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Échec de la fusée Longue Marche 7-A à Wenchang

La fusée CZ-A7, le 16 mars dernier à Wenchang en mouvement vers le pas de tir. Sur l’un des sites rattachés à l’Académie des sciences de l’ingénieur on pouvait lire que l’incident survenu le 16 mars pourrait être hérité de la fusée Longue Marche 3B ayant servi de base pour concevoir le 3e étage de la CZ-A7.


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Le lundi 16 mars, le premier tir d’une fusée Longue March 7-A tirée à partir du site de Wenchang, sur la rive nord-est de l’île de Hainan, à 90 km à l’est de Haikou, s’est soldé par un échec, tandis que le satellite probablement militaire qu’elle transportait a été perdu.

Deux heures après le tir, un communiqué officiel annonçait l’échec en précisant qu’une enquête en établirait les raisons.

La nouvelle série 7-A rendue publique en 2020 est une variante à 3 étages des « Longue Marche 7 – Chang Zheng 长征 CZ-7 - ». Elle est équipée de boosters au 2 premiers étages, augmentés d’un troisième étage propulsé par 2 moteurs à propulsion liquide cryogénique de type YF-75 mis en service en 1994 qui équipait déjà les fusées Longue Marche 3A / 3B / 3C.

Alors que l’industrie de l’espace chinoise développe les fusées CZ-5B et CZ-9, dont les capacités d’emport devraient être respectivement de 25 et 140 tonnes [1] les séries CZ-7 et CZ-7A sont, à ce jour, celles ayant la plus importante capacité de charge utile à 13,5 tonnes.

Le revers dont les conséquences pour la suite du programme spatial dépendent des raisons non révélées de l’échec, est l’occasion d’étudier la lente ouverture des autorités chinoises vers plus de transparence dans ce domaine des lancements spatiaux, en gardant cependant en mémoire que l’appareil politique reste toujours réticent à communiquer sur ses déboires.

Un progrès de transparence en demi-teinte.

Le professeur Long Lehao, (82 ans) de l’Académie Chinoise des Lanceurs, 中国运载火箭技术研究院, est investi dans la mise au point des lanceurs à forte capacité de charge utile pouvant rivaliser avec celle des fusées « Saturne V » américaines dont la charge utile allait jusqu’à 140 tonnes (orbite basse). Rappelons que le dernier vol d’un modèle Saturne 1B (masse au décollage 589 tonnes, charge utile 21 tonnes en orbite basse) a eu lieu le 15 juillet 1975, lors de la mission spatiale conjointe Apollo-Soyouz.


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En 2016, la mise en service du site de Wenchang à Hainan fut, à n’en pas douter, une étape de l’ouverture ponctuée par des reportages télévisés des opérations de préparation et des mises à feu des fusées CZ-5 et CZ-7, applaudies par des spectateurs massés sur la côte, à vue directe des lancements.

Il n’en a pas toujours été ainsi. Pendant longtemps, les lancements furent entourés de mystère et effectués à partir des sites à l’intérieur des terres, à Jiuquan dans le Gansu au bord du désert de Gobi, Taiyuan au Shanxi et Xichang au Sichuan.

Situés à au moins 1000 km des côtes, les trois sites qui restent des zones militaires interdites, sont un héritage de la guerre froide destiné à mettre les bases de lancement, toutes dédiées à des ripostes nucléaires contre l’URSS et les États-Unis, à l’abri de frappes préventives.

Encore aujourd’hui, les tirs effectués à partir de ces sites ne sont pas directement annoncés. On peut les déduire des NOTAM (Notice to Airmen) prévenant le trafic aérien d’un tir imminent. Il arrive parfois que la notification n’ait pas lieu. La seule information sur un lancement déjà effectué vient alors d’un témoin usager de Weibo qui commente le vacarme des réacteurs.

En mars dernier, la transparence était en demi-teinte. Alors que la mission, bien connue de la fusée CZ-7 est d’assurer la liaison avec la station spatiale, celle de la variante CZ-7A – est encore floue. Elle pourrait-être la mise en orbite de satellites plus lourds en orbite basse.

Des reportages partiels avait certes laissé supposer un lancement imminent. Mais les commentaires officiels furent rares. En l’absence d’un NOTAM, la plupart des informations vinrent du public et des messages vidéo sur les réseaux sociaux.

Ils montrèrent le lent déplacement vers le pas de tir et les opérations de plein de carburant du monstre de 60 m de haut, auquel le 3e étage confère une plus grande allonge. Quant à la charge emportée, elle fut officiellement décrite de manière sibylline comme un « nouveau satellite de contrôle ».

Ce que les experts américains de l’espace ayant suivi le tir traduisent par : « un satellite géostationnaire d’observation à caractère sensible ». Comme pour confirmer qu’il s’agit bien d’une mission liée à quelque secret à protéger, cette fois, les reportages de la télévision d’État furent interrompus sans explication en amont du tir.

Les seules images du décollage des 573 tonnes de la roquette furent celles des réseaux sociaux chinois. Après sa disparition dans les nuages, ce fut « une attente et le silence, avant que monte la rumeur qu’un incident s’était produit », dit un témoin sur Weibo cité par Andrew Jones dans Supchina.

Deux heures après, Xinhua reconnaissait officiellement l’échec de la mission 发射任务失利, faisant état d’une anomalie 异常, au cours du vol et annonçait un enquête 调查分析.

Notes :

[1Le 31 mai 2018, lors d’une conférence à Qinghua, Long Lehao (82 ans), ingénieur de l’Académie des lanceurs spatiaux, révélait que les performances de charge utile de la fusée CZ-9 dont la mise en service est envisagée en 2030, seraient de 140 tonnes pour une mise en orbite basse, de 50 tonnes pour une orbite lunaire et de 40 tonnes pour l’exploration de mars.


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