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La thèse de la radicalisation islamiste du Xinjiang

La « Talibanisation » progresse sur le terreau des inégalités

Le Global Times affirme que lors des émeutes d’Urumqi du 5 juillet 2009, de jeunes femmes extrémistes habillées de noir avaient agressé et blessé des filles ouïghours vêtues à l’occidentale ; dans certaines parties du Xinjiang, lors des mariages les chants, danses et vêtements traditionnels sont interdites ou très mal vus.

Dans le sud de la province le port du voile et du niqab devient plus fréquent depuis les années 80, tandis que, récemment, les filles habillées à l’occidentale ont été insultées sur les réseaux sociaux ; certaines ont été victimes de vexations et d’agressions pendant leur mariage pour avoir porté une tenue occidentale.

La pression contre la liberté vestimentaire et contre la culture traditionnelle ouïghour bien moins rigide et compassée que les préceptes de l’Islam radical, est en phase avec l’accroissement des violences. En 2013 seulement, 300 attaques terroristes ont eu lieu dans la province et ailleurs en Chine, ponctuées par la mise en ligne par l’ETIM de 107 vidéos faisant l’apologie des actions violentes.

Les jeunes au chômage, cibles privilégiés des radicaux

La jeunesse désœuvrée est touchée : nombre d’adolescents de la région de Kashgar et Hotan vénèrent comme des figures de héros des photos de guerriers talibans brandissant une arme dans une main et le Coran dans l’autre. Symboles de courage et de vertu, les prédicateurs qui, à l’occasion, dispensent des soins médicaux et une assistance sociale, sont aussi des modèles sociaux et des ferments de contestation pour toute une population laissée pour compte et sans travail. Quand la police les traite de « terroristes », les Ouïghours prennent fait et cause pour eux.

L’urgence de rééquilibrer le développement

Pour Turgunjan Tursun, le chercheur ouïghour de l’Académie des Sciences Sociales, à la source de ces fractures se trouvent le retard de développement et les failles du système éducatif, graves handicaps qui pèsent sur la population turcophone au sein de laquelle les extrémistes salafistes ont attisé « la haine du Han », bouc émissaire des échecs professionnels et des fractures ethniques et sociales. Il estime que si les problèmes de développement étaient réglés, le terreau social ne serait plus aussi favorable aux prédicateurs radicaux.

Retour aux sources de la culture ouïghour

Nafisa Nihmat, une avocate ouïghour exerçant à Shanghaï, estime que la meilleure manière de combattre l’extrémisme est de raviver la vraie culture traditionnelle ouïghour que le gouvernement devrait encourager et protéger, tout en rejetant à la fois les injonctions vestimentaires et les restrictions festives et alimentaires des radicaux.

Ce « retour culturel » vu comme un antidote à l’islamisme est en cours dans l’arrière pays par le truchement des 70 000 fonctionnaires envoyés dans les villages par le gouvernement. En dehors de leur mission de développement et de scolarisation, une de leurs consignes est d’encourager les mariages traditionnels ouïghours avec chants, vêtements et danses propres à leur culture, mais que la population avait abandonnés par crainte des représailles des prédicateurs salafistes.

L’Islam radical, instrument des séparatistes

Mais pour quelques experts chinois, l’extrémisme au Xinjiang s’inscrit dans une régression mondiale de certains courants de l’Islam vers le radicalisme sectaire et intolérant, également sensible en Europe, notamment en France.

Quant à lui, Yang Shu, directeur de l’Institut d’Etudes sur l’Asie Centrale à l’université de Lanzhou, l’activisme islamiste au Xinjiang qui se pare d’une vertu sociale, n’est qu’ est aussi un instrument des mouvements séparatistes.

Constatant qu’il existe une dizaine de minorités ethniques musulmanes en Chine, mais que les attaques terroristes ne se produisent qu’au sein des Ouïghour, il met en garde contre les tendances à l’Islamophobie et suggère de s’attaquer avec précision et rigueur aux réseaux terroristes en évitant les amalgames.

Mise à jour le 30 mai

Le 28 mai, dans la préfecture kazakhe autonome de Yili à 500 km à l’ouest d’Urumqi près de la frontière du Kazakhstan, 55 prévenus en grande majorité des Ouïghour ont été traduits devant la haute cour du Xinjiang siégeant dans un stade où étaient rassemblées plusieurs milliers de spectateurs. Présentés au public à bord d’une quinzaine de camions militaires gardés par la police armée populaire le prisonniers étaient accusés d’homicides avec préméditation et de menées séparatistes avec incitation aux actions terroristes.

Selon Xinhua, trois d’entre eux ont été condamnés à mort pour le meurtre d’une famille de 4 personnes dont une petite fille âgée de 3 ans. Li Minghui, n°2 de la préfecture s’est dit convaincu que la méthode était la bonne : « Nous gagnerons cette guerre populaire contre le terrorisme et pour la stabilité en ripostant d’une main de fer avec la puissance et la rapidité de l’éclair aux arrogantes provocations de l’ennemi ».

Logiquement, l’organisation Amnesty International a qualifié le procès de « déplorable mise en scène », soulignant que le procédé n’avait aucune chance de répondre aux préoccupations de sécurité de la population après les violences dont la province avait récemment été le théâtre. « La condamnation précipitée de prévenus après un procès bâclé qui semble plus répondre à l’émotion populaire qu’aux préoccupations de justice, ne fera qu’exacerber les tensions. »

Photo La rue dévastée du marché aux légumes d’Urumqi après l’attentat du 22 mai, dans le quartier de Tianshan.


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