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Echecs français en Chine

On glose beaucoup sur les récents échecs commerciaux français en Chine, tandis que Pékin semble avoir cherché à satisfaire les appétits américains. La Banque de développement de Canton a accueilli la Citibank au détriment de la Société Générale qui s’était pourtant appliquée à trouver des partenaires chinois crédibles et à présenter un dossier très compétitif. Peu après, Westinghouse a réussi à vendre à la Chine 4 réacteurs nucléaires d’un niveau technique très inférieur aux EPR de nouvelle génération proposés par AREVA, au prix d’un large transfert de technologie, vraisemblablement conclu dès la signature du contrat. Associant les deux affaires, les commentateurs en concluent une double déroute française. Il y a là, à la fois une grande naïveté et un défaut de perspective.

Il fallait en effet être naïf pour croire qu’une Banque française pourrait s’aligner contre les banques anglo-saxonnes dans un secteur où les groupes financiers américains, anglais et hong-kongais possèdent une longue avance historique, par le biais d’implantations anciennes. Un secteur de surcroît investi par les conseillers américains ou les « huigui » (chinois rentrant en Chine et ayant étudié dans les universités américaines), eux mêmes nourris aux lait des analyses financières américaines et de la Banque mondiale.

On ajoutera qu’en plaçant trop sa relation avec la Chine sur le terrain politique, la France prend le risque de ne pas « faire le poids » face aux Etats-Unis, dont les arguments sont autrement plus lourds. Elle s’expose aussi à des pressions de la part de Pékin, toujours plus avide de gages politiques, que Paris ne voudrait plus, ou ne pourrait plus donner. Quant au gigantesque marché de l’épargne chinoise que tous cherchent à s’approprier, les anglo-saxons eux-mêmes peuvent constater qu’il ne s’ouvrira qu’au compte gouttes, sous le contrôle étroit du Centre qui multiplie déjà les obstacles. Il est en effet peu probable que le gouvernement chinois laisse filer facilement aux mains d’opérateurs étrangers ce qui, depuis des lustres, constitue sa poule aux oeufs d’or.

L’affaire des réacteurs d’AREVA est d’une toute autre nature et n’est peut-être pas autant au désavantage de la France et de l’Europe qu’il y paraît. Elle a échoué non pas parce que la Chine a préféré les réacteurs de Westinghouse dont la technique est moins avancée, et dont aucun exemplaire n’a été construit jusqu’à présent, mais bien parce que le consortium Siemens Areva a refusé de céder aux exigences chinoises de transferts de technologie. Ce raidissement marque peut-être un tournant dans les relations sino-européennes, en forme d’avertissement pour les dirigeants chinois trop gourmands, notamment dans le secteur nucléaire, où chacun sait que les retours financiers ont été maigres, quand ils n’ont pas été négatifs.

S’il est vrai que Westinghouse peut en effet se réjouir de l’affaire, on ne voit pas très bien ce que la Chine y gagne, sinon un transfert de technologies, dont le potentiel de modernisation et l’avenir à moyen et long terme sont aléatoires, comparées aux capacités de l’EPR. Les opérateurs chinois qui financent les nouvelles centrales le savent bien. Un jour ou l’autre ils lorgneront à nouveau vers la technologie européenne. Il sera alors temps pour AREVA et SIEMENS d’affûter une stratégie pour le long terme, où les intérêts des industriels européens seront mieux préservés. En attendant AREVA coopère toujours avec la Chine sur les réacteurs de deuxième génération.


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