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Les migrations du Chunjie sous surveillance. Echauffement nationaliste autour des vaccins

L’année du buffle débutera le 12 février et les festivités dureront jusqu’à la fête des lanternes le 26 février. Mais elles s’annoncent encore une fois moins pétulantes qu’à l’habitude.

Chacun se souvient qu’en 2020, les fêtes de l’année du rat du 25 janvier, avaient coïncidé avec l’explosion épidémique à Wuhan. Le 23 janvier, avant-veille du nouvel an lunaire, la ville avait été confinée en même temps que les 60 millions d’habitants de la province du Hubei.

L’appareil n’a pas non plus oublié la violente polémique des réseaux sociaux critiquant le banquet organisé par la mairie de Wuhan, une semaine seulement avant le nouvel an. C’était les 18 et 19 janvier où les 40 000 convives ne portaient aucun masque et ne respectaient aucun geste-barrière.

Le souvenir du festin monstre organisé pendant le Chunjie, alors même que le nouveau germe pathogène avait été détecté dès la fin décembre par les virologues chinois, donne du crédit à l’analyse du comité indépendant (pdf) créé le 19 mai 2020 par le Directeur Général de l’OMS pour évaluer la réponse initiale de Pékin à l’épidémie.

Le 19 janvier, cinq jours après que la mission officielle principale des 13 membres internationaux de l’OMS était enfin à pied d’œuvre à Wuhan, après 15 jours de quarantaine et bien des interférences politiques, un rapport intermédiaire du comité mettait les pieds dans le plat.

Il estimait en effet que « Les mesures de santé publique auraient pu être appliquées plus vigoureusement par les autorités sanitaires locales et nationales, après que des cas avaient été détectés pour la première fois à Wuhan au début de l’année dernière. »

Tel est l’arrière-plan qui, cette année, motive la vigilance particulière de l’appareil. Alors qu’il s’applique à juguler des résurgences éparses du virus depuis le début janvier, essentiellement dans le Nord-est et dans la grande région de Pékin, il garde en mémoire qu’il y a un an, il avait été contraint de réagir brutalement, imposant, sur court préavis à toute une province, un enfermement général d’une rigueur inédite.

Le nombre de décès quotidiens affichés aujourd’hui par la Chine n’a certes rien à voir avec l’explosion qui frappe les États-Unis et l’Europe depuis la mi-novembre avec en moyenne plusieurs centaines de victimes par jour en France (+300) , en Allemagne (+1000), au Royaume Uni (+1500), en Pologne (+400), en Italie (+500) et plus d’un millier aux États-Unis.

Depuis le 17 avril 2020, date de la dernière communication du Centre de contrôle des maladies infectieuses qui, à ce moment, déclarait 1290 décès, Pékin ne donne plus d’information sur le nombre de morts, mais seulement sur les nouveaux cas, y compris asymptomatiques, dans plusieurs foyers du pays.

Début janvier, une sérieuse alerte avait poussé les autorités à confiner 20 millions de résidents au sud de Pékin, à Shijiazhuang et Xingtai. L’orage est pour l’instant passé.

Confinements partiels et inquiétude.

A la date du 28 février, premier jour des migrations, trois confinements partiels restaient encore en place. Ils concernaient 1,6 millions résidents du district de Daxing au sud de Pékin, 3 millions de personnes de la province de Jilin, habitant deux villes proches de la frontière nord-coréenne et 500 000 résidents de la ville de Wangkui dans le Heilongjiang.

En même temps, nombre de responsables locaux mettent en garde la population contre les risques de redémarrage de l’épidémie et l’incitent à éviter les voyages et à fêter le nouvel an sur place.

Pour le pouvoir, compte tenu du retour de la contrainte épidémique n’est pas une décision politique de tout repos. Alors que l’année dernière, les fêtes du Chunjie avaient déjà été gâchées, la perspective d’un nouveau re-confinement apparaît à nombre de Chinois comme une punition heurtant de plein fouet la culture des retrouvailles familiales.

En arrière-plan, les autorités mesurent aussi les risques socio-politiques en songeant aux près de 300 millions de migrants travaillant loin de leurs familles pour qui la fête du printemps 春节- chunjie est la seule occasion de retrouvailles de l’année. La consigne est de ne pas voyager. Ceux qui voudraient quand même se déplacer sont contraints de s’isoler pour deux semaines de quarantaine et de payer eux-mêmes leurs test PCR.

La pilule est amère et la grogne des migrants déjà touchés par le chômage ou la baisse de leurs salaires, est palpable. Pour calmer les ressentiments et tenter de réduire la grande migration, les autorités ont offert des paquets cadeaux et des réductions dans les grands magasins. A Shanghai, la municipalité propose des soins médicaux gratuits.

Ailleurs, on est allé encore plus loin, promettant de régulariser la situation administrative des migrants en leur offrant un permis de résidence. Dans les rues des villes, ont fleuri les calicots rouges de la sûreté incitant à rester sur place pendant le Chunjie. A Pékin on peut lire dans les rue « Si vous n’y êtes pas obligés, ne quittez pas Pékin et ne sortez pas du pays – 非 必要 不离京 ; 非必要 不出 境 – ».

Certaines banderoles qui font appel à l’instinct de conservation ou à la piété filiale sont plus explicites « 面具还是呼吸机?您选择 – Masques ou respirateurs. A vous de choisir » Ou « 您得了病回家, 您就不孝道 – Si vous revenez malades vous manquez à la piété filiale » ; et plus explicite « 您将疾病传播给父母, 那么您完全没有良心- si vous contaminez vos parents, alors vous êtes complètement inconscient ».

Nationalisme des vaccins et contrefeux.

Au milieu de ce retour encore ténu des tensions épidémiques que le pouvoir tente de juguler malgré l’irrépressible instinct culturel des retrouvailles familiales annuelles, le réflexe nationalisme exacerbé du régime, toujours à fleur de peau, s’exprime encore glorifiant la réaction exemplaire du régime à la pandémie et exaltant l’efficacité comparée du vaccin chinois.

*

Le discours officiel appliqué à présenter une image sans tâche de l’efficacité de l’appareil, explique qu’entre avril 2020, date de la « victoire » officielle déclarée contre le virus, et début janvier 2021, les contaminations contrôlées dans tout le pays ont rarement excédé la centaine. Beaucoup mettent ce bilan en doute. Ils ont tort.

Yanzhong Huang, expert international de santé publique et spécialiste de la Chine, le répétait dans le New-York Times du 24 janvier. « Même si les chiffres sont quelque peu exagérés ou biaisés, et même compte tenu de la vague inquiétante de nouvelles épidémies en Chine, il y a de bonnes raisons de croire que la Chine a vraiment fait beaucoup mieux pour contenir la propagation du virus que les autres grandes économies. »

Le problème est ailleurs. Ayant été, « grâce à la rigueur inflexible des confinements, largement épargnés par la pandémie, la plupart des Chinois restent aujourd’hui vulnérables à la contagion ».

Du coup, apparaît clairement l’urgence de procéder au plus vite à la vaccination du plus grand nombre possible de Chinois. Mais l’exigence de santé publique domestique surgit alors que le pourcentage affiché de l’efficacité des vaccins chinois [1] semble inférieur à ceux mis au point par les firmes britannique ou américaines (70% pour le vaccin d’Oxford et 95% pour ceux de Pfizer et Moderna.)

*

Même s’il sera difficile d’y voir clair tant que ne sera pas retombée la poussière des informations où se mêlent des bilans vaccinaux parcellaires et les compétitions commerciales, matinées de nationalisme, il est d’ores et déjà possible de constater que le régime chinois a à nouveau entonné son discours nationaliste de portée globale.

Pour autant, force est de constater qu’ici et là, l’excellence chinoise se heurte à une réalité dont les contours ne sont pas toujours aussi parfaits que ceux dessinés par les discours.

Comme l’écrit la Singapourienne Sui-Lee Wee, correspondante en Chine du New-York Times, spécialiste du système de santé chinois et des questions de société, « le vaccin chinois était vu par le régime comme le moyen d’un succès géopolitique (lire : La vaste stratégie « enveloppante » des vaccins (Suite).). Mais par endroits, il a entraîné un choc en retour. »

Au moins 24 pays, pour la plupart à revenu faible ou intermédiaire, ont signé des accords avec les sociétés de vaccins chinoises Mais les retards dans la livraison et le fait qu’ils pourraient être moins efficaces ont fait surgir la crainte d’un retard dans la lutte contre le virus.

A Pékin, le discours officiel qui fait la promotion du vaccin chinois comme une meilleure alternative, riposte et questionne. Par la voix officielle de Georges Gao à la tête du Centre de contrôle des maladies infectieuses, on s’interroge sur la fiabilité des vaccins Pfizer et Moderna.

Les médias officiels s’en mêlent. Liu Xin, présentateur de CGTN s’est étonné sur Twitter que les médias occidentaux si prompts à critiquer la Chine, n’aient pas relayé les décès de patients vaccinés en Europe.

Le 15 janvier, le Global Times évoquait un appel de médecins chinois à la Norvège et « à d’autres pays » pour suspendre l’utilisation du vaccin ARN, « particulièrement sur des séniors après le décès de 23 Norvégiens âgés ».

L’article reprenait les principales critiques circulant en Europe, mettant en cause la fiabilité des vaccins ARN. « Ils n’ont », dit l’article, qui cite un immunologiste chinois, « jamais été utilisés à grande échelle et leur sécurité, comme leur efficacité ne sont pas attestées. »

Note(s) :

[1Les informations sont contradictoires. Par exemple, l’efficacité du vaccin Sinovac est de 50%, mesurée au Brésil, mais de 91,25% selon des chercheurs turcs. Elle est de 65,3% en Indonésie. Le 31 décembre, les autorités chinoises ont aussi approuvé le vaccin de Sinopharm dont l’efficacité en phase trois a été estimée à 79%, mais, disent les experts occidentaux, sans donner suffisamment de détails.

Il reste que le produit chinois qui peut être conservé dans un réfrigérateur normal possède un avantage logistique important par rapport aux contraintes des modèles ARN américains exigeant une température de stockage de -70°C.

Autre motif de satisfaction pour l’industrie pharmaceutique chinoise, le 29 janvier, Viktor Orban a, contournant l’UE, et contre l’avis de ses propres experts, autorisé le vaccin chinois après avoir ouvert les portes au vaccin russe.


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