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Entre partenaires et rivaux

Fini le temps où le monde entier se focalisait sur la rencontre, historique il est vrai, entre Richard Nixon et Mao Zedong. Le passage de M. Hu Jintao à Washington le mois dernier peut être à juste titre considéré comme sans surprise et sans éclat. Les relations sino-américaines, bien qu’elles occupent encore une place particulière dans la diplomatie chinoise, ont depuis longtemps quitté la sphère du spectaculaire pour entrer dans le domaine des affaires courantes, avec leurs avantages et inconvénients. Dans le langage de Pékin, le monde n’est plus divisé entre amis et ennemis de la Chine. Il est seulement peuplé, à des degrés divers, de partenaires et de rivaux.

Jusqu’au début de 2005, la « vieille Europe » a été courtisée comme un « partenaire stratégique de coopération ». Cliente des produits de grande consommation et fournisseur d’équipements de haute technologie, l’Europe occidentale occupe une place de choix dans la politique extérieure de Pékin. Profitant des divergences trans-atlantiques nées de la guerre en Irak, la Chine a déployé tous ses efforts pour créer à son profit une compétition entre les deux rives de l’Atlantique. La levée de l’embargo sur les ventes d’armes a alors constitué un test pour connaître jusqu’où l’Europe était prête à approfondir ses relations avec la Chine.

La survenue de différends commerciaux en 2005, notamment en matière de textile-habillement et le maintien de l’embargo en question ont fini par éroder les ambitions chinoises dans sa politique européenne. Face à la récente crise nucléaire iranienne, la Chine a pu constater que l’Europe et les Etats-Unis partagent encore nombre d’intérêts communs. L’Alliance atlantique est loin d’être moribonde, comme certains analystes chinois voulait le croire.

Avec son statut de pays producteur de pétrole et fournisseur d’armements, la Russie a gagné au fil du temps la place de « partenaire stratégique de coopération globale ». Il ne s’agit nullement d’un retour à « l’amitié sino-soviétique » des années 1950. Outre les raisons évoquées plus haut, la Chine a besoin de son voisin du nord pour contrer l’influence américaine en Asie centrale. La création de l’Organisation de coopération de Shanghai par ces deux pays en est une parfaite illustration. « La coopération globale » entre la Russie et la Chine se traduit souvent par l’action concertée de deux pays dans un certain nombre de dossiers internationaux, tels que les crises nucléaires nord-coréenne et iranienne, le processus de paix israélo-arabe, etc. Cependant, un tel « partenariat » n’a rien d’une alliance ancrée dans la confiance mutuelle. L’histoire mouvementée des rapports Moscou-Pékin au cours du demi-siècle passé a amplement démontré la fragilité de ces relations.

Poussée par ses besoins accrus en matière énergétique, la Chine tente depuis ces dernières années de nouer des relations suivies avec les pays producteurs de l’or noir. C’est dans cet objectif unique que les dirigeants de Pékin parcourent l’Afrique noire, le Proche-orient et l’Amérique du Sud. C’est également à cause du pétrole off-shore en Mer de Chine orientale que le Japon, longtemps le partenaire n°1 de la Chine en commerce extérieur, est devenu un rival de plus en plus critiqué par la presse chinoise. En dehors des différends territoriaux fortement liés aux intérêts pétroliers, l’Alliance militaire nippo-américaine est considérée par Pékin comme une menace sur ses débouchés maritimes.

Au contraire de la pensée de nombreux chinois, la Chine ne défie dans pratiquement aucun domaine les Etats-Unis d’Amérique. Les deux pays ont su développer depuis plusieurs décennies un partenariat fondé sur le pragmatisme. A l’heure actuelle, la lutte anti-terroriste et le maintien du « statu quo » à Taiwan constituent la base solide des relations bilatérales. Certes les divergences se profilent à de nombreux sujets, depuis la propriété intellectuelle jusqu’aux droits de l’homme, mais le dialogue n’est jamais rompu, même aux pires moments comme le bombardement de l’Ambassade de Chine à Belgrade (1999) ou la collision des avions militaires et la détention en Chine d’équipage américain (2001).

Les vrais rivaux de la Chine ne sont ni le Japon, ni les Etats-Unis, mais un très grand nombre de pays où les coûts de main-d’œuvre concurrencent celle de Chine. De l’Indonésie au Viêt-nam, du Bangladesh à la Tunisie, l’industrie chinoise aura fort à faire avec ces rivaux potentiels, susceptibles de grignoter la part de gâteau dans le commerce mondialisé. Comment faire face à une éventuelle délocalisation de « l’Atelier du monde » ? Ce sera certainement le plus sérieux sujet à méditer dans la Cité interdite.


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