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›› Technologies - Energie

L’espace, lieu de toutes les méfiances

Course aux armes spatiales et craintes américaines.

On se souvient qu’après la destruction par missile d’un de ses vieux satellites météo par la Chine en janvier 2007, (cf. l’article question chine), les Etats-Unis s’étaient publiquement inquiétés des progrès chinois, en oubliant de préciser que la technologie employée par l’APL était déjà ancienne et qu’eux-mêmes considéraient l’espace comme un champ d’expériences militaires d’où ils excluraient les intrus, dès lors que ces derniers seraient considérés comme « une menace pour la sécurité des Etats-Unis ».

La réponse du Pentagone vint tout juste un an plus tard, le 21 février 2008, quand un missile SM-3 modifié, lancé à partir d’un bâtiment de la Navy, détruisit du premier coup un satellite espion américain en perdition. A l’époque, le tir avait soulevé les protestations russes et chinoises. Le ton monta encore d’un cran quand, en octobre 2009, le Général Xu Qiliang, chef d’état-major de l’armée de l’air, il est vrai immédiatement contredit par le Waijiaobu, expliquait que la course aux armements dans l’espace était « historiquement inévitable ».

La controverse a été relancée le 24 avril 2010 par un article du China Daily s’interrogeant sur le lancement de la navette sans pilote américaine X-37B. Selon Zhao Xiaozhu, chercheur à l’Académie des Sciences Militaires de l’APL, la navette pouvait devenir une plateforme militaire. Peu après Zhai Dequan, secrétaire général adjoint de l’Association chinoise pour le désarmement renchérissait en expliquant que le développement de la navette sans pilote montrait que « les promesses des Etats-Unis de ralentir la course aux armements dans l’espace n’étaient pas sincères ».

Alors qu’ils bénéficient d’une avance technologique considérable et d’une expérience spatiale sans pareille dans le monde, les Etats-Unis ont toujours redouté les progrès chinois. L’inquiétude remonte au milieu des années 90, quand déjà courait le bruit d’une arme Laser chinoise. En 2006, les milieux du renseignement américains avaient affirmé qu’un de leurs satellites avait été « ciblé » par une arme de ce type.

En septembre 2008, à l’occasion de la mission de Shenzhou 7, premier entraînement des spationautes chinois à la sortie dans l’espace et à des manœuvres d’un module contrôlé depuis la terre, les services américains avaient élaboré des théories sur le risque posé par les mouvements du satellite chinois - pouvant aussi servir de plateforme antisatellite - à proximité de la station spatiale internationale.

En novembre 2009, le site IMINT jetait un pavé dans la mare en mettant en ligne des images d’une base militaire de l’APL (Lire notre article), affirmant qu’elle abritait une arme laser. Là aussi, l’information était aussitôt démentie par les Chinois. Enfin, le 11 janvier 2011, une émission de la BBC affirmait que l’APL avait récemment testé une arme antisatellite « pouvant cibler le talon d’Achille du Pentagone dans l’espace », sans cependant en apporter la preuve.

Relativiser et remettre en perspective.

Les scientifiques du monde entier tentent depuis 60 ans de mettre au point une arme laser fiable, capable de résoudre, hors des laboratoires, la contradiction entre puissance, durcissement ou capacité de résistance aux attaques, mobilité et souplesse d’emploi. Tout indique que les Américains possèdent un avantage dans cette course. A brève échéance, la marine américaine pourrait en effet doter ses navires de combat de systèmes Laser antimissiles. Aucun renseignement fiable, disponible dans les publications ouvertes, n’est en mesure d’attester que les Chinois auraient atteint ce niveau de développement.

De même, il est nécessaire de relativiser les progrès chinois dans les technologies de l’espace. Même s’ils sont rapides et impressionnants - notamment dans le domaine du pilotage à distance et de l’automation perceptibles lors de la mission Shenzhou 7 -, ces derniers sont encore loin d’avoir comblé le retard de la Chine avec la NASA.

Un des plus gros handicaps qui freinera les avancées chinoises restera pendant encore un temps la propulsion et la charge utile des lanceurs. Le dernier né des lanceurs chinois, la fusée Changzheng 5 (Longue Marche), qui ne sera pas prête avant 2017, n’emportera que 25 tonnes contre les 120 tonnes de charge utile de Saturne 5, lanceur de la navette Apollo.

Enfin, sans nier les progrès rapides de la Chine qui lui ont, par exemple, permis de se tailler, grâce à la fiabilité de ses lanceurs, une part appréciable du marché des mises en orbite de satellites (n° 3 derrière la Russie et les Etats-Unis, et loin devant l’UE), il convient de remettre en perspective l’image globale de la conquête spatiale, aujourd’hui encore largement dominée par les Etats-Unis et la Russie. Cette dernière ayant, selon les meilleures sources, vendu à la Chine les plans de sa capsule spatiale.

Depuis 1999, la Chine n’a entraîné que 6 astronautes qui ont séjourné 9 jours en orbite. En comparaison, les Américains et les Russes avaient, au cours des dix premières années de leurs programmes pilotés (1960 - 1969) respectivement mis en orbite 44 et 24 astronautes, ayant au total séjourné 96 et 42 jours dans l’espace, le programme américain s’étant achevé avec les deux missions sur la lune.

Enfin, au cours des dix années que dura la préparation des missions sur la lune, les États-Unis ont lancé 5 fois plus de satellites vers l’espace que la Chine au cours des 40 années d’existence de son programme spatial, sans compter les missions d’exploration vers Venus et la planète Mars sur laquelle les États-Unis ont déjà posé un véhicule télécommandé en 2004 et 2008.

On se prend à espérer que l’humanité en marche vers l’espace réussira à surmonter les crispations nationalistes et les méfiances stratégiques entraînant doublons et gaspillages, pour une conquête apaisée de l’espace. A en croire les actuelles crispations, rien n’est moins sûr.

Même si entre Washington, Pékin, Moscou, Bruxelles et d’autres nouveaux venus, comme l’Inde ou le Brésil existent des secteurs où le dialogue et la coopération sont envisageables immédiatement, tels que les échanges d’informations sur les débris spatiaux, les conditions météo, l’environnement et la navigation, en attendant un véritable dialogue stratégique sur l’utilisation de l’espace et l’adoption d’un « code de conduite ».


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