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Par Stéphanie Balme
Une chose apparaît clairement sous la plume de Stéphanie Balme : les liens de parenté sont décisifs pour accéder au pouvoir. Dès lors, l’image austère et rigide des bureaucrates chinois vole en éclat. Au cœur de la machine d’Etat les rapports humains et familiaux existent, ils sont même fondamentaux. La Chine des réformes économiques, c’est le triomphe des « guanxi », pour le meilleur et pour le pire. Car le phénomène est à double tranchant. D’un côté, les relations personnelles apportent de l’huile au système bureaucratique-capitaliste perclus de contradictions et de rigidités. De l’autre, ces affinités ont engendré le népotisme et la corruption à tous les échelons de l’Etat. Ici, Stéphanie Balme se garde de tout jugement à sens unique. L’auteur préfère ouvrir une piste de réflexion, la plus passionante de l’ouvrage, qui pointe le rôle des relations personnelles dans la constitution lente d’un Etat de droit, premier signe d’une modernité politique chinoise.
Là encore, les « guanxi » sont au cœur du paradoxe chinois. Sous l’impulsion de Deng Xiaoping, le recrutement des élites est devenu plus rationnel (mais toujours aussi fermé), la rotation du personnel politique s’est acccélérée et le poids des technocrates s’est renforcé. Surtout, le clientélisme et le népotisme sont aujourd’hui officiellement bannis. Cette « modernisation » de l’Etat qui avait dans un premier temps réveillé les « guanxi » semble désormais les condamner. Mais rien n’est encore joué. Au cœur du pouvoir chinois, les relations personnelles sont facteur de souplesse là où il y a pesanteur, mais elles permettent aussi la stabilité dans le mouvement. C’est pourquoi elles sont peut-être promises à un bel avenir, tant qu’une poignée de personnes décidera de conserver le monopole du pouvoir et de rester « entre soi ».
