Your browser does not support JavaScript!

Repérer l'essentiel de l'information • Chercher le sens de l'événement • Comprendre l'évolution de la Chine

›› Société

Le « Double 11 », journée des célibataires, explosion des ventes en ligne

La fête des célibataires est presque célébrée comme une fête populaire nationale. Les cartes de vœux comme celle-ci 欢乐 光棍节 – huan le guang gun jie – joyeuses fête des célibataires (« branches sans feuilles ») – deviennent de plus en plus fréquentes.


*

Alors que l’Europe, les États-Unis et leurs alliés se recueillent au souvenir des morts et des désastres de la première guerre mondiale qui fut le premier acte du suicide stratégique de l’Europe, la Chine organise chaque année un puissant tsunami de consommation populaire en ligne en l’honneur des hommes célibataires.

L’événement serait né au début des années 90 dans un dortoir de l’université de Nankin où de jeunes étudiants célibataires rêvaient d’échapper à la monotonie des soirées entre hommes.

La date du 11 novembre fut choisie en raison du symbole graphique du quadruple « 1 » (11e jour du 11e mois) semblable aux quatre « branches solitaires - 光棍 – guang gun - » expression qui, par dérision populaire, désigne les célibataires dans une société où le déficit de femmes crée toujours des tensions. Lire : Le grave déséquilibre des sexes. Source de tensions sociales et de trafics.

Depuis, l’idée opportunément récupérée et amplifiée par le sens des affaires, s’est dilatée dans toute la Chine pour devenir le symbole d’une journée nationale de la consommation. Novembre 2020 fut une étape particulière de cette irrésistible montée en puissance consumériste exprimant les symptômes d’une addiction compulsive.

Après les affres du confinement du premier trimestre, l’impérieux besoin de lien social qui se manifesta alors par le foisonnement du net, servit d’arrière-plan à l’explosion du commerce en ligne.

L’irrésistible vague de consommation arrive à point nommé en appui des intentions de l’appareil de relancer l’économie par la consommation intérieure.

Une étude de marché conduite par la société de conseils Oliver Wyman citée par CNN, révèle que le consommateur chinois continue à dépenser de manière compulsive.

Alibaba en tête.

La scène répétée chaque année le 11 novembre montre Jack Ma 馬雲 sous les chiffres des ventes suivis en direct durant la journée des célibataires. En 2020, le total des ventes a dépassé les 74 milliards de $ en forte hausse par rapport à 2019.

La plateforme de vente en ligne JD.com est arrivée en 2e position avec 40,9 Mds de $. Le succès d’Alibaba compense la baisse régulière de ses actions à bourse de Hong Kong après le coup d’arrêt infligée par la commission de régulation boursière à l’introduction en bourse de Ant Financial. Entre le 3 et le 11 novembre l’action d’Alibaba a perdu 17%. Le 13 novembre elle avait seulement récupéré 3,4%.

La situation est cependant loin d’être catastrophique. Même après la secousse de la première quinzaine de novembre, l’action caracole encore à +186% par rapport à sa valeur d’il y a quatre ans.


*

Le 12 novembre, Alibaba notait que, cette année, la frénésie d’achats avait de nouveau battu des records, à 498,2 milliards de yuans (environ 75 milliards de dollars $). Le chiffre compte les dépenses effectuées au cours du 11 novembre et des trois jours l’ayant précédé. Il constitue une hausse de 26% par rapport à la même période de l’année dernière.

Empêchés de voyager, les Chinois se sont rabattus sur les articles de luxe étrangers en ligne qu’à l’habitude ils achètent en même temps qu’ils font du tourisme. Si les marques étrangères ont encore tenu le haut du pavé, les observateurs ont noté un engouement nouveau pour les produits cosmétiques et l’électronique grand public chinois.

Non seulement ils sont moins chers, mais, en plus, leur qualité s’améliore. C’est le cas des portables Xiaomi dont les performances augmentent à un niveau de prix (569 € pour le haut de gamme) bien plus abordable que l’IPhone d’Apple par exemple (1259 €).

Au grand bénéfice d’Alibaba, la fringale consumériste ne s’est pas limitée à la Chine. Elle s’est aussi exprimée en Asie du Sud-est avec la filiale Lazada, dont Alibaba a pris le contrôle en 2016, anticipant à court terme un marché de 400 millions ce consommateurs.

En 2018, après plusieurs augmentations de capital, Alibaba a nommé à la tête de Lazada la milliardaire Lucy Peng, (en Chinois 彭蕾, Peng Lei) proche de Jack Ma et cofondatrice du groupe.

*

En même temps, le « Double 11 » a redonné des couleurs à Jack Ma et à Alibaba, récemment entrés dans le radar de la mise aux normes politique (lire : Le micro-crédit en ligne percuté par le principe de précaution et la normalisation politique.)

L’avenir dira jusqu’où ira cette empoignade au sommet dont l’enjeu est la ferveur populaire. Pour le moment contentons-nous d’observer que, quand les réseaux sociaux dont il est prudent de douter de la spontanéité, sont traversés par la tentation du lynchage rappelant la révolution culturelle, Jack Ma et Alibaba sont les premiers bénéficiaires de l’engouement du « shoping » en ligne.

Les consommateurs qui disent faire la différence entre la politique et les affaires semblent insensibles à l’échauffourée politique qui tente de mettre Jack Ma au pas. Il n’est pas certain que l’exécutif soit aussi placide.


• Commenter cet article

Modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message

Ce formulaire accepte les raccourcis SPIP [->url] {{gras}} {italique} <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

• À lire dans la même rubrique

Indices d’une mise aux normes des mœurs dans une ambiance générale de défiance et de contrôle politique

Nouvelles de la pandémie

Au Henan et à Zhengzhou, la « Ville-éponge », un remarquable effort de solidarité des géants du numérique

Le très faible enthousiasme pour la « politique des trois enfants »

Mise aux normes des écoles privées. Une page se tourne