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Le Régime tente un redressement moral par la religion

Religions : La bienveillance intéressée du pouvoir.

Un rapport de Reuter du 29 septembre, qui s’appuie sur des sources anonymes met l’accent sur la nouvelle tendance du Président à tirer partie de la résurgence des engouements religieux : « l’influence des religions sera subtilement favorisée par le pouvoir, qui graduellement réduira ses attaques contre elles ».

En février 2013, Xi Jinping avait rencontré à Pékin le moine bouddhiste Hsing Yun, figure emblématique de la mouvance politico-religieuse taïwanaise, proche du Guomindang, partisan de la « politique d’une seule Chine » et fondateur du mouvement Fo Guang Shan 佛光山, (montagne de la lumière du Bouddha) ; en juillet, à la demande de Xi Jinping, Zhang Lebin, vice-directeur du Bureau des Affaires religieuses du Parti rédigeait un commentaire dans le Quotidien du Peuple exhortant les cadres à « traiter les religions avec considération » et à « respecter le droit des citoyens à pratiquer une religion ».

En août, Xi, dont quelques uns de ses proches affirment qu’il est attaché à la pratique du Bouddhisme, appelait à « construire une civilisation matérielle et spirituelle » (traduire « soutenir en même temps la croissance et la moralité publique et privée ». Enfin, en juillet et en août Yu Zhengsheng, n°4 du Comité Permanent en charge des questions religieuses au Tibet et au Xinjiang, visitait une mosquée au Xinjiang et 5 temples dans les zones du Grand Tibet – une fréquence de visites de lieux de culte très inhabituelle pour un haut dirigeant du Parti -.

Dans le sillage de cette stratégie du pouvoir dont on voit bien qu’en première analyse elle est articulée autour d’une vision politique de la religion, vue à la fois comme un moyen de désamorcer l’irrédentisme des deux provinces les plus marquées religieusement et un adjuvant moral et éthique à l’action du gouvernement pour reconstruire la confiance mise à mal par de constants dérapages déontologiques de l’administration et des hommes d’affaires, il est un phénomène qui mérite attention : l’augmentation rapide notée par le pouvoir chinois lui-même du nombre de fidèles des Eglises chrétiennes, avec un net avantage aux conversions protestantes.

Les Chrétiens plus nombreux.

Le 10 octobre le Global Times, surgeon du Quotidien du Peuple publiait un intéressant article qui mettait en perspective ce mouvement. Citant un rapport du Congrès National des Chrétiens Chinois, le journal notait qu’en 5 ans 2,4 millions de Chinois s’étaient convertis au christianisme tandis qu’on construisait plus de 5000 églises à travers le pays.

Alors qu’au moment de la fondation de la République Populaire en 1949, il y avait à peine 700 000 fidèles Chrétiens, d’après les statistiques officielles, ils étaient aujourd’hui 25 millions (18 millions de protestants et 7 millions de Catholiques). Encore – et c’est une autre nouveauté inhabituelle pour la presse officielle qui d’habitude traite ces questions avec une prudence contrite, voisine de l’omerta -, l’article précisait que le nombre de pratiquants était sérieusement sous-estimé puisqu’une part considérable de Chrétiens préféraient fréquenter les « églises souterraines » ou « églises de maison » plutôt que celles autorisées par le pouvoir.

Se risquant à une estimation, l’auteur citait Liu Peng chercheur à l’Académie des Sciences Sociales expert du développement du Christianisme en Chine, qui affirme que le nombre de fidèles dissidents était au moins égal au nombre des pratiquants de l’Église officielle. Une enquête du Pew Research Center, basé à Washington situait le nombre de Chrétiens à 67 millions, avec approximativement 55 millions de protestants et seulement 12 millions de Catholiques dont le nombre stagne en partie du fait des mauvaises relations avec le Vatican et des répressions politiques qui en résultent.

Une culture politique anti-religieuse difficile à modifier.

Après un assez long historique des scissions entre les églises officielles et les groupes rebelles, le Global Times rapportait le jugement très critique de Yang Fengguang, Directeur du Centre d’études des religions de l’Université John Perdue (Indiana États-Unis) et auteur de « Religion in China : Survival and Revival under Communist Rule (2012) » : « l’actuelle politique religieuse de la Chine est un héritage du passé, sérieusement déconnecté des réalités sociales modernes (…). Le gouvernement chinois doit procéder à une mise à jour de sa manière d’appréhender le phénomène religieux pour l’adapter au changement (…) ».

Surtout, la citation se terminait par un appel à plus de tolérance religieuse. Publié dans un organe de presse officiel, le message prenait un importance particulière : « le gouvernement devrait autoriser les différentes Eglises à s’enregistrer légalement, ce qui serait utile pour la construction d’une société harmonieuse ».

Il y a cependant peu de chances que ces appels produisent un effet à court terme tant les églises souterraines sont jalouses de leur indépendance et craignent les manipulations politiques.

En effet bien qu’inscrite dans la constitution chinoise, la liberté religieuse a sans cesse été battue en brèche par le Parti dont l’athéisme est consubstantiel de l’idéologie fondatrice. Sans remonter aux persécutions cruelles de l’ère maoïste on se souvient du harcèlement paranoïaque contre Falungong dont des milliers d’adeptes ont été mis sous les verrous depuis 1999 ou de l’arrestation par Jiang Zemin en 1995 d’un enfant de 6 ans successeur désigné du Dalai Lama, pourtant considéré par les Tibétains comme une figure sacrée, juste après celle du Dalai Lama.

En même temps nombre de cadres considèrent toujours les religions comme des « superstitions féodales ». En juin dernier, Zhu Weiqun membre du Comité Central, n°2 du Front Uni, membre du Comité Permanent de la Conférence Consultative du Peuple Chinois en charge des affaires tibétaines, expliquait lors d’une interview au magazine China Newsweek, que les membres du Parti ne devraient pas être autorisés à pratiquer une religion.

Certains comme Lin Chong-Pin, professeur associé à l’Institut d’Études Stratégiques de l’Université de la Défense Nationale taïwanaise considèrent que l’ouverture vers les religions est à la fois sincère et intéressée : « Pour sauver le Parti de la crise où il est enfoncé, Xi Jinping doit trouver le moyen de combler le vide spirituel ».


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