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›› Société

Égalité des sexes. La Chine mal placée

La cause des femmes progresse en Chine, mais le pays reste à la traîne dans le classement global. En dépit des 93 « superwomen » chinoises parmi les plus riches de la planète, la situation des femmes est toujours marquée par d’importants écarts de salaires, des discriminations à l’embauche et les faibles responsabilités accordées aux femmes dans l’économie et la politique. (Dessin publié dans China Daily.)


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Le 19 décembre, le magazine Caixin faisait état du dernier rapport du Forum Economic Mondial sur l’égalité des sexes dans lequel la Chine n’apparaissait qu’à la 103e place sur 149 pays, derrière le Myanmar et la Russie. Le pays n’a jamais été très bien placé dans ce classement, mais c’est la première fois que, perdant 3 places par rapport au classement précédent, il tombe en-dessous de la 100e place.

L’étude mesure l’inégalité des sexes par l’inventaire des opportunités offertes aux femmes dans divers domaines d’activités comparées aux autres pays. Le résultat est un coefficient sur une échelle de 0 à 1, où 0 exprime une inégalité maximum et 1 une totale égalité. La note obtenue par la Chine est 0,673.

Pour mémoire, le quatuor de tête du classement sont les pays du nord l’Europe, Islande, Norvège, Suède et Finlande. Le 5e est le Nicaragua et le 6e, le Rwanda. La France est 12e devant le Danemark, l’Allemagne et le Royaume Uni. Les États-Unis pointent à la 50e place, en compagnie du Mexique, du Pérou et de l’Autriche.

Sans surprise, le bas du classement est occupé par une majorité de pays musulmans. La palme des dernières places revenant au Yemen et au Pakistan, après l’Arabie Saoudite, l’Iran, le Mali, le Congo, le Tchad, la Syrie et l’Irak.

Recul dans la sphère économique.

Les postes occupés par les femmes sont souvent des emplois à faible responsabilité. La photo prise dans une usine Foxconn d’assemblage d’équipements électroniques dans l’Est de la Chine, montre des femmes travaillant à la chaîne.


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Même s’il est le vrai que le taux d’emploi des femmes est parmi les plus élevé de la planète, la performance qualitative de la Chine en matière d’égalité des sexes baisse depuis 5 ans. Les auteurs de l’article notent que la dégradation est essentiellement due au recul de la participation des femmes chinoises à l’économie du pays à un niveau élevé. Le phénomène, d’autant plus étonnant que les Chinoises sont aussi bien éduquées que les hommes, révèle une déficience, non pas dans le cursus éducatif, mais dans la sélection des talents.

Une des raisons du recul des femmes dans la sphère économique est liée aux restructurations des groupes publics depuis les années 90 où les licenciements ont d’abord touché les femmes, dans un contexte général où les écarts de revenus hommes - femmes sont passés de 15% en 1990 à 22% en 2017, tandis que les discriminations à l’embauche continuent d’être la règle et que 28% des mères célibataires vivent dans le dénuement.

Cette situation est souvent occultée dans la perception générale par les statistiques largement médiatisées selon lesquelles 93 chinoises figurent parmi les femmes les plus riches de la planète. L’image de ce succès cache aussi la réalité plus sordide et mal documentée laissant entendre qu’une proportion notable de femmes (entre 25 et 40%) sont victimes de violences conjugales.

Stagnation en politique.

Sun Chunlan. 68 ans, membre du bureau politique depuis 2012, est la seule femme de la haute direction chinoise. Promue Vice-premier ministre en 2018, elle visite le centre de prévention et de contrôle des maladies contagieuses à Pékin.


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En politique, les femmes chinoises sont représentées au niveau subalterne ou intermédiaire. A l’Assemblée nationale, elles sont 24,9%, ce qui place la Chine au 69e rang mondial à un niveau comparable à celui des États-Unis (20,6% à la Chambre des représentants et 23% au Sénat), mais bien après la France (39,6% - 14e), le Royaume Uni (32,2%- 38e ) ou l’Allemagne (30,7% - 47e).

En revanche la proportion des femmes membres du Parti dépasse à peine 25% tandis qu’aucune femme n’a jamais fait partie du Comité Permanent, alors que, depuis 1949, seulement 6 femmes furent membres du Bureau Politique.

Santé.

Bus de la fondation pour le développement des femmes répartis dans les provinces à l’usage du « Programme de santé au profit des mères dit « 母亲 健康 快车 Muqin Jiankang Kuai Che Mamans Express Santé ». En 30 ans d’importants progrès ont été accomplis pour la santé des femmes, réduisant la mortalité maternelle à 19 pour 100 000 et augmentant leur espérance de vie à 75 ans. Le pays reste cependant encore en-deça des performances des États développés comme le Japon et la Corée du sud.


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L’enquête fait également ressortir le phénomène bien connu du déficit de femmes (87 femmes pour 100 hommes) du aux avortements sélectifs plaçant la Chine au bas du classement du taux de survie des femmes, quand bien même elles bénéficient de soins de santé de bon niveau, avec le remarquable progrès d’un taux de mortalité maternelle pour 100 000 accouchements passé de 97 en 1990 à 19,6 en 2017 (pour mémoire en France on compte 10 décès de femmes pour 100 000 accouchements).

Du coup, la Chine est l’un des seuls pays au monde avec l’Azerbaïdjan, l’Inde et l’Arménie où le taux de survie des filles à la naissance est inférieur à 91%, quand le taux moyen est de 94,4%. Enfin, bien qu’en hausse à 77,8 ans - soit + 4,2 années depuis 2000 et + 10 ans depuis 1980 -, l’espérance de vie des femmes est nettement inférieure à celle des voisins développés comme le Japon (87,1 ans) ou la Corée du sud (85,2).

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S’il est vrai que les femmes chinoises furent ces dernières années plus actives pour défendre leurs droits et l’égalité de traitement, elles doivent encore affronter les réminiscences d’une société paternaliste. En 2015, 5 femmes qui manifestaient dans le métro contre le harcèlement avaient été arrêtées. Lire : [La lutte contre le harcèlement des femmes fait son chemin en Chine.>3508]

Leur récente participation au mouvement « me too » contre les harcèlements sexuels a du faire face à quelques crispations de l’administration et des mesures de censure voilées. L’idée générale en Chine, dit une activiste, est toujours qu’être féministe c’est être contre les hommes.


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