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Chine – Etats-Unis. James Mattis à Pékin. La difficile recherche d’une conciliation

A la recherche d’un accommodement.

Toutes ces divergences dont les mèches explosives sont parfois allumées, étaient sur la table lors de la visite de James Mattis, exprimées clairement.

Mais, comme le dit un communiqué de presse du Pentagone « sans s’appesantir – without dwelling - », comme si, à Pékin comme à Washington, la visite n’avait pas pour objet de poser les différends en vue d’une négociation ultérieure, mais de s’en accommoder.

Au milieu de ces vastes dissonances, un terrain d’entente au moins apparent : la conscience que les deux doivent coopérer sur l’objectif majeur de la dénucléarisation de la péninsule coréenne et la mise en œuvre de sanctions des NU aussi longtemps que Pyongyang ne tiendra pas ses promesses de démantèlement.

La mise au point survient alors que, depuis le 21 juin, des images satellites diffusées par le site « 38 North » - par ailleurs très critique du sommet de Singapour entre D.Trump et Kim Jong-un – attestent de travaux d’infrastructure sur le site de recherche nucléaire de Yongbyon et sur celui des tests missiles de Sohae.

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Dans cette partie de « Poker menteur » où on voit bien qu’au-delà des tensions subsiste toujours la puissante trace des visites de Kissinger et Nixon à Pékin en 1972, ce qui semble surnager dans la relation sino-américaine c’est bien l’obligation d’un « arrangement raisonnable » entre deux pôles stratégiques et culturels.

Plus que la vision d’une seule hyperpuissance ou celle, factice et proche d’un vœu pieux, d’un « monde multipolaire », ce qui émerge au moins en Asie et peut-être en voie d’extension à l’ensemble de la planète par le truchement des « nouvelles routes de la soie », est celle d’une « bipolarité » entre l’Amérique et la Chine.

L’idée est développée par Yan Xuetong, qui, dans les années 90, fut professeur associé dans diverses universités américaines. Aujourd’hui professeur émérite à l’Institut des relations internationales de Qinghua, dont il est le doyen, il développe une perspective selon laquelle, dans les 80 années à venir du XXIe siècle, le monde continuera à s’organiser autour des pôles chinois et américain.

Le monde bipolaire de Yan Xuetong.

Contrairement aux idées reçues, Yan anticipe que, même si la Chine réussissait à atteindre en 2049 ses objectifs du centenaire , « construire une société modérément prospère - 小康社会 » et une Nation socialiste puissante, démocratique et civilisée – 建设 一个 繁荣 富强, 民主,文明,社会主义 国家 - », les États-Unis n’en perdraient pas pour autant leur statut de superpuissance.

L’ordre international, ajoute Yan Xuetong est articulé aux deux facteurs de la prépondérances des « grandes nations » : leur puissance et leurs liens stratégiques. Or, du strict point de vue national, la puissance de la Chine reste déséquilibrée.

S’il est vrai que son économie a un impact global, son influence politique et culturelle est limitée au Pacifique occidental, tandis que ses capacités militaires dépassent à peine le périmètre de sa propre défense. Dans ce domaine militaire, le rattrapage de l’Amérique sera bien plus difficile que dans celui de l’économie, d’autant l’armée des États-Unis a une expérience directe du combat que l’APL n’a pas.

Quant à l’influence culturelle et à la qualité de ses relations internationales, outils de la « puissance douce », celles de la Chine ne sont pas seulement en retard par rapport aux États-Unis, mais également au regard de l’Allemagne, de la France et de la Grande Bretagne. S’il est vrai que la Chine a des « partenaires » et que son influence internationale dépasse celle du Japon et de la Russie, la vérité oblige à dire que l’Amérique compte une soixantaine d’alliés, plus ou moins proches.

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Pour autant, la Chine reste le seul pays capable de réduire l’écart de puissance avec l’Amérique, tandis que le fossé augmente avec la Russie et les grands pays européens. De même, l’écart de la Chine se creuse avec ses concurrents asiatiques, sud-américains, africains et occidentaux.

Pour Yan Xuetong, cette tendance globale où la prévalence de puissance avec le reste de la planète augmente à la fois au profit de la Chine et des États-Unis, fonde son hypothèse de la « trajectoire bipolaire » de l’organisation du monde au XXIe siècle.

Celle-ci est clairement à l’œuvre en Asie avec la césure entre la Chine, le Japon, la Corée du sud et plusieurs pays de l’ASEAN ; elle est visible au travers de la proximité des vues entre Moscou et Pékin sur la question ukrainienne et en Syrie, opposés à l’Amérique alliée aux Européens ; on la voit aussi par le truchement de la banque des BRICS dont Tokyo et Washington ne sont pas membres ; elle s’affirme enfin avec la montée en puissance de l’Organisation de Coopération de Shanghai ayant accueilli l’Inde et le Pakistan, dont Washington est exclu.

Les « valeurs universelles » sur la sellette.

Enfin, la vision future de Yan Xuetong spéculant aussi sur l’importance croissante des facteurs scientifiques et technologiques, moteurs de l’innovation, évoque ce qui est au cœur de l’actuel changement de paradigme d’organisation du monde : le basculement vers une conception articulée à la puissance et aux « spécificités » nationales, culturelles et historiques, prenant ses distances avec les critères politiques occidentaux de démocratie et du Droit international.

« Le libéralisme à l’Occidentale 西方 自由主义 xīfāng zìyóu zhǔyì », n’est plus, dit Yan Xuetong, au cœur des normes internationale qui ne sont plus respectées. Cette métamorphose en cours sous nos yeux est au cœur de la rivalité sino-américaine.

C’est bien cette dichotomie entre une Amérique championne des « valeurs occidentales » considérées comme « universelles », que la Chine rejette au nom des « caractéristiques chinoises » qui fixe la limite des accommodements en Washington et Pékin.

Les limites de la conciliation.

La difficulté n’a pas échappé à Li Haidong, professeur à l’Institut des Relations à l’Université des Affaires étrangères de Pékin.

Il note la course aux armements et dans l’espace entre Pékin et Washington, les rivalités en mer de Chine du sud, précisément autour d’une conception culturelle de la souveraineté, la manœuvre américaine désignant le théâtre du Pacifique Occidental du nouveau nom de « Indo-pacifique », visant à introduire par l’Inde un contrepoids à la Chine, à quoi s’ajoute le durcissement de la politique américaine à l’égard de Taïwan avec – chiffon rouge stratégique pour Pékin - la perspective évoquée par certains aux États-Unis de manœuvres militaires communes entre l’Île et l’US Navy.

Li et Yan voient dans ce défi américain, venant en appui de Taïwan contre la stratégie de réunification de Pékin, le principal détonateur d’un conflit possible.

En montant l’analyse d’un étage, se souvenant que la rivalité sino-américaine reste placée sous l’anesthésique stratégique de la dissuasion nucléaire, on peut conjecturer que les défis et provocations réciproques ne cesseront pas. Mais que la montée aux extrêmes d’un conflit central est improbable.

Au demeurant, dans le sérail des appareils de défense, la perpétuation des relations militaires que les deux appellent de leurs vœux, est perçue comme l’indispensable moyen d’une meilleure connaissance réciproque et l’assurance contre un dérapage militaire catastrophique.


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