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›› Chronique

L’Atelier du monde contre le Toit du monde

Maintes fois interrompu mais toujours repris aux moments opportuns, le dialogue entre Pékin et les représentants du 14e Dalaï lama a l’allure d’un marathon dont on ne voit pas la fin. Près d’un demi-siècle après l’exil du moine bouddhiste le plus connu du monde, la perspective d’une autonomie réelle du Tibet semble toujours aussi lointaine. Cependant, aucune des deux parties ne semble vouloir renoncer à ces rencontres informelles même si celles-ci ne les mènent apparemment nulle part.

L’atout dont dispose le Dalaï lama, c’est le soutien indiscutable de l’opinion occidentale à sa cause. Plus que les instances gouvernementales, le moine tibétain a construit patiemment un réseau de sympathisants à travers les associations et les organisations non gouvernementales. C’est aux citoyens des pays de l’Ouest, une fois conquis par le bouddhisme tantrique ou le sort du peuple tibétain, de faire pencher la politique de leur pays en faveur du Tibet en exil. Le déclin du christianisme et l’aspiration écologique en Europe et en Amérique du nord post-modernes ont largement favorisé l’implantation d’une croyance qui prône la conservation de la Nature, l’éveil de conscience dans la méditation et la non violence dans les relations humaines. Que l’on veuille ou non, l’essor qu’a connu le bouddhisme tibétain en Occident est incontestablement le grand succès du Dalaï lama durant son exil.

Du point de vue des Chinois, le Dalaï lama demeure un séparatiste en puissance. S’ils acceptent de négocier avec ses représentants en vue d’un éventuel retour du moine tibétain, c’est essentiellement par souci des relations sino-occidentales. En effet, l’annonce à Pékin de « progrès » dans le dialogue sino-tibétain coïncide souvent avec la visite en Europe ou aux Etats-Unis du chef d’Etat ou du gouvernement chinois. Mais la situation du Tibet ne change guère : la sinisation de la région s’accentue de pair avec sa modernisation économique. Globalement, le temps travaille en faveur de Pékin avec cependant un seul bémol : les Chinois n’arrivent pas à éradiquer la foi bouddhiste chez les Tibétains malgré toute l’énergie déployée dans la propagande marxiste et athée.

Un combat de Titans se livre alors entre deux géants : l’Atelier du monde contre le Toit du monde. D’un côté des tonnes de marchandises et de l’autre une certaine forme de sagesse spirituelle. L’enjeu est évidemment l’avenir du Tibet mais le champ de bataille s’étend au monde entier et principalement en Occident. La sympathie envers le bouddhisme tibétain et un peuple en exil peut-elle survivre à la tentation des produits bons marchés « made in China » ? C’est à cette grave question que doit répondre chaque citoyen de l’Ouest, consommateur et électeur à la fois.


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