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›› Economie

Guerre commerciale, relance budgétaire et chute du Yuan

La Banque Centrale laisse filer le Yuan.

La banque centrale pilote étroitement le taux de change du Yuan. Entre 2005 et 2015, ce dernier s’était globalement apprécié de plus de 20%. Depuis 2015, en revanche, il baisse régulièrement.


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La séquence a directement justifié les accusations que Pékin utilisait le taux de change comme une arme dans la guerre commerciale. Contenue dans les limites fixées par la Banque Centrale, la chute était cependant de moins 1,38%. Le 5 août il fallait 7,05 Yuan pour acheter 1 $. Jamais, depuis le printemps 2008 la monnaie chinoise qui s’appréciait depuis la décision prise en juillet 2005 de la laisser flotter de manière contrôlée dans des limites strictes, n’était tombée au-dessous de la barre symbolique de 7 Y pour 1 $.

Pour autant, les compte-rendus factuels des médias, manquant de perspective historique produisent une dramatisation qu’il est nécessaire de relativiser.

Le 7 avril 2008, le Yuan qui s’appréciait régulièrement depuis 2005 quand il s’échangeait à 8,25 Y pour 1 $, franchissait pour la première fois le taux de 7 Y pour 1$ dans un mouvement de hausse régulière dont l’apogée a été atteint le 3 février 2014 à 6,06 Yuan pour 1 $.

Depuis cette date, le Yuan faiblit régulièrement. Après 2015, quand le Conseil des Affaires d’État avait annoncé qu’il laisserait le Yuan flotter à la baisse pour soutenir les réformes, la barre des 7 Yuans a été frôlée le 19 décembre 2016, puis le 26 novembre 2018, les deux fois à 6,94 RMB pour 1 $.

7 Yuan pour 1 Dollar, une limite symbolique.

Le 4 août dernier la monnaie chinoise retombait sous la barre des 7 Yuan pour 1 $ qu’elle avait franchie à la hausse en 2008.


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Objectivement le franchissement de la limite symbolique cette fois à la baisse, constitue une indication claire du ralentissement de l’économie chinoise. En dépit des démentis de Yi Gang le gouverneur de la banque centrale, elle confirme l’intention de Pékin de favoriser ses exportations en cessant de soutenir sa monnaie, pour compenser l’effet des taxes américaines.

La dévaluation s’est accélérée entre juillet 2015 et décembre 2016, période pendant laquelle le taux de change pour 1 $ est passé de 6,20 à 6,95 soit une baisse de 12% en 18 mois.

Depuis, la monnaie chinoise a fluctué successivement à la hausse puis à la baisse. Après une hausse jusqu’à 6,32 Yuan pour 1 $ le 12 mars 2018, soit +9% en 16 mois, elle faiblit régulièrement pour atteindre 7,14 Yuan pour 1 $ à la rédaction de cette note. Par rapport à l’€, le mouvement à la baisse du Yuan est symétrique.

Échangé à 10,23 Y pour un €, en novembre 2009, il s’est régulièrement apprécié, avec cependant des hauts (juin 2010 et juin 2012 – respectivement 8,17 et 7,74) et des bas (avril 2011 et avril 2014 – respectivement 9,45 et 8,68) jusqu’en avril 2015 (6,69 Y pour 1 €, soit en 5 ans et-demi une hausse de plus de 34%). Depuis cette date, le Yuan faiblit régulièrement. A la rédaction de cette note, il se négociait à 7,82 pour 1 €.

Depuis 2015, le Yuan baisse.

Le graphe montre clairement qu’en 2008, le Yuan s’appréciant à la hausse avait passé la barre des 7 Yuan pour un $ dans son mouvement à la hausse qui a duré jusqu’à 2015. Par la suite il s’est régulièrement affaibli, à l’exception d’une reprise à la hausse en 2017 – 2018. Le 4 août 2019, il refranchissait la barre des 7 Yuan / $, cette fois en sens inverse.


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De ce qui précède retenons que, depuis juillet 2005, date à laquelle le Conseil des Affaires d’État a laissé flotter sa monnaie dans des limites rigides fixées en 2014 à plus ou moins 2% par rapport à un « panier de devises » dont la composition exacte est restée très longtemps floue [2], la monnaie chinoise s’est renforcée régulièrement jusqu’en 2015, de 27% par rapport au $ et de 32% par rapport à l’Euro.

Mais depuis cette date, le gouvernement la laisse filer à nouveau. Confronté au ralentissement de la croissance et aux conséquences de la guerre commerciale sino-américaine, le 4 août il l’a laissé franchir, sans la soutenir la barre de 7 Yuan pour un $ et de 7,90 Yuan pour 1 €.

Pour expliquer qu’en 2015 Pékin a relâché son soutien au Yuan, un autre facteur est à prendre en considération, rarement évoqué : la baisse de ses réserves de change utilisées en appui du Yuan. Entre 2014 et janvier 2017, ce matelas de sécurité s’est en effet réduit de 1000 Mds de $ à 3000 Mds de $, soit une chute de 25% par rapport aux 4000 Mds de 2014.

Depuis, la contrainte du soutien à la monnaie ayant été relâchée, les réserves restent stables entre 3000 et 3200 Mds de $. Nombre d’analystes s’attendent à un nouveau glissement du Yuan. Certains le voient encore chuter de 5% d’ici la fin de l’année jusqu’à 7,30 RMB pour un $. La baisse pourrait continuer en 2020 si Washington et Pékin ne trouvaient pas d’accord commercial.

Pour l’équilibre de l’économie chinoise, la manœuvre sur sa monnaie n’est pas sans risque. La sécurité psychologique des 7 yuan pour 1 $ ayant été franchie, la tendance à la fuite des capitaux commence à apparaître. La classe moyenne facilement paniquée pourrait massivement vendre ses Yuan.

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Il est vrai qu’une baisse modérée du yuan pourrait aider l’économie à gagner un avantage dans la guerre commerciale, en particulier si les États-Unis continuaient leur escalade. Mais si Washington imposait réellement des droits de douane de 10% sur les importations restantes, la banque centrale chinoise se trouverait face au dilemme de laisser encore filer sa monnaie, au risque d’une rupture d’équilibre, d’une fuite des capitaux et d’une dégradation de la confiance.

Le tout ne serait pas sans effet sur l’économie mondiale qui – dit Robin Xing responsable de la Chine chez Morgan Stanley- pourrait entrer en récession.

Notes :

[2Ce n’est qu’en 2015 que la Banque de Chine a une première fois officiellement révélé la composition exacte du panier de référence. Comprenant initialement 13 devises assorties d’un coefficient donnant leur valeur relative dans la fixation du taux de change. A la fin 2016, ce panier a été étendu à 24 devises.

Il s’agit du Dollar américain (22,40 %), de l’Euro (16,34 %) du Yen japonais (11,53%), du Won Coréen (10,77%) du Dollar de Hong Kong (8,2%), du Dollar australien (4,40%), du Ringgit malaisien (3,75%), de la Livre Sterling (3,21%), du Dollar singapourien (3,16%), du Bath Thaïlandais (2,91%) du Rouble russe (2,63%), du Dollar Canadien (2,15%), du Riyal saoudien (1,99%), du Dirham des Émirats (1,87%), du Rand Sud-Africain (1,78%), du Franc suisse (1,71%), du Peso mexicain (1,69%), de la Livre turque (0,83%), du Zloti polonais (0,66%), de la Couronne suédoise (0,52), du Dollar néo-zélandais (0,44%), de la Couronne danoise (0,40%), du Forint hongrois (0,31%), et de la Couronne norvégienne (0,27%).

La diversité de ce panier étendu en 2016 à des devises sans influence réelle, mais à la forte visibilité stratégique comme celles des pays arabes, traduit l’intention chinoise de tenir à distance l’influence du $, y compris en chassant sur ses terres. Mais il y a loin de la coupe aux lèvres. Dans l’état actuel des marchés financiers 61% des réserves de change de la planète sont libellés en Dolars, contre seulement 20 % libellées en Euros.

Enfin, l’introduction dans cette liste en 3e position du Won, la monnaie coréenne qui se négocie à 1208 W contre 1 $, signale clairement et en dehors de toute logique économique, l’intérêt que Pékin porte à la péninsule coréenne où Washington entretient encore 24 000 hommes et une vingtaine d’emprises diverses dont 2 bases aériennes et 2 bases navales.


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