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« Chinoises »

Par Xinran

Sous le pseudonyme de Xinran se cache une journaliste chinoise qui a émigré à Londres en 1997, bien qu’elle soit revenue en Chine au moins une fois en 2000. Issus de « familles capitalistes », son père et sa mère avaient tous deux allègrement choisi en 1949 de servir le nouveau régime communiste et, après leurs études, d’entrer dans les structures d’enseignement et de recherche de l’Armée populaire de Libération. L’un et l’autre ont mené de ce fait des vies le plus souvent séparées et soumises à des brimades discriminatoires en raison de leurs étiquettes politiques.

Xinran les a peu connus et a été élevée, pour l’essentiel par une de ses grand-mères. Elle évoque sa vie indirectement à travers cette galerie de portraits de femmes chinoises ayant traversé la période assez tragique de 1940 à 1996. En filigrane de son livre, elle se raconte elle-même surtout dans la période 1988-1996, où elle est à la radio de Nankin, responsable d’une émission nocturne de sa conception, traçant des portraits de femmes et permettant à celles-ci de s’exprimer pour la première fois.

Peu à peu, Xinran est connue et elle impose son émission dans une société qui reste assez machiste et politiquement correcte. Malgré les contrôles et parfois la censure, elle est alors sur un petit nuage, volant de succès en succès et se bâtissant une célébrité régionale, largement fondée sur une forte demande des auditrices. L’ambiance qu’elle nous décrit alors semble toutefois un peu enjolivée. Tout le monde autour d’elle paraît amical et heureux et on ignore totalement les évènements de cette époque, les troubles étudiants répétés des années 1986 à 1989, ainsi que la réaction répressive qui suivit de 1989 à 1991. Peut-être ce style sucré est-il dû aux deux traductions successives, du chinois à l’anglais et de l’anglais au français. On soupçonnera peut-être d’abord une édulcoration de style Pearl Buck pour plaire au public anglophone.

Reste que ce livre, CHINOISES, se lit bien, comme un récit très vivant écrit par une bonne journaliste. Plus important encore, il révèle en une quinzaine de chapitres, les confidences de femmes chinoises dominées, brutalisées, sacrifiées parfois pour la vie. Et, pour effacer la critique ci-dessus, il faut dire que plusieurs de ces « portraits » montrent, pour la première fois dans un style très simple, des faces cachées de la réalité chinoise. Citons deux exemples. Ce que croient les femmes chinoises (chapitre 6) : très souvent, elles croient à tout et elles ne croient à rien, c’est très vrai et c’est très bien dit. La pauvreté absolue en Chine ? Un reportage dans le nord (chap.15) décrit le sort déjeté des femmes dans un village éloigné, perdu dans le loess du Shenxi. Les quinze vies de femmes du XXè siècle en Chine, décrites dans CHINOISES, sont toutes plus émouvantes les unes que les autres. L’auteur, toujours discrètement présente, a fini par démissionner de la radio de Nankin. Et par quitter la Chine.


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