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Les efforts « techno-nationalistes » de Pékin

Le centre de production de microprocesseurs de Qinghua Unigroup YMTC à Wuhan (vue d’artiste). Point Zéro de l’épidémie planétaire de coronavirus, Wuhan est aussi le cœur de l’industrie des microprocesseurs chinois. Abritant également des usines de fabrication d’équipements de fibre optique, la ville se présente comme une base industrielle et de R&D, visant à briser la dépendance chinoise aux technologies étrangères dans les secteurs stratégiques des semi-conducteurs.


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La Chine est en train de sortir de la crise épidémique. Seulement +39 cas et +3 décès au cours des dernières 24 heures, contre +1404 cas en France une augmentation du nombre de cas critiques à 1500 et un total provisoire des victimes à près de 600. Chez nos voisin italiens, la contagion explose avec un bilan provisoire allant vers 60 000 cas, 5000 décès et près de 3000 cas critiques en réanimation.

La plupart des commentateurs ont souligné qu’à partir du 23 janvier, la Chine avait été en partie à l’arrêt durant le pic de virulence. Le confinement devenu du plus en plus rigoureux avec l’approvisionnement alimentaire de base assuré par les comités de quartier.

Les microprocesseurs, une priorité stratégique.

La gare TGV de Wuhan - Hankou. Depuis le début de l’épidémie les TGV ne s’arrêtent plus à Wuhan, sauf quelques-uns transportant le personnel de relève assurant par rotation le fonctionnement de l’usine de YMTC appartenant à Qinghua Unigroup, champion des microprocesseurs chinois. Cette exception au confinement chinois souligne à quel point Pékin tente de libérer le secteur de sa dépendance à l’étranger.


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L’image ainsi diffusée d’une catalepsie socio-économique de la Chine n’est pas tout à fait exacte. Un retour sur l’histoire nous apprend que le Parti communiste chinois a cette qualité de savoir isoler et protéger l’essentiel, même au milieu du pire chaos.

Ainsi, alors que le pays était plongé dans le très meurtrier désordre politique de la révolution culturelle ou ses prémisses, les scientifiques chinois ont procédé aux essais nucléaires militaires du 16 octobre 1964 (arme classique de 20 kilotonnes) et trois ans plus tard, le 17 juin 1967 (c’était l’anarchie de la guerre civile) au premier test d’une bombe à hydrogène.

Aujourd’hui, alors que le pays est choqué par l’épidémie, l’attention de la Direction politique se porte sur un domaine tout aussi essentiel de la puissance et de l’indépendance nationale : le secteur des microprocesseurs.
Un article du 18 mars du Nikkei Asian Review explique comment le parti a contourné le confinement, précisément à Wuhan où depuis 2016 QINGHUA UNIGROUP installe la plus grande usine de microprocesseurs du monde. Lire : L’impitoyable guerre des microprocesseurs. (Suite).

Depuis, le verrouillage de la ville le 23 janvier, la plupart des TGV ne s’arrêtent pas à Wuhan. La plupart, mais pas tous.

Certaines rames comportent des wagons spéciaux réservés à des experts se rendant vers le cœur même de la zone de confinement, « non pas vers les hôpitaux », dit l’article, mais « vers le Yangtze Memory Technologies (YMTC) », abritant des installations stratégiques appartenant à QINGHUA UNIGROUP investi dans la fabrication de microprocesseurs, qui en septembre 2019, avait fait l’objet d’un article de l’hebdomadaire Usine Nouvelle.

Depuis février, Yangtze Memory récupère à la gare de Wuhan des ingénieurs d’abord confinés dans une zone d’isolement pendant une semaine, puis dirigés vers l’usine d’UNIGROUP. Ces discrets mouvements sont des relèves de personnels destinées à soulager les 300 ingénieurs travaillant en rotation par équipes depuis le début du confinement. Certains d’entre eux, jeunes ingénieurs venant de Pékin, avaient été envoyés en renfort à l’occasion du Chunjie.

Wuhan épicentre de l’épidémie et cœur industriel des « puces » chinoises.

La photo d’archives du China Daily montre le président Xi Jinping visitant, le 26 avril 2018, l’usine de semi-conducteurs Xinxin (XMC) à Wuhan. Créée en 2006, elle est également partie de Qinghua Unigroup. C’est peu dire que la direction chinoise est préoccupée par sa dépendance à l’étranger dans ce secteur. Dans le palmarès de tête mondial des fabricants de « puces » figurent en effet 5 américains et aucun groupe chinois : 1) Inter (USA), 2) Samsung (Corée du sud), 3) Taïwan Semiconductor, 4) SK Hynix (Corée du sud), 5) Micron Technology (USA), 6) Broadcom (USA), 7) Qualcomm (USA), 8) Texas Instrument (USA), 9) Toshiba (Japon), 10 Nvidia (USA).


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La décision de mettre Wuhan et une grande partie du Hubei en quarantaine les a bloqués sur place. Confinés sur le site, soumis à la pression de l’isolement, loin de leurs familles, ils ont assuré le fonctionnement de l’usine y compris pendant le pic de l’épidémie, alors que presque toutes les autres activités de la province s’étaient arrêtées.

Considérée par le pouvoir comme hautement stratégique, bénéficiant d’une dérogation particulière, YMTC n’a pas cessé de fonctionner. Sa mission assurer l’approvisionnement des centres de production d’équipement informatiques de Shanghai. Le groupe a même continué à engager des informaticiens, des ingénieurs systèmes et des administrateurs. Son slogan de recrutement : « A l’écart du virus, mais toujours proches de l’excellence ».

Le maintien opérationnel du groupe YMYTC en pleine mise en sommeil sanitaire de l’économie chinoise, est la preuve de l’attention stratégique accordée par le pouvoir au secteur des « puces » considéré par Pékin comme une des conditions de son indépendance au cœur des tensions géopolitiques de prévalence globale.

Au cœur du dilemme chinois, la dépendance de la Chine à l’égard des technologies américaines, japonaises, coréennes et même taïwanaise, obstacle de première grandeur aux ambitions de puissance chinoises. Pékin qui ne lésine pas sur les efforts, a insufflé des milliards de $ dans le secteur. Clairement le régime, dit l’article, s’engage dans une stratégie « techno-nationaliste ».

Lire : Compétitions, libre marché, transferts de technologies et sécurité nationale. La psychose sino-américaine des microprocesseurs.


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