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Funérailles érotiques dans les campagnes

L’ancienne tradition de spectacles lors de funérailles qui pouvaient aller de la représentation d’un opéra chinois aux danses hiératiques de femmes se dévêtant lentement autour du cercueil, se rapproche aujourd’hui des stripteases et des danses à la barre des boîtes de nuit. Le pouvoir tente d’éradiquer ces pratiques depuis 2006 sans y parvenir. Depuis 2015, date de la précédente campagne contre les « funérailles érotiques », les contrevenants encourent des amendes de 70 000 yuan (9000 $).


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Récemment les médias occidentaux intrigués et choqués faisaient état de la mode qu’ils croyaient complètement nouvelle, effet d’une dérive de la Chine moderne dépravée et ayant perdu ses repères, de ces jeunes filles se livrant, dans les campagnes chinoises à des séances de strip-tease lors de funérailles.

Alors que le gouvernement annonçait de nouvelles répressions contre ces pratiques dont il dénonce la vulgarité (庸俗 - yongsu) et l’obscénité (猥亵 – weixie), plusieurs commentaires d’universitaires chinois rattachaient les effeuillages, il est vrai aujourd’hui plus proches de numéros érotiques de boîte de nuit que de danses traditionnelles, à d’anciennes coutumes du centre et du sud de la Chine.

L’arrière plan culturel de ces coutumes était, selon la plupart des commentaires, d’abord lié au souci de paraître et d’afficher l’aisance de la famille, ensuite d’honorer le défunt en attirant par ce moyen une assistance nombreuse, enfin d’offrir au disparu un dernier plaisir terrestre avant son enterrement.

Un témoin ayant une longue pratique de la Chine raconte avoir observé en 1986 dans un village du Sichuan, des funérailles à l’ancienne où des femmes en robes traditionnelles croisées et brodées tournaient lentement autour du cercueil ouvert en psalmodiant des chants tout en se déshabillant jusqu’à ne garder sur elles qu’une combinaison de soie transparente.

S’il est vrai qu’aujourd’hui la forme a changé, devenant moins hiératique, les filles louées par la famille jusqu’à plusieurs centaines d’€, se livrant aussi à des exhibitions de danses lascives à la barre comme dans les night-clubs, le principe de divertissements et de spectacles lors de funérailles n’est pas nouveau.

Une tradition ancienne.

Pour honorer les morts, la tradition des funérailles encore vivace dans certaines campagnes est de louer des pleureuses symbole de l’amour porté par la famille aux défunts. La coutume donne lieu a un lucratif « commerce des larmes. »


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Selon David Ownby, professeur agrégé du département d’histoire de l’Université de Montréal, la coutume qui existe aussi à Taïwan - certains disent même que l’Île en fut l’origine -, a pour but de capter l’attention des dieux, d’inciter tous les invités à honorer les funérailles de leur présence et de les entretenir agréablement par des activités s’éloignant de la gravité sobre et triste des funérailles.

Simultanément, des feux d’artifice sont tirés pour éloigner les mauvais esprits, ajoutant le bruit des pétards et l’éclat de la pyrotechnie à l’aspect festif, conférant aux obsèques dans certaines zones rurales une dimension radicalement différente de celle nous connaissons généralement en Occident.

Pour autant, cette tradition de réjouissances lors des obsèques n’est pas sans rappeler la chanson de Jacques Brel, Le moribond : « Je veux qu’on rie, je veux qu’on danse, Je veux qu’on s’amuse comme des fous, Je veux qu’on rie, je veux qu’on danse, Quand c’est qu’on me mettra dans le trou. »

A la fois acceptation de la fatalité, défi à la mort et remise en cause iconoclaste de la tristesse du deuil. En Chine où la culture accommode les contraires, il n’est pas rare que, lors des obsèques, les larmes des pleureuses cohabitent avec le divertissement.

Appels à la frugalité.

Depuis deux ans, en phase avec la répression des corrompus, le parti fait circuler un « guide pour les funérailles et les mariages » insistant sur la frugalité et l’austérité, prenant cependant le risque d’être accusé de s’immiscer dans quelques uns des rituels les plus ancestraux de la culture chinoise.

Ces injonctions d’austérité interdisent de tirer un profit commercial des mariages ou des funérailles et de provoquer des nuisances qu’elles soient sonores ou physiques. Elles recommandent aussi, par une formulation prudente, de tourner le dos aux traditions anciennes, précisant que le conseil s’adressait avant tout aux autorités dont les excès produisent une mauvaise impression sur le public (造成不好的印象 – zaocheng bu hao de yinxiang -).

Par cet appel à la mesure des fonctionnaires, responsables de l’image du Parti, ce dernier, soucieux de tenir tous les bouts des problématiques sociales et du rapport au peuple, ferme le cercle de ses plus anciennes préoccupations : sa légitimité politique et son audience dans la société.


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