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Corée du Nord. Wang Yi met Washington au pied du mur

Dialogue de sourds et jeu de poker entre Pékin et Washington.

A l’étage supérieur et au-delà des secousses frappant plusieurs pays de la région, répliques de la dernière convulsion nord-coréenne [1], Pékin et Washington sont, la crise taiwanaise à peine désamorcée, à nouveau sur une trajectoire tendue au milieu de ce qui commence, une fois encore, à ressembler à un dialogue de sourds et à une partie de poker.

Dans ce jeu, la Chine tente, en abattant toutes ses cartes de « médiateur à la recherche de la paix », de contraindre la Maison Blanche à abandonner sa rhétorique et ses postures guerrières et à revenir à la table de négociations. Le défi auquel l’exécutif chinois s’attaque avec une constance qui mérite attention, est extraordinairement compliqué par les provocations de la Corée du Nord.

Pyongyang ayant agité le chiffon rouge d’une agression par missiles contre les forces américaines stationnées en Corée du sud, la Maison Blanche et le Pentagone ne sont naturellement pas prêts à entendre les appels au dialogue de la Chine.

Pour eux, le déploiement du THAAD et les exercices militaires conjoints ne sont que les réponses logiques à une menace militaire directe et avérée. Tels seront les objectifs de la prochaine tournée du Secrétaire d’Etat Rex Tillerson au Japon, en Corée du Sud et en Chine : 1) consolider les alliances avec Tokyo et Séoul ; 2), convaincre Pékin du bien fondé de la position américaine dont il répétera, une fois de plus, qu’elle n’est pas dirigée contre la Chine. Tout indique qu’il n’y réussira pas.

Comme le répètent en effet Pékin et quelques modérés américains eux-mêmes, la perspective du raidissement n’offre aucune porte de sortie crédible. C’est bien là le point faible de Washington que la Chine tente d’exploiter pour retourner à son avantage une situation en apparence très compromise.

Le spectaculaire rétablissement de Wang Yi.

Le 8 mars, parmi les 24 sujets de la conférence de presse de la réunion annuelle de l’Assemblée Nationale, Wang Yi, le ministre des Affaires étrangères a clairement marqué son double agacement à l’égard de Washington et de Pyongyang et proposé un plan de sortie de crise, articulé sans faiblir autour de l’idée chinoise de prévalence des négociations.

La Corée du nord, a t-il précisé, a, ignorant la condamnation de la communauté internationale, par ses tirs de missiles et ses tests nucléaires, violé les récentes résolutions du Conseil de sécurité, ce que Pékin condamne fermement, « en cohérence avec ses positions constamment exprimées à l’ONU ». Mais, refusant de prendre clairement parti contre Pyongyang et rappelant au passage les liens historiques de la Chine avec la Corée du Nord [2] Wang Yi a aussi stigmatisé la provocation des exercices conjoints « Fol Eagle » « à l’envergure extravagante 超 大规模 chaoda guimo ».

Ainsi, pour Wang Yi, Pyongyang et Washington sont-ils, à présent, deux trains accélérant sur une trajectoire de collision 不断 加速 的 列车. Dans ces circonstances, la Chine, voisin direct qui, contrairement aux États-Unis, ne croit pas à la fatalité de la guerre, allume un feu rouge 亮起红灯 pour que les deux réduisent simultanément leur vitesse 同时刹车 ; dans la foulée, elle propose une sortie de crise qui, de son point de vue, est la seule raisonnable.

Celle-ci s’articule autour de deux propositions. Pyongyang doit d’abord mettre fin à ses expériences nucléaires et ses tirs de missiles, tandis qu’en contre partie, Washington cesserait ses exercices militaires de grande ampleur. Pour avoir une chance de progresser vers la paix et la dénucléarisation de la péninsule, il faut, dit Wang Yi, avancer sur les deux piliers que sont les sanctions et l’esprit de compromis, d’ailleurs conformes aux résolutions 2270 et 2321.

Après cette habile rhétorique inversant les termes du dilemme nord-coréen tel qu’il est habituellement perçu à Washington, la balle est clairement dans le camp de la Maison Blanche. Alors que la tension monte par ailleurs avec Pékin à propos du déploiement des armes anti-missiles que l’exécutif chinois identifie comme le « vecteur hautes-technologies » d’une mainmise américaine sur la région capable de contrebalancer l’influence chinoise, Donald Trump et ses conseillers sont au pied du mur.

Placés en face de solutions qui toutes leur apparaissent comme des redditions, ils sont aussi soumis aux pressions de ceux qui, aux États-Unis, en Chine et en Corée du Sud où il existe de sérieuses oppositions au déploiement du système THAAD, stigmatisent l’absence d’issue et même les risques de l’inflexibilité.

La prochaine visite à Pékin de Rex Tillerson confirmera si, comme le dit Tao Wenzhao expert des États-Unis à l’Académie des Sciences Sociales, les relations sino-américaines sont, malgré tout, en bonne voie de stabilisation. Une chose est sûre, il y faudra une claire volonté de compromis de part et d’autre.

Elle ne sera pas facile à assumer dans un contexte où les décisions déjà prises – celle de ne pas lâcher Pyongyang par Pékin et celle d’installer le THAAD en Corée du sud par Washington – constituent dores et déjà de sérieux embarras. Le 9 mars le refus de la Maison Blanche d’abandonner les exercices militaires qui suivait celui de Séoul, augurait mal d’un apaisement possible.

Une lueur d’espoir cependant : après avoir fustigé l’amalgame insolite fait par Pékin entre les tests nucléaires de Pyongyang et les exercices de l’alliance, Mark Toner, le porte parole du Département d’État, a reconnu que Washington devait imaginer une nouvelle approche de la question coréenne.

Note(s) :

[1Les tensions de la péninsule provoquent des répliques en cercles concentriques. Premières victimes, les relations entre Pékin et Séoul. En représailles contre la décision de Lotte d’attribuer un terrain au projet THAAD en Corée du Sud, plus de 20 filiales du groupe coréen en Chine ont été fermées, tandis que la propagande officielle attisait les ressentiments populaires contre la marque. Si elles duraient, les sanctions seraient un coup sévère aux affaires de la chaîne qui emploie 20 000 personnels en Chine dans 115 magasins, avec un total de ventes en 2015 s’élevant à 2,6 Mds de $.

Entre Kuala Lumpur et Pyongyang, les tensions sont tout aussi vives depuis l’assassinat de Kim Jong-nam. Alors que la Malaisie comptait parmi les rares « pays amis » de la Corée du nord, ses ressortissants sont bloqués en Corée du Nord, otages de la secousse diplomatique après que la police malaisienne ait inscrit 8 Nord-coréens sur la liste des suspects accusés du meurtre du demi-frère du n°1 nord-coréen.

Parmi eux, un diplomate et un employé de la compagnie aérienne nationale réfugiés avec un 3e complice à l’ambassade nord-coréenne. Répondant du tact au tac au séquestre des Malaisiens par Pyongyang, le premier ministre malaisien Najib Razak a d’abord interdit la sortie des nord-coréens vivant en Malaisie avant d’expulser l’ambassadeur après qu’il ait publiquement contesté l’impartialité de l’enquête de police.

[2A cet effet Wang Yi a exhumé la vieille formule maoïste désignant la relation bilatérale Pyongyang – Pékin comme celle de deux alliés « unis comme les lèvres et les dents –嘴唇和牙齿 zuǐchún hé yáchǐ »


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Par Guy Baudoux Le 13/03/2017 à 18h03

Corée du Nord. Wang Yi met Washington au pied du mur.

Bonjour !

Il me semble que votre article est basé sur l’hypothèse que les autorités chinoises peuvent être de vrais médiateurs entre Pyongyang et Washington. Mais je pense plutôt que la Corée du Nord est un simple instrument de la politique étrangère chinoise. Et la proposition de Wang Yi serait donc une duperie, pour se faire passer pour un artisan de paix. Qu’en pensez-vous ?

Bien cordialement,

Guy Baudoux

Par La Rédaction Le 14/03/2017 à 08h16

Corée du Nord. Wang Yi met Washington au pied du mur.

Vous avez raison. La diplomatie est un art complexe en partie fait de duperies, mais dont la vertu est d’ouvrir des portes qu’on croyait fermées. Souvent elles sont les prémisses indispensables à des solutions apaisées et, à notre avis, Wang Yi est un artiste. Objectivement, en prenant un peu de hauteur, la Chine n’est en effet pas la mieux placée pour jouer la médiation. Mais, depuis qu’il devient évident que le cercle vicieux des sanctions ne parviendra à aucun résultat, sa position se renforce.

D’autant plus que, contrairement aux autres acteurs notamment le Japon et la Corée du sud, et en dépit des provocations nord-coréennes, Pékin qui redoute l’effondrement du régime et la mainmise américaine sur toute la péninsule, ne varie pas d’un iota en insistant sur la prévalence des négociations seule solution possible. Faisant cela, Wang Yi tente de capitaliser sur cette constance apaisée alors qu’en apparence le surgissement de Donald Trump, ajouté aux errements de Pyongyang, véhicule les craintes d’une aggravation brutale de la situation.On le voit cette stratégie rencontre des échos favorables en Corée du sud, ce qui n’est pas rien.

Au passage, l’impression de fermeté dans la stratégie chinoise est confortée par le secret presque toujours bien gardé des éventuelles hésitations de Pékin. En revanche, à Washington, les cercles de recherche pullulent d’opinions diverses, parfois contradictoires. Beaucoup, aux États-Unis, chercheurs et diplomates, stigmatisent la rigidité des choix américains, estimant par exemple que l’inflexibilité de Washington exigeant sans contre partie un démantèlement complet des projets nucléaires et balistiques nord-coréens, pour seulement accepter de négocier, est un cul-de-sac.

Le meilleur indice des flottements américains est donné à la fin de l’article : « Une lueur d’espoir cependant : après avoir fustigé l’amalgame insolite fait par Pékin entre les tests nucléaires de Pyongyang et les exercices de l’alliance, Mark Toner, le porte parole du Département d’État, a reconnu que Washington devait imaginer une nouvelle approche de la question coréenne. » Ayant monté les enchères pour tester les limites du dilemme et les lignes rouges de Pékin, Donald Trump est-il prêt à adoucir sa position ? Qui sait ? Il est évident que, si c’est le cas, Pékin tentera d’en tirer profit.

Mais si Washington a ses propres embarras ancrés dans les contradictions entre d’une part les adeptes de l’ouverture et d’autre part le complexe militaro industriel appuyé par les conservateurs, Pékin a les siens qui ne sont pas minces. Ils confortent ce que vous dites : Pyongyang est une carte sauvage que le Bureau Politique maîtrise très mal. Pour autant, dans cet imbroglio qui paraît insoluble comme le sont souvent les vrais dilemmes stratégiques, Pékin a peut-être plus conscience que d’autres d’une réalité que les autres acteurs ont tendance à oublier. Les projets nucléaires et balistiques nord-coréens de Pyongyang sont la garantie de survie du régime. Il est très improbable qu’il les abandonne sans contrepartie.

Par Pascal Bonnard Le 18/04/2017 à 13h21

Corée du Nord. Wang Yi met Washington au pied du mur., mais c’est tout le contraire qu’on a vu.

A l’occasion du 105e anniversaire de la naissance de Kim Il-sung, la Corée du Nord avait annoncé un évènement important. Tandis que les média occidentaux se demandaient s’il s’agirait d’un essai nucléaire ou d’un tir de missile, les EUA envoyaient une puissante flottille sur place.

Il ne fallait pas être grand clerc pour en déduire qu’il s’agissait d’un tir de missile. Qu’aurait pu faire l’armada américaine en cas d’essai nucléaire ?

Dès lors, que pouvait faire la Corée du Nord ? Tirer un missile, qui serait intercepté par la marine adverse ? Ce serait réduire à néant le discours vindicatif. Renoncer à ce tir ? certainement pas.

Nous avons assisté à un tir raté. Que ce soit volontaire ou non, cela semble une situation acceptable par toutes les parties.

Verrons-nous dans le futur un jeu de chat et de souris, avec la Corée du Nord qui agite un chiffon rouge pour obliger les EUA à déplacer à nouveau un groupe aéronaval au grand complet, dans le but de ridiculiser l’attitude de la Maison Blanche ?

Par François Danjou Le 21/04/2017 à 08h49

Corée du Nord. Wang Yi met Washington au pied du mur.

Les Américains sont donc bien au pied du mur ou dans un cul-de-sac, l’option frappe préventive ou punitive qu’ils continuent à agiter étant très risquée. Peu à peu, Pékin acceptera d’augmenter ses pressions et, l’hypothèse de la mise au point par Pyongyang d’un missile intercontinental avec une ogive nucléaire se rapprochant, Washington évoluera de gré ou de force vers la solution d’une négociation plus ou moins directe avec Pyongyang. Washington ayant jusqu’à présent refusé cette option, il s’agira de lui sauver la face en aménageant un dialogue restreint acceptable par les deux.

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