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Dans le hall du siège de CITIC à Pékin, la statue de Rong Yiren, « le capitaliste rouge », fondateur du groupe qui fut Vice-président de la République de 1993 à 1998.
Le secteur des hydrocarbures sur la sellette
Les premiers essais de privatisation sont en cours avec CNPC et SINOPEC pour l’exploitation du gaz de schiste où les deux, en mal de technologies, ont perdu leur exclusivité et coopèrent avec l’Anglo-néerlandais Shell et l’Américain Chevron. Par ailleurs, depuis février, SINOPEC a mis sur le marché 30% de sa filiale de distribution qui compte 30 000 stations service dans le pays, tandis que la Commission de Contrôle des Actifs Publics (SASAC), annonce que les réformes pour la multiplication des sociétés à capitaux mixtes, y compris étrangers – tels que Shell ou BP -, allaient s’accélérer.
Le réforme n’est pas anodine, d’abord parce qu’en dépit du ralentissement, elle concerne un secteur toujours lucratif, ayant enregistré au moins 5 Mds de $ de bénéfices en 2013, tandis que l’introduction de groupes étrangers dans le capital, dépasse le schéma des JV et donnera à ces derniers un droit de regard sur la gestion. A l’annonce de la cession d’une partie du réseau de distribution de SINOPEC en Chine, l’action du groupe avait gagné 11% à la bourse de Hong Kong.
La manœuvre d’ouverture au marché du secteur stratégique des hydrocarbures a continué le 12 mai, avec la création par CNPC d’une compagnie indépendante chargée de gérer les gazoducs et oléoducs Ouest – Est venant du Xinjiang et d’Asie Centrale, enregistrée à Shanghai et dont le capital sera ouvert aux investissements privés.
Mais la stratégie de réformes en cours dont on voit qu’elle joue à la fois sur les restructurations, la coercition anti-corruption et l’ouverture au privé ayant une incidence sur la gestion, devra encore inspirer confiance aux investisseurs qui craignent les renationalisations. A cet égard les pétroliers internationaux se souviennent encore qu’en 2005 le gouvernement avait chassé les investisseurs privés des champs de pétrole et des mines de charbon dans les provinces du Shanxi (Xian) et du Shaanxi (Taiyuan).
Le groupe CITIC au cœur d’une stratégie vertueuse et exemplaire
Enfin, dans ce mouvement qui tente d’ébranler les anciennes féodalités des groupes nationaux, le pouvoir central a décidé d’actionner la fibre patriotique et la vertu de l’exemple public. A cet effet il a imaginé de créer une émulation par une manœuvre qui semblera insolite aux observateurs occidentaux, mais dont le concept épouse à la fois le sentiment national et la vieille morale confucéenne de probité.
Le principal acteur de cette manœuvre est le groupe CITIC, emblème s’il en est du « capitalisme national », possédant une aura incomparable en Chine et dont le fondateur Rong Yiren choyé par Deng Xiaoping, avait été Vice-président de la République de 1993 à 1998, bousculant à l’époque l’ordonnancement des luttes de pouvoir politiques et idéologiques.
L’objectif était d’appuyer l’esprit réformiste à un moment où il était menacé par les conservateurs. En 2014, l’idée sous-jacente est la même et montre la détermination du pouvoir, prêt à faire feu de tous bois : enregistrer la totalité des avoirs du groupe à la bourse de Hong Kong pour obliger ses gestionnaires à se conformer au marché de la Région Administrative Spéciale et à ses exigences de rigueur et de transparence, en espérant que la bascule servira d’exemple aux autres féodaux.
La manœuvre installe une rupture de taille avec les errements antérieurs, puisque, jusqu’à présent, les grands groupes chinois n’enregistraient à Hong Kong où à New-York qu’une partie triée sur le volet de leurs avoirs, débarrassés des pollutions affairistes, du flou et des maquillages de la maison mère.
Le meilleur exemple de ces montages en trompe l’œil est PETROCHINA, enregistré à New-York dans les meilleures règles du marché, mais dont les commandes sont toujours tenues en Chine par CNPC, dans la plus pure tradition des inextricables enchevêtrements entre les affaires et la politique.
L’exercice CITIC rendu public au printemps est prévu en deux temps et a fait l’objet d’un long article du Wall Street Journal du 2 juin : au lieu de se lancer d’emblée dans les aléas d’un offre publique, le groupe basculera d’abord ses avoirs évalués à 37 Mds de $ à sa filiale de Hong Kong CITIC PACIFIC, sans l’intervention officielle de l’État chinois.
Pour payer la facture, CITIC PACIFIC émettra 29 Mds d’actions qui seront rachetées par CITIC Chine, puis mettra sur le marché les 8 Mds de $ restants en actions dont les principaux acquéreurs seront des groupes publics chinois et Temasek, le fonds souverain de Singapour qui a annoncé vouloir investir 5,1 Mds dans l’opération.
Après la transaction, le poids de CITIC PACIFIC aura été multiplié par cinq et sera à 82% propriété de l’État chinois, ce qui correspondra, non pas à une privatisation, mais à une ouverture contrôlée et prudente de 18% du capital du groupe. Surtout, Pékin compte bien que l’inscription à la bourse de Hong Kong incitera les gestionnaires à se conformer aux standards internationaux.
C’est en tous cas ce qu’a expliqué Chang Zhenming, 58 ans, président de CITIC : « Notre groupe a toujours été au cœur du processus de réformes en Chine et cette bascule qui fera date, marque l’avènement de la prochaine phase de transformation. »
L’avenir dira si cette manoeuvre aura un effet d’entraînement vertueux ou si, comme le pensent certains experts étrangers sceptiques, la transaction qui ne modifie qu’à la marge le poids de l’État chinois, ne sera que cosmétique et sans effet sur la manière de gérer le groupe.
