Sydney, la haute Direction du Parti reste toujours une affaire d’hommes. Jamais une femme n’a été membre du Comité Permanent et, depuis le départ de Sun Chunlan en 2022, aucune femme ne siège plus au Bureau Politique.
Femmes au sein de la haute direction politique. Entre népotisme familial et qualités militantes personnelles.
Chen Muhua, du temps où elle était gouverneur de la Banque de Chine 1985-1988. (Photo publiée par le Financial Times). Militante exemplaire au pedigree impressionnant, son ascension vers le sommet est pourtant restée bloquée à l’échelon statutaire de suppléante du Bureau Politique. Outre qu’elle était une femme, son handicap était aussi que, dans sa jeunesse, son oncle qui fut son Pygmalion était un officier du KMT.
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A côté de Wu Yi, Liu Yandong et Sun Chunlan, trois autres femmes furent membre du Bureau Politique. Mais au moins pour deux d’entre elles dont la fin fut dramatique, leur ascension fut surtout due à leur étroite proximité avec Mao et Lin Biao.
La première fut Jiang Qing 江青. Épouse de Mao, membre des 9e et 10e Bureaux Politiques, célèbre figure de la « Bande des Quatre », sa carrière et sa vie prirent fin de manière tragique.
A la mort de Mao en 1976, elle fut arrêtée et condamnée à mort en 1981. Sa peine ayant été commuée en prison à vie en 1983, elle avait été libérée pour raisons médicales l’année suivante. Elle est morte le 14 mai 1991, à l’âge de 77 ans. Selon l’annonce officielle chinoise elle s’est suicidée par pendaison dans sa résidence à Pékin.
Une autre femme en vue fut Ye Qun 叶群. Épouse du ministre de la Défense Lin Biao, successeur désigné de Mao, elle fut membre du 9e Bureau Politique (1969-1973). Elle périt avec son mari dans l’accident d’avion survenu en Mongolie dans la nuit du 12 au 13 septembre 1971, alors que les circonstances exactes du coup d’État de Lin Biao contre Mao et les détails de sa fuite restent troubles au milieu d’hypothèses jamais établies qu’il aurait été assassiné à Zhongnanhai.
La troisième fut Deng Yingchao 邓颖超. Épouse de Zhou Enlai, militante communiste de la première heure, elle fut membre des 11e et 12e Bureaux politiques (1977-1987) et Présidente de la Conférence Consultative politique du Peuple chinois (1983-1985).
S’il est exact que, comme pour Jiang Qing et Ye Qun, son statut politique a bénéficié de sa parenté avec un haut dirigeant de l’appareil, il est juste de préciser qu’elle a également dû son ascension à ses propres qualités militantes.
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La disparition de Liu Yandong, au moment où, l’appareil politique central ne compte plus une seule femme, est l’occasion de rappeler qu’en Chine, l’ascension des femmes vers le cœur du pouvoir reste une exception.
Même pour les plus qualifiées, sans appui politique, la route vers le sommet est une course d’obstacles. Quand de surcroit les ascendants, plongeant leurs racines dans les affres de la guerre civile, étaient proches de Tchang Kai-chek, le défi est impossible.
C’est le cas de Chen Muha 陈慕华 (1921-2011).
Brillante militante communiste, présente à Yan’an en 1937 à l’âge de 16 ans, membre du Parti la même année, entrée au Comité Central en 1973, à 52 ans, et reconduite en 1982, elle fut Vice-Première ministre de 1978 à 1982, Gouverneure de la Banque populaire de Chine de 1985 à 1988, Présidente de la Fédération nationale des femmes de Chine durant dix ans (1988-1998) et, tout au long de cette même décennie, Vice-présidente du Comité permanent de l’Assemblée nationale populaire.
Pourtant, son ascension vers le sommet s’est arrêtée en 1977 au stade de membre suppléante du Bureau Politique, échelon auquel elle est restée en poste et bloquée jusqu’en 1987 à 66 ans, après avoir été reconduite en 1982.
La raison est politique. Déjà à Yan’an, lors du mouvement de rectification de 1942 - elle avait 20 ans -, elle subissait la défiance de ses camarades, car son oncle, Chen Qixia 陈栖霞 qui fut son mentor et la poussa dans ses études, était un officier supérieur de l’armée de l’air du Kuomintang.
La dépouille de Li Yuandong a été incinérée le 3 novembre au cimetière révolutionnaire de Babaoshan à Pekin en présence de tous les membres du Comité Permanent.
Note
1.- Note
Alors qu’aucune opposition politique n’est autorisée hors du Parti, le « Front Uni 统一战线 » hérité de la tradition léniniste, créé pour la première fois en 1924 entre le KMT et le PCC, est devenue une stratégie politique de neutralisation et de cooptation des forces sociales et politiques et des réseaux d’influence non communistes restées hors du Parti État. Le concept fonctionne aussi à l’étranger où il développe des relais dans les diasporas chinoises pour affirmer les intérêts du Parti hors de Chine.
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