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›› Chronique

La « puissance douce » chinoise à l’appui des projets d’influence globale

En Afrique les projets chinois tels que la voie ferrée du Kenya à 4 Mds de $ et la zone hors douane de Djibouti à 3,5 mds sont, grâce aux prêts chinois, les plus importants investissements de modernisation du continent réalisés par les Africains. A près de 200 Mds de $ d’échanges, la Chine est de loin le premier partenaire commercial du Continent.


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Selon Wang Huning, n°5 du comité permanent idéologue du régime, le meilleur vecteur de l’influence de la Chine n’est pas seulement sa puissance militaire ou économique, mais la force de sa culture. Dans un récent article paru dans Foreign Policy, Cheng Li et Chalotte Yang de la Brookings reviennent sur ce point par le truchement de l’attraction exercée par les universités chinoises sur les élèves du tiers monde que Pékin cherche à attirer dans son sillage.

L’analyse met en évidence l’afflux à l’université Qinghua d’étudiants d’une dizaine de pays d’Afrique, d’Asie du sud-est et d’Asie Centrale comparé au lent assèchement du courant de stagiaires étrangers venant du tiers monde dans les universités américaines. La direction chinoise ne lésine pas sur les moyens, logement gratuit et bourses d’études à profusion, enveloppés dans un discours édifiant insistant sur la formation d’experts formés en Chine au profit du développement de leurs pays.

En même temps les États-Unis dont il faut cependant se souvenir qu’ils accueillent plus d’1 million d’étudiants étrangers contre à peine la moitié en Chine, réduisent leur aide depuis l’administration Obama. Et Trump a accéléré les coupes en recommandant 71% de baisse du budget dédié à l’accueil des étudiants étrangers du programme Fulbright, un des emblèmes de la politique étrangère des États-Unis depuis 1946.

La tendance a induit la baisse des subsides publics et augmenté en moyenne de 30% des frais de scolarité, institutions publiques et privées confondues.

Du coup, les cibles de recrutement des élèves étrangers du système américain se sont déplacées vers les pays - dont la Chine - ayant une classe moyenne supérieure capable de payer des frais de scolarité élevés. (En 2016 – 2017, près de 50% du million d’étudiants étrangers aux États-Unis étaient originaires des classes aisées d’Inde ou de Chine qui forment la très grande majorité des stagiaires. A part l’Arabie et la Corée aucun autre pays ne dépasse 3% du total des étudiants étrangers aux États-Unis.

Puissance des séductions chinoises.

Le plus fort contingent d’étudiants étrangers en Chine viennent d’Asie du Sud-est.


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La Chine s’engouffre dans cet espace de la jeunesse du tiers monde laissé libre par l’Amérique et à qui l’enseignement des universités Qinghua ou Fudan et quelques autres, dispensent, en plus des techniques spécialisées du développement, des cours de langue, d’histoire et de culture chinoises, principaux ingrédients de sa puissance douce.

La carte des origines des stagiaires (chiffres 2016) dessine les priorités stratégiques avec une majorité venant d’Asie du Sud-est (50 000 dont près de 50% viennent de Thaïlande) contre seulement 17 000 aux États-Unis. L’autre contingent important vient d’Asie Centrale (20 000 dont près de 14 000 sont originaire du Kazakhstan, point clé des stratégies de Pékin vers l’ouest) contre seulement 2212 aux États-Unis.

L’origine africaine - 3e sur la liste - des stagiaires en Chine est encore le parent pauvre avec seulement 8000 élèves dont 90% viennent de Zambie et de Tanzanie, vieilles destinations privilégiées de l’influence chinoise en Afrique, auxquels s’ajoutent un millier d’Algériens (contre seulement 1500 des mêmes pays africains en stage aux États-Unis). On peut cependant conjecturer que le flot ira en augmentant dans les années qui viennent.

Voilà en effet une dizaine d’années que la Chine améliore sont dispositif d’accueil des stagiaires étrangers et augmente le volume de ses bourses d’étude qui, en 2017, touchaient plus de 10% des étudiants étrangers, dont le nombre a été multiplié par 10 depuis 2000.

Plusieurs universités chinoises proposent des stages en anglais et s’efforcent d’améliorer la qualité des enseignements et des programmes de recherche. Le tout fonctionne en appui des « Nouvelles routes de la soie », les stagiaires maîtrisant la langue pouvant mieux communiquer avec les experts chinois, tandis que les projets des « Nouvelles routes » augmentent l’intérêt des pays cibles pour la Chine.

Pour nombre de stagiaires ces interactions concrètes créant des opportunités de travail et ouvrant des chemins de promotion sociale, compensent le fait que le système d’enseignement et les études académiques chinois n’offrent pour l’instant ni la même qualité ni le degré d’ouverture politique et de liberté de pensée que le système américain.

Il se trouve aussi que la fermeture décidée par Trump, assortie de restrictions de visas parfois infligées aux étudiants en riposte à des controverses commerciales telles que l’accusation de captations de technologies, brouille la frontière entre échanges académiques et stratégie politique.

Elle affaiblit la capacité d’influence américaine dans les pays du Tiers Monde qui, plus que jamais, sont les cibles des stratégies d’influence culturelle de la Chine. Par ce biais Pékin augmente son empreinte Afrique et en Asie, en dépit des lacunes de son système universitaire dont la puissance académique est pourtant encore loin d’avoir le statut global et l’attractivité du système américain.

Il reste que si les ambitions de la Chine en Afrique visant à modifier son image d’importateur de ressources primaires pour lui donner celle d’un partenaire non seulement commercial, financier et technique, mais également culturel, se concrétisaient, les États-Unis et l’Occident pourraient, disent les auteurs, être un jour confrontés à des élites africaines plus familières avec Pékin qu’avec New-York.


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