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Le programme « 4+7 » de promotion de la biopharmacie chinoise

Les 4 municipalités et les 7 capitales de provinces du projet pharmaceutique pilote « 4 + 7 »


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Mis en œuvre dans les 4 municipalités autonomes (Pékin, Shanghai, Tianjin et Chongqing) et 7 chefs-lieux de provinces (Shenyang, Dalian, Xi’An, Chengdu, Xiamen, Guangzhou et Shenzhen) le programme pilote a trois objectifs.

Par une reprise en main centralisée, il entend : 1) Remettre de l’ordre dans un système mal contrôlé ayant permis à de nombreux fabricants de mettre sur le marché chinois des médicaments dont la qualité est aléatoire. 2) Baisser les prix des génériques. 3) Favoriser l’émergence de champions nationaux.

L’entreprise est acrobatique. Partant de loin, l’assainissement pourrait d’abord favoriser celles des multinationales dont la qualité des produits est très au-dessus de ceux des concurrents chinois, ayant dans le dédale des règlementations chinoises réussi à obtenir une licence auprès des hôpitaux.

Mais le risque en vaut la chandelle. La situation actuelle où le Parti multiplie les obstacles à l’entrée sur le marché des champions mondiaux, tire violemment les prix vers le haut et favorise la corruption. A la longue, il finit par influer négativement sur la qualité des soins.

Aujourd’hui la situation est marquée par beaucoup d’incohérences.
Les groupes étrangers doivent en effet négocier des appels d’offres auprès des hôpitaux pour y diffuser à grand prix leurs génériques de bien meilleure qualité, mais beaucoup plus chers.

Les transactions dont le point d’orgue est le profit, augmentent les coûts des médicaments devenus inabordables sur le marché.

Dans le même temps, la compétition produit immanquablement des corruptions, creuset des favoritismes, dont le premier effet est le risque d’abaisser la qualité des soins.

Principe général et premiers objectifs atteints.

Le prix des médicaments, y compris les importés a baissé. Les prix élevés des traitements, en particulier contre le cancer, constituent depuis longtemps un problème dans le système de santé chinois. Le sujet avait a été mis en évidence par le film à succès « Mourir pour survivre » sorti en 2018 qui racontait l’histoire vraie d’un patient atteint de leucémie, Lu Yong, ayant fait passer en contrebande des médicaments génériques moins chers venant d’Inde pour lui et d’autres patients. Arrêté fin 2014 pour vente de médicaments contrefaits, il a été libéré sans avoir été condamné, après que plusieurs centaines de ses clients demandèrent au tribunal qu’il soit jugé avec clémence.


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Le programme 4 + 7 attribue au générique le moins disant 60 à 70% du marché pour une année dans les 11 villes pilotes citées plus haut qui représentent 30% du marché chinois.

Dans cette compétition où certains fabricants chinois ont réduit leurs coûts de plus de 90%, seules deux multinationales AstraZeneca et Bristol-Myers Squibb, ont réussi à placer leurs génériques. Ce qui signifie qu’à l’avenir les groupes étrangers, moins désireux de casser leurs prix, auront des difficultés à survivre dans cet environnement, où pour l’instant, la priorité semble la maîtrise des coûts.

Premier résultat à mettre au crédit de l’appareil, le concept a permis une chute des prix de plus de 50% pour 25 médicaments. En avril 2019, l’administration de la santé annonçait que 27% des médicaments du marché soient 438 millions d’échantillons d’une valeur totale de 80 millions de $ avaient été agréés au cours des deux premières semaines de l’expérience.

Parmi eux figurent une longue suite de remèdes jusqu’ici hors de prix traitant le cancer, l’hypertension, la psychose mentale et l’hépatite B.

Les zones d’ombre ?

Le risque existe que les hôpitaux des 11 villes pilotes soient vite encombrées. En 2016, à Pékin, les tensions étaient telles que policiers avaient reçu l’autorisation d’utiliser leurs armes pour protéger les personnels soignants.


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Conséquence du succès, des malades venant des régions où l’expérience pilote n’a pas encore été tentée, se déplacent en rangs serrés vers les villes 4+7 pour bénéficier des prix cassés.

Alors que surgissent les possibles perturbations de l’expérience par l’encombrement des hôpitaux pilotes, le parti garde toujours les yeux fixés sur son premier objectif de faire baisser les prix des médicaments pour les rendre accessibles sur le marché en pharmacie.

Les Cassandre font valoir qu’en dehors de l’inconvénient que l’expérience locale sature les hôpitaux publics des 11 zones pilotes en attirant par son succès des foules de patients en quête de traitements moins chers, l’intention prioritaire de faire baisser les prix favorisant systématiquement le moins-disant porte le risque de réduire les crédits de R&D des entreprises chinoises et de faire fuir les références de qualité que sont les multinationales, peu disposées à trop mordre sur leurs marges.

Pour l’instant, la réalité révèle pourtant une autre image, moins pessimiste. « Hinova » une « Startup » de biopharmacie vient en effet, avec un notable succès de collecte financière, de se lancer dans le développement de médicaments contre le cancer de la prostate et la goutte.

Premiers succès chinois ?

Hinova est une des sociétés pharmaceutiques ayant réussi à lever d’importants financements. Il faudra attendre pour savoir si les succès correspondent aux annonces.


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Le 6 octobre dernier, la société Hinova basée à Chengdu annonçait sur son site avoir réussi à lever près de 1 Milliard de Yuan, soit 220 millions de $. Fondée en 2013, Hinova qui se présente elle-même sur son site comme « une des start-up de biopharmacie investie dans la recherche et le développement de médicaments génériques à la croissance la plus rapide en Chine », dit avoir réussi à mettre en chantier des traitements du cancer de la prostate et de la goutte.

« Les fonds récemment collectés serviront à des tests cliniques dans plusieurs endroits de Chine et à la commercialisation des traitements en Chine et sur le marché mondial ».

Les fonds venaient en grande partie de Shenzhen Investment Holdings, une institution financière publique et de plusieurs autres acteurs publics ou semi-publics.

Notamment Hangzhou Tigermed, société de conseils du secteur de la biopharmacie, spécialisée dans le développement clinique et la commercialisation de médicaments, Huarong Rongde (gestion d’actifs) basée à Pékin et Sinopharm CICC.

Cette dernière est une société privée de gestions d’investissements dans la santé sous couvert de CICC-Capital, principale banque publique d’investissements de Chine, fondée en 1995 par trois acteurs dont la China Construction Bank, le fond souverain de Singapour GIC et Morgan Stanley.

Si on en croit le descriptif du profil que recherche Hinova pour son nouveau responsable financier le groupe prépare son introduction en bourse imminente.

D’autres sociétés pharmaceutiques chinoises qui se disent innovantes reçoivent des fonds. XtalPi a récemment levé 320 millions de $.

Basée à Shenzhen, elle dit utiliser la physique quantique, l’intelligence artificielle et les algorithmes haute performance de « cloud computing » pour développer de nouveaux génériques.


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